Belgique

On ne sait pas pourquoi, ils sont sortis. Ils ont abandonné leurs armes. Enfin, Abou Hamza déjà il avait une kalach avec six chargeurs. Il n’y a qu’Abdelaziz qui a fini avec eux. Ils savaient qu’en partant de là, ils n’avaient pas de moyen de nous communiquer. Ils avaient rien" : ces paroles, c’est Ibrahim El Bakraoui, un des Kamikazes de Zaventem qui les a prononcées le 21 mars 2016, à la veille des attentats de Bruxelles, dans un message envoyé à son commanditaire en Syrie où, avec Najim Laachraoui, il explique sa vision des événements survenus le 15 mars, rue du Dries, à Forest.

Abdelaziz, c’est le surnom de Mohamed Belkaïd, l’Algérien qui s’est retranché dans l’appartement et y mourra les armes à la main. Ceux qui ont abandonné leurs armes, c’est Salah Abdeslam et Sofien Ayari - alias Abou Hamza - qui seront arrêtés trois jours plus tard à Molenbeek.

On ne présente plus Salah Abdeslam. Sofien Ayari, est par contre quasi un inconnu. On le retrouve pourtant depuis le début dans la cellule qui frappera à Paris le 13 novembre 2015 et à Bruxelles. Au cours de ces interrogatoires, il a fait usage de son droit au silence. Tout au plus, a-t-il dit qu’il avait quitté en 2014 son pays natal, la Tunisie, pour la Syrie.

Selon Osama Krayem, le Suédois qui a renoncé à se faire exploser dans le métro, il était combattant au sein de l’Etat islamique. En Syrie, Sofien Ayari était, toujours selon Krayem, un ami de Bilal Hadfi, le Laekenois qui s’est fait exploser avec deux Irakiens près du Stade de France le 13 novembre.

Pris en charge par Salah Abdeslam

Sofien Ayari, qui serait âgé de 23 ans, a suivi le chemin des réfugiés pour venir en Europe. Il a été contrôlé le 20 septembre 2015, à Leros avec un faux passeport syrien. Il était alors avec Krayem, avec qui il a gagné Athènes. Via la Macédoine, où Ahmad Alkhald (considéré comme l’artificier de Paris) s’est joint à eux, ils ont rejoint Ulm (Allemagne).

C’est là que Salah Abdeslam est allé chercher le trio, le 3 octobre 2015, à bord d’une BMW de location. Comme tous les opérationnels, ils recevront d’Abdeslam de fausses cartes d’identité belges, confectionnées dans l’atelier clandestin de Saint-Gilles qui avait été démantelé quelques mois plus tôt.

Sur ce document d’identité, qu’il a abandonné dans sa fuite dans l’appartement de la rue du Dries, Sofien Ayari porte le nom d’Amine Choukri.

La première planque de Sofien Ayari est vraisemblablement l’appartement de la rue du Fort à Charleroi, d’où partira, la veille des attentats de Paris, le "convoi de la mort", avec à sa tête Abdel Hamid Abaaoud.

Un aller-retour à Schiphol le jour des attentats de Paris

Sofien Ayari ne prendra pas part aux attentats de Paris. Le 13 novembre 2015, il a pris un bus Eurolines pour l’aéroport de Schiphol (Amsterdam) en compagnie d’Osama Krayem.

Ils sont rentrés en Belgique le jour même. Le but de ce voyage n’est pas clair : d’après Krayem, c’était un repérage en vue de vérifier si les consignes étaient de taille suffisante pour stocker armes et/ou explosifs.

Mais la thèse d’un quatrième commando du 13 novembre n’est pas définitivement exclue.

L’ADN d’Ayari a aussi été trouvé sur une brosse à dents retrouvée dans la maison d’Auvelais louée à l’automne 2015 par la cellule de Paris.

Avant de rejoindre la rue du Dries à Forest, Sofien Ayari serait aussi passé par la planque de Jette abandonnée le 8 mars 2016, où ils étaient vraisemblablement six - les trois kamikazes et les trois hommes surpris rue du Dries - coincés dans un studio, avenue de l’Exposition.