Belgique Le procès en cours a mis en lumière les méthodes de recrutement et d’endoctrinement 2.0 de l’Etat islamique.

On l’a dit : les prémisses de la radicalisation violente se trouvent de plus en plus sur Internet. C’est via ces canaux que des projets d’attentats, entre personnes qui au départ ne se connaissaient pas, ont pu prendre cours. On pense aux deux jeunes Français qui ont assassiné le 26 juillet dans son église le prêtre Jacques Hamel.

Les deux auteurs, qui ont été tués dans l’assaut, ne s’étaient rencontrés physiquement que quelques jours avant de frapper. Le premier, Adel Kermiche, était particulièrement actif sur sa chaîne privée sur l’application de messagerie Telegram, à laquelle 200 personnes avaient accès. Juste avant l’attaque, il avait écrit : "Tu prends un couteau, tu vas dans une église, tu fais un carnage, bim."

L’un des sept jeunes, âgés de 20 à 29 ans, actuellement jugés à Charleroi, aurait-il pu en arriver à de telles extrémités ? Il n’y a eu chez ces cinq hommes et deux femmes ni de début de passage à l’acte, ni de projet précis d’attentat.

L’ombre de l’attentat manqué de Notre-Dame

Mais il y a des similitudes, encore renforcées par une rencontre. Le 5 janvier 2016, deux des prévenus Albin Mbesse et Bilal Medjoubi, sont partis à Paris pour y rencontrer celui qui, sur sa chaîne Telegram se faisait appeler Sulayman.fr. Surprise, c’était une femme de 19 ans, Inès Madani. Le 8 septembre 2006, elle sera arrêtée pour avoir abandonné, non loin de Notre-Dame de Paris, une voiture bourrée de bonbonnes de gaz.

Albin Mbesse, 24 ans, considéré comme un des deux dirigeants de la filière jugée à Charleroi, était en prison depuis le 30 janvier 2016, date à laquelle il avait été arrêté avec sa femme. Ils avaient nourri des projets de départ en Syrie avec leurs deux enfants. Les enquêteurs avaient appris qu’ils cherchaient des armes.

Mais, avant de partir, ils avaient choisi, selon les termes du procureur fédéral Sabrina Noël, "de devenir ici en Europe de bons petits soldats de l’Etat islamique". Pour Mme Noël, le dossier révèle combien les réseaux sociaux et les applications comme Telegram, jouent un rôle efficace et déterminant au profit de l’EI. Elle a décrit le cheminement de ces jeunes sur ces chaînes d’échanges Telegram, sécurisées et anonymisées quand on sait les utiliser.

"Ces chaînes permettent", a-t-elle expliqué "de se monter le bourrichon, de se croire invincible". On se crée un personnage. On utilise des pseudonymes, ressemblant aux Kunya (noms de guerre) des djihadistes. On se croit tout-puissant derrière son ordinateur. On va de plus en plus loin dans l’incitation pour autrui. On glorifie les attentats passés.

"Pas besoin pour cela du QI d’Einstein, ni d’un minimum de connaissance et géopolitique et en religion. Pour être un bon soldat, il suffit d’un smartphone, d’être très présent sur les réseaux, d’être convaincant et d’utiliser les mots justes, comme haine, vengeance ou martyr", a relevé Mme Noël.

Pour la magistrate, les prévenus ont véhiculé le fantasme de l’attentat. Elle retient du dossier d’Inès Madani que certains n’attendent que de tels discours pour agir. "Ce sont là des incantations bien réelles et diablement efficaces", estime-t-elle.

Dans le dossier carolo, apparaissent deux filles de 16 ans, radicalisées avant de tomber dans leurs filets. Des prévenus leur ont cherché un mari pour partir en Syrie.

Un lieutenant de Khalid Zerkani

D’autres prévenus avaient un profil plus inquiétant. Ainsi de Mohamed Maslouhi, 23 ans, qui avait parlé de sa volonté de commettre un attentat. Interrogé par le tribunal, il dit aujourd’hui qu’il a parlé de la sorte sous le coup de la colère car il n’avait plus ni chômage, ni CPAS.

Ainsi de Youssef Bouamar, un proche de Khalid Zerkani, le recruteur d’Abdel Hamid Abaaoud dont l’expert psychiatre a dit que, malgré ses 23 ans, "sa radicalisation était presque incurable".

Ainsi de Bilal Medjoubi, 25 ans, qui lorsque les policiers l’ont arrêté au saut du lit, avait tenté de les frapper à la tête avec un marteau de charpentier.

Le procureur a requis des peines d’un an à sept ans de prison.