Belgique Le match de ce mardi soir verra la Belgique affronter la France en demi-finale de la Coupe du monde. La rencontre fait-elle émerger un sentiment anti-Français chez les Belges ? LaLibre.be a interrogé deux journalistes hexagonaux installés à Bruxelles : Valéry Lerouge, de France 2, et Jean Quatremer, de Libération.

Ce mardi, les Diables affronteront les Bleus dans un match qui pourrait marquer un tournant dans l'histoire du football belge. Au-delà de l'aspect sportif, cette rencontre soulève des questions sur la relation entre les Belges et les Français. De nombreux supporters le clament en rue, sur les réseaux sociaux, ils préfèrent être battus par n'importe quelle autre équipe que par les Bleus... Existe-t-il un sentiment anti-Français chez les Belges ?

Selon Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles pour Libération, ce sentiment est assez répandu mais pas dans toutes les régions du pays. "En Flandre, il n'y a pas de sentiment anti-Français. Il y a une indifférence totale envers la France. Les Flamands n'ont pas ce complexe du petit cousin éloigné, qu'on retrouve davantage chez les francophones". D'après le journaliste, c'est en Région bruxelloise qu'on ressent le plus cette aversion envers les voisins. "Les Belges francophones se comparent tout le temps à la France. Ils pensent que les Français sont arrogants, ce que nous sommes par nature. Et ils considèrent  la moindre réflexion comme la démonstration d'un sentiment de supériorité qu'en réalité on n'a pas."

Un avis que ne partage pas un autre journaliste français : Valéry Lerouge, correspondant pour France 2 à Bruxelles. "Je travaille avec des Flamands et des Wallons tous les jours, et on se taquine beaucoup, mais cela reste toujours bon enfant." Pour lui, aucune trace de ce sentiment anti-Français.

Fair-play ou hystérie footballistique ?

Même quand les deux équipes s'affrontent lors de la Coupe du monde, les Belges restent corrects, selon le journaliste de France 2. "Certains Belges affirment qu'ils auraient préféré être éliminés par les Brésiliens que par les Français, d'autres disent 'que le meilleur gagne', et supposent que ce sera les Diables. Le discours reste assez fair-play."

Au moins pour l'instant. Pour le correspondant, le résultat du match pourrait créer des divisions. "Je pense que les conséquences seraient plus pénibles pour les Belges si la France gagnait que l'inverse. Si la France gagne, elle aura volé un rêve à la Belgique. Si la Belgique gagne, je crois que les Français seront plus prêts à reconnaître qu'il s'agit d'une belle aventure pour les Belges." Pour Valéry Lerouge, cela n'a rien à voir avec l’existence d'un mépris anti-français. "Pour la Belgique, c'est maintenant ou jamais", affirme-t-il, expliquant que les Belges ont envie de gagner et d'avoir leur place dans l'histoire de la Coupe du monde.

Le journaliste de France 2 laisse sous-entendre que les Belges seraient moins enclins à se réjouir d'une éventuelle victoire de la France. Pour Jean Quatremer, au contraire, ce serait pire : "Si la Belgique gagne, c'est parti pour six mois de nationalisme et cela va être l'horreur pour les Français. Si la Belgique perd, elle va trouver des excuses et décortiquer la moindre réflexion contre nous. Qu'elle gagne ou qu'elle perde, la Belgique va critiquer la France". Selon Jean Quatremer, cette "hystérie footballistique", comme il la définit, qui aurait des aspects communautaires. "Je crois qu'elle existe surtout du côté francophone", explique-t-il. "Elle est liée au fait qu'une fois tous les quatre ans, lors du Mondial, en Belgique francophone, on a l'impression que le pays est réuni et que le sentiment patriotique est exacerbé."

En France, de la condescendance, mais pas du mépris 

De l'autre côté de la frontière, les sentiments envers les Belges ne seraient que positifs. Pour Jean Quatremer, "non seulement on ne méprise pas les Belges, mais il y a même une sympathie envers eux. Si à Paris je dis que je vis à Bruxelles, les gens deviennent aussitôt sympas. Si à Bruxelles je dis que je suis Français, il y a une chance sur deux qu'on me reproche des choses et qu'on me pointe du doigt". Selon le journaliste, les Belges nourrissent une sentiment de jalousie envers l’Hexagone, là où la France n'aurait aucun complexe d'infériorité.

Ce positionnement est toutefois beaucoup plus nuancé du côté de Valéry Lerouge, qui affirme : "Il n'y a pas de sentiment anti-Belges. En revanche, il y a un certain chauvinisme qui prend le dessus". Une attitude qui se traduit souvent par de la "condescendance" : "En France, on fait toujours les mêmes blagues sur les Belges, mais sans mépris".