Belgique

Sharia4Belgium est un groupe terroriste. Les Belges qui, encouragés par ce groupe, sont partis sur le front syrien, sont des terroristes. Leurs actes ne relèvent pas du droit international humanitaire. Le jugement, rendu mercredi à Anvers, est clair.

Les juges ont relevé que les 45 prévenus - à l’exception de Fouad Belkacem et de la mère d’un des combattants, seule acquittée - ont rejoint la Syrie. Ils ont, précisent les juges, rejoint le front Jabhat al-Nosra (émanation d’Al-Qaïda) ou le Majlis Shura Al Mujahidin (qui a depuis rallié l’Etat islamique).

Sharia4Belgium épinglé

Pour le tribunal, ces deux groupes ont recouru à des tortures et à des décapitations, autant de pratiques qui ne peuvent être couvertes par le droit de la guerre. L’objectif de ces groupes, qui n’ont pas de structure de commandement claire, est d’instaurer au niveau mondial un Etat islamique totalitaire. Avec pour conséquence de saper tous les fondements de notre démocratie.

Aux yeux du tribunal, Sharia4Belgium poursuit les mêmes objectifs : "L’introduction de la charia par la violence et l’abolition de la démocratie implique une grave perturbation ou la destruction de notre société."

Le groupe dispose d’une hiérarchie et a préparé, physiquement et mentalement, des jeunes au combat armé.

Une fois dans le groupe, les jeunes recrutés par Sharia4Belgium changeaient très rapidement : les dirigeants les poussaient à arrêter l’école, à prendre un nouveau nom et même à se marier avec des personnes qui partageaient leur opinion. Les membres ont d’abord sévi en Belgique, s’en prenant ainsi au commissariat de Molenbeek-Saint-Jean après qu’une femme portant le niqab fut interpellée.

Le martyre était sans cesse glorifié par Fouad Belkacem qui leur répétait que le jihad armé était un devoir, souligne le jugement. Via les contacts pris à l’étranger, Sharia4Belgium a permis que ses membres puissent rejoindre aisément les deux groupes terroristes en Syrie.

Le jugement est donc sévère. Dans ces conditions, on pouvait s’attendre à de lourdes peines. Le tribunal a toutefois opéré une distinction entre les prévenus. Seuls 8 des 46 prévenus étaient présents. Les 38 autres sont toujours en Syrie, où une dizaine seraient morts.

Le tribunal n’a pas statué sur un des huit car il attend le résultat d’une expertise sur la responsabilité de cet homme touché par des éclats de grenade au cerveau.

Fouad Belkacem a écopé de la peine la plus lourde : douze ans. Les six autres ont écopé de peines comprises entre trois et cinq ans, avec sursis pour deux d’entre eux et avec sursis pour ce qui excède un ou deux ans pour les quatre autres. On peut dire que les peines sont clémentes. D’autant que le tribunal, dont le jugement satisfait le bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever, a refusé toute arrestation immédiate.

Pour les 37 autres, toujours en Syrie, il en va autrement. Pour le tribunal, il n’est pas question de fermer le dossier de ceux qui seraient morts : rien ne le prouve. Les peines pour ces 37 hommes et femmes sont comprises entre 5 et 15 ans de prison (pour les dirigeants). Leur arrestation immédiate a été ordonnée.

Mais il ne faut pas déduire de cette échelle de peines que ceux qui reviennent de Syrie ne risquent que des peines relativement clémentes, quoi qu’ils aient fait. Il y a des indices montrant que six des prévenus (dont un qui est revenu) ont enlevé, séquestré et tué en Syrie. L’enquête sur ces atrocités dont ont été victimes des personnes non identifiées n’est pas close. Si elle aboutit, ce sera vraisemblablement à une cour d’assises de les juger.

Des parents s’étaient constitués partie civile au procès : le tribunal ne les a pas retenus, arguant du fait que leurs enfants étaient partis volontairement.



"Cinq ans pour Brian, je peux vivre avec"

Ozana Rodrigues Viana, la mère du djihadiste Brian De Mulder, accepte la condamnation à cinq ans de prison décidée mercredi par le tribunal correctionnel d'Anvers pour son fils. Elle ne pense cependant "rien" de la peine infligée à Fouad Belkacem et continue de dire qu'il devrait purger ses douze ans au Maroc. L'avocat de ce dernier trouve pour sa part le jugement "intéressant".

"Cinq ans pour Brian, ça ne me pose aucun problème", a déclaré la mère de Brian De Mulder à l'issue du jugement. "J'espère que mon fils reviendra. Il purgera sa peine et tout ira bien. Je préfère avoir mon fils ici, pouvoir lui rendre visite en prison, que de le savoir en Syrie."

Elle n'est par contre pas ravie de la condamnation de Fouad Belkacem. "Une peine de douze ans ne représente rien pour un homme pareil. C'est un terroriste. Mais la Belgique ne veut rien entendre. Pour moi, il devrait être emprisonné à Tanger, en Belgique la prison ressemble à un hôtel."

L'avocat du leader de l'organisation terroriste a pour sa part déclaré trouver le jugement "intéressant". Il compte à présent étudier de plus près l'affaire mais ne parle pas encore de faire appel.


'Younes' Delafortrie "soulagé" de sa peine, son avocat y voir une "deuxième chance"

Le djihadiste Michael 'Younes' Delafortrie est selon ses propres dires "soulagé" à la suite de sa condamnation à trois ans de prison avec sursis pour ce qui excède la détention préventive, décidée mercredi par le tribunal correctionnel d'Anvers. Son avocat, Ergun Top, y voit le signe que son client n'est plus considéré comme un terroriste en liberté. Selon lui, les combattants revenus de Syrie "sans sang sur leurs mains" peuvent réintégrer la société.

L'avocat évoque tout de même un sentiment mitigé. "D'un côté, nous regrettons la condamnation parce que nous contestons la responsabilité, mais de l'autre, nous avons obtenu une peine relativement légère avec du sursis pour ce qui excède la détention préventive."

"C'est le signe que 'Younes' n'est pas un terroriste en liberté susceptible de perpétrer un attentat, mais bien un citoyen libre, qui reçoit une seconde chance de s'intégrer à la société et qui s'apprête à la saisir pleinement."

Le constat vaut également pour les autres combattants partis en Syrie, selon l'avocat. "C'est un signal clair qu'ils peuvent revenir, apporter des explications et que, s'ils n'ont pas de sang sur les mains, ils pourront réintégrer notre société. C'est très important."