Belgique

"Faire grève est un droit individuel. C’est donc votre droit le plus strict de faire grève ou de venir travailler" , rappelait un communiqué de presse des grands syndicats du pays. Ce lundi 8 décembre, ce sera au tour de Bruxelles et des deux Brabant de se mobiliser pour lutter contre les mesures adoptées par le gouvernement fédéral. Pourtant, pour certains commer ça nts du centre commercial Basilix à Berchem-Sainte-Agathe, faire grève serait devenu une obligation, sous peine de voir leur magasin attaqué par certains syndicalistes. "Ils ont fait un tour cette semaine pour nous prévenir que, si les employés qui veulent travailler pourront entrer dans le magasin, il ne sera pas question d’ouvrir les volets. Sinon, ils viennent à 50 et cassent tout , témoigne une commerçante qui a préféré garder l’anonymat de peur de s’attirer la rage de ces militants. "Ils disent lutter pour la démocratie. Mais être menacé de la sorte, vous appelez ça de la démocratie, vous ?"

Cette situation ne serait pas nouvelle, en tout cas pour les grandes enseignes présentes dans le centre commercial. Il y a deux ans, la gérante d'un magasin, a essayé d’ouvrir. Elle n’a cependant pas tenu longtemps. "A cette époque, c’était l’ancienne gérante. Ils sont entrés, ils l’ont insultée, ils ont collé des autocollants partout. Et elle a fini par fermer parce qu’ils étaient assez violents", explique une commerçante du magasin.

"Ouvrez et on saccage tout"

Sophie, employée de Paprika, a eu droit aux mêmes menaces : "Ils l’ont dit clairement : si vous ouvrez, on rentre et on saccage tout." Le patron de Media Markt, qui est pourtant un franchisé, sera également contraint de fermer. Delhaize, Vanden Borre, L&L, toutes les grandes chaînes ne prendront donc pas de risques.

Cette fois, même les petits indépendants ne seront pas épargnés. Mario Ruggieri, patron du Press Shop, ne compte pas se laisser intimider. "Je suis le premier à comprendre la volonté de faire grève. J’ai moi-même été ouvrier avant. Mais ces menaces et ces comportements sont inacceptables. Qu’ils osent seulement m’obliger à fermer lundi et ils verront." En face, Mohammed Abdellaoui, patron du magasin Alain Afflelou, ouvrira également. D’autres sont plus timorés. "Je viendrai prendre la température, j’essayerai d’ouvrir, mais j’ai un peu peur tout de même" , explique une autre commerçante.

Les managers du centre commercial craignent apparemment des tensions. Sur une fiche d’information distribuée aux commerçants le 3 décembre, ils indiquent vouloir "jouer la carte de la négociation et en aucun cas celle de la provocation afin de ne pas prendre le shopping en otage" .

Selon plusieurs commerçants, le problème vient notamment du fait que les syndicats n’ont pas de statut juridique. En effet, en cas de dommages causés par des militants, il n’est pas possible d’engager des poursuites à l’encontre du syndicat. "Si cinquante personnes entrent dans mon magasin et le détruisent, je devrais chercher leur identité et porter plainte contre chacun individuellement" , s’indigne une commerçante.

Un cas isolé, selon la CNE

Du côté des syndicats, ces témoignages surprennent. "On demande effectivement aux militants de faire un tour avant pour prévenir les commerçants de la présence de piquets de grève afin qu’ils ne soient pas étonnés le jour même. C’est une question de politesse. Mais on n’a jamais fait de menaces et on en fera jamais" , explique Delphine Latawiec, responsable de CNE Commerces. Les syndicats organiseront effectivement des piquets de grève et empêcheront les clients d’entrer dans les magasins. "Mais il n’a jamais été question de menacer ou de saccager. Si ce type d’agissements a eu lieu, il provient sûrement d’un individu isolé. Cela ne correspond clairement pas au message des organisations syndicales. Le sens de l’action de lundi est de faire pression sur les employeurs mais en aucun cas de s’en prendre aux travailleurs."