Belgique Prendre congé pour se former, c’est possible. Mais ce système reste peu connu.

Seuls 2,13 % des travailleurs belges du secteur privé ont eu recours, en 2016, au congé-éducation payé (CEP). Ce système permet à un salarié de prendre jusqu’à 180 heures de congé pour suivre (à ses frais) une formation, tout en étant payé par son employeur, qui, lui, peut obtenir un remboursement partiel de la région où est situé son siège d’exploitation. "C’est dommage que le système n’ait pas plus de succès, car continuer à se former est essentiel pour maintenir son employabilité. Pour le travailleur, mais aussi pour l’employeur qui profite ainsi de collaborateurs mieux formés", estime Amandine Boseret, juriste chez Acerta, spécialiste en ressources humaines.

Le recours au CEP a même baissé ces dernières années. En 2012, 2,43 % des travailleurs en avaient profité, selon les chiffres fournis par Acerta, dont "La Libre" a pu prendre connaissance en primeur.

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Durcissement des conditions d’accès

Une explication à ce faible succès ? "Le système est peu connu et noyé parmi d’autres aides à la formation. Les gens connaissent surtout le crédit-temps pour formation, qui permet de prendre 1/5e temps, un mi-temps ou même un temps plein pendant 36 mois pour se former. Mais ce système est moins flexible que le CEP qui n’est pas limité dans le temps. Et les conditions financières sont différentes. Avec le CEP, le travailleur garde son salaire, pendant qu’il va au cours, passe des examens ou étudie, avec un plafond à 2 815 euros bruts par mois. Dans le crédit-temps, il touche une allocation de l’Onem (de maximum 583 euros)", précise la juriste qui cite encore une autre aide à la formation : les chèques formation, avec une intervention, pour l’employeur, des régions. "Et puis il faut encore ajouter les efforts de formation qui sont obligatoires pour l’employeur, soit minimum deux jours par an par travailleur. Là, l’employeur ne bénéficie pas de soutien financier. Mais s’il ne respecte pas la loi, il risque des sanctions."

La baisse du recours au CEP peut aussi se trouver dans un durcissement des conditions dans lesquelles il peut être pris. "Auparavant, l’employé pouvait demander un congé pour n’importe quelle formation : art floral, esthétique,…", note Amandine Boseret. "Maintenant, il faut que sa formation augmente effectivement son employabilité. Il existe une liste précise de formations agréées."

Plus populaire en Flandre

C’est surtout dans les grandes entreprises que les travailleurs ont recours au CEP. Plus la taille de l’entreprise augmente, plus les travailleurs bénéficient d’un CEP. "L’employeur ne peut refuser le CEP que si plus de 10 % de ses travailleurs y ont déjà recours. Dans les petites entreprises de moins de 20 travailleurs, dès qu’un collaborateur y a recours, l’employeur peut refuser ce droit aux autres. Pour des questions de continuité de service", note la juriste. "Cela peut expliquer la différence entre les grandes et les petites entreprises. Et aussi le fait que le CEP est plus courant en Flandre qu’en Wallonie, où il y a plus de PME."

Pour l’instant, seules des différences en matière de modalités de remboursement existent entre les régions. Mais à terme cela pourrait évoluer, estime Acerta. Le système change déjà de nom en Flandre pour s’appeler le congé de formation flamand.


"Cela me permet de progresser"

Employabilité. En septembre, Nadia (prénom d’emprunt), employée au service payroll d’une entreprise, entame sa deuxième année de formation chez Syntra à Bruges. Elle a cours le jeudi soir et le samedi matin. C’est son employeur qui lui a proposé de suivre ce programme. "J’ai tout de suite accepté. Cette formation me permet d’être à jour dans les lois sociales. Cela change tellement vite. C’est enrichissant pour moi, cela me permet de progresser. Mais c’est aussi tout bénéfice pour mon employeur que je sois au courant des dernières nouveautés", explique la jeune femme qui bénéficie de 100 heures par an pour étudier. "Ce congé est une aide importante. Cela aurait été difficilement tenable de devoir étudier le soir après une journée de boulot ou de passer un examen juste en sortant du travail. Deux autres collègues suivent cette formation. Et plusieurs autres l’ont fait par le passé."