Belgique

En 1996, l'écrivain belge Pierre Mertens publie `Une Paix royale´, un roman qui met largement en scène les habitants du Domaine d'Argenteuil. La princesse Lilian intente une action en justice contre l'auteur estimant que certains passages du livre sont outrageants pour elle, son fils et son mari défunt.

`Je crains que ce soit sur un mauvais conseil qu'elle ait cru devoir agir de cette manière, explique Pierre Mertens. Je lui avais envoyé les bonnes feuilles. Elle fut simplement étonnée que ce soit un roman. Elle aurait préféré un livre historique. Sur son fils, j'ai peut-être été un tout petit peu ironique. Sur elle-même, sûrement pas. Je lui prête, à la limite, un rôle important dans certaines décisions. Quant à Léopold, je comprends encore moins. Je donne une image sinon grandiose, du moins complexe du personnage. Une partie de la gauche m'a d'ailleurs reproché d'avoir donné de Léopold III une image trop favorable. Le livre, soutenu par de très grands écrivains, a reçu des prix dans plusieurs pays d'Europe. L'action en justice a décuplé les ventes.´

Pierre Mertens se souvient: `J'ai rencontré la princesse plusieurs fois à Argenteuil, soit en tête à tête, soit lors de déjeuners avec des gens de théâtre, des journalistes... C'est un personnage très direct, très frontal, très les yeux dans les yeux, très carte sur table. L'accueil était très simple, sans cérémonial. Elle était naturellement digne: c'est une femme qui en imposait par une certaine prestance et qui ne disait jamais rien pour rien. Elle tenait des propos plutôt carrés, légèrement hautains, parfois franchement dédaigneux pour une série de notables, mais jamais avec du ressentiment ou de l'aigreur. Ce n'était ni fielleux, ni perfide.´

Un souvenir précis? `Je me souviens d'une après-midi d'été où elle était peut-être plus mélancolique que d'habitude. Le soir tombait: elle ne s'en était pas rendu compte. La discussion s'est poursuivie dans un noir presque absolu. C'était étrange.´

© La Libre Belgique 2002