Belgique

L’on attendait avec un intérêt certain la traduction en néerlandais de "Mgr Léonard. Entretiens avec Louis Mathoux", paru voici quatre ans aux éditions Mols. Surtout pour lire l’addendum réalisé depuis que l’évêque a été promu du siège épiscopal namurois à celui de Malines-Bruxelles... L’ouvrage arrêté à la mi-septembre qui vient de sortir chez Lannoo avec un neuvième chapitre dû à notre confrère Dominique Minten du "Standaard" ne suscitera toutefois pas la polémique à cause de ces ajouts. Car si l’archevêque s’y montre plutôt prudent, notamment face à l’affaire Vangheluwe, il y est plutôt consensuel, à une exception près, où il décoche un trait meurtrier vers l’ancien nonce apostolique Mgr Rauber qui avait révélé - "La Libre" s’en était fait l’écho en primeur - qu’il n’avait pas retenu André Léonard dans le tiercé des archiépiscopables. En fait, c’est son point de vue face au sida qui le remet dans le collimateur du monde politique et des associations qui aident les victimes du terrible virus.

Force est de reconnaître que la position de l’archevêque n’a pas changé d’un iota depuis la version française du livre mais à l’époque, elle avait fait bien moins, sinon pas de bruit du tout, s’inscrivant plutôt aux yeux des chroniqueurs religieux dans une vision générale très conservatrice de la sexualité chère à l’évêque.

Afin de ne pas prêter le flanc à des interprétations diverses parce qu’incomplètes, le service de presse de l’archevêché a transmis le paragraphe incriminé complet... A la question de savoir ce qu’il pensait du sida et s’il y voyait une "punition de Dieu" suite à la libération sexuelle, Mgr Léonard avait répondu : "On a posé à Jean-Paul II un jour cette question-là : " Est-ce que le sida est une punition de Dieu ?" Il a répondu avec beaucoup de sagesse : "Il est très difficile de connaître les intentions de Dieu." Pour ma part, je ne raisonnerais pas du tout en ces termes. Tout au plus je verrais cette épidémie une sorte de justice immanente, pas du tout une punition. Un peu comme, sur le plan écologique, quand on malmène l’environnement, il finit par nous malmener à son tour. Et quand on malmène l’amour humain, peut-être finit-il par se venger, sans qu’il faille y faire intervenir une cause transcendante. Peut-être s’agit-il d’une justice immanente, mais quant aux causes immédiates, ce sont les médecins qui seront aptes à dire où cette maladie est née, comment elle s’est transmise au début, quelles ont été les voies de sa propagation Si vous souhaitez une considération plus générale, je la verrais plutôt dans l’ordre d’une certaine justice immanente. Malmener la nature physique amène celle-ci à nous malmener, et malmener la nature profonde de l’amour humain finit toujours par engendrer des catastrophes à tous niveaux."

Pour compléter cette citation, on notera que le porte-parole de l’archevêque, Jürgen Mettepenningen, qui a signé la préface de la version néerlandaise, y explique qu’ayant été chargé du toilettage de celle-ci en raison de l’agenda chargé de son "patron", il s’était permis de mettre à plusieurs reprises l’équivalent d’un signal routier soulignant un danger face à "un passage qui pourrait être interprêté d’une toute autre manière que ce qu’avait pensé Mgr Léonard, mais en en discutant par la suite avec l’archevêque, celui-ci les avait maintenus parce que, a-t-il dit, "je ne peux pas écrire autre chose que ce que je pense"."

Pour Jürgen Mettepenningen, "l’archevêque émerge dans ces conversations comme un homme entier qui n’est pas prêt à faire des compromis avec sa conscience. Il est toujours honnête, n’esquive aucune question, ne se renie jamais et ne cache jamais rien. Cela a fait de lui "quelqu’un" qui est de ce fait à la fois fort et vulnérable."

Le "hic" est que ces propos ont suscité une tempête de réactions négatives... Le frais émoulu sénateur de la N-VA Piet De Bruyn a estimé qu’ils faisaient preuve d’un manque total de compassion à l’égard des malades du sida et des séropositifs. Pour la sénatrice du SP.A Marleen Temmerman, par ailleurs gynécologue particulièrement critique envers l’Eglise depuis la crise de la pédophilie, les propos de l’archevêque constituent "une culpabilisation totalement insensée des personnes atteinte du sida".

L’Open VLD a franchi un pas supplémentaire puisqu’il en est venu à réclamer que les contribuables puissent déterminer, dans leur déclaration fiscale, la religion ou la conception philosophique à laquelle ira leur contribution.

Les partis francophones n’ont pas été en reste. Ecolo, en accord avec Groen !, a condamné des déclarations "aussi stupides que discriminatoires" et a demandé "à tous les parlementaires de condamner les propos nauséabonds de l’archevêque".

Du côté du CDH, la chef du groupe de la Chambre Catherine Fonck, qui est par ailleurs médecin, a relevé que "le sida est une infection virale qui continue à faire de très nombreuses victimes. Il est inacceptable de considérer cette maladie comme une forme de punition. Culpabiliser les malades ne les aidera pas. Ces propos renvoient à une doctrine d’un autre temps en total décalage avec le message de tolérance et d’attention aux plus faibles." Une réaction similaire est venue d’un autre parlementaire-médécin : pour le sénateur Philippe Mahoux (PS), "considérer l’épidémie du sida comme une forme de justice immanente est totalement indigne et stigmatise les malades qui sont avant tout des victimes, comme tous les malades d’ailleurs". Et d’ajouter que "plutôt que de stigmatiser les malades du sida, tous les efforts doivent être intensifiés et encouragés en matière de recherche pour vaincre cette maladie".