Belgique

Un "rata", pour faire un peu de pédagogie, c’est l’équivalent wallon du "stoemp" bruxellois. A savoir un mélange grossier de purée de pommes de terre associée à un légume écrasé. Si l’on se permet ce préalable culinaire, c’est tout simplement parce qu’il est beaucoup question d’une "machine à faire des ratas", depuis mardi matin, dans la région de Charleroi.

C’est encore une fois une intercommunale qui se trouve dans la tourmente. L’ISPPC (intercommunale de santé publique du pays de Charleroi) qui gère notamment des hôpitaux importants et des centres de soins dans la région de Charleroi a été la cible d’accusations anonymes, lundi soir. Sur le coup de 18 h 01, soit une minute après le début du conseil d’administration de l’intercommunale qui se réunissait boulevard Zoé Drion à Charleroi, 14 administrateurs sur les 25 que compte le CA ont reçu un mail étrange signé d’un certain "X".

Dans ce mail était évoqué un certain nombre de malversations. Comme, par exemple, "des nominations truquées", "des marchés publics passés en fraude" pour lesquels "des entreprises doivent inviter les décideurs des cahiers de charges en vacances parfois en Italie". On évoque aussi des "enveloppes avec des milliers d’euros" qui seraient apportées "aux responsables des achats des cuisines". Il est également reproché à un membre de la direction, en l’occurrence le directeur général, Philippe Lejeune - épinglé, il y a quelques semaines pour ses rémunérations importantes -, qui est également bourgmestre (PS) de Merbes-le-Château, de s’être fait livrer, lors de la fermeture de l’ancienne implantation de l’hôpital civil, "une grande table et des belles antiquités", comme "une armoire de pharmacie". Le mail anonyme évoque encore des marchés publics "truqués".

On retrouve, enfin, une deuxième accusation à l’encontre de Philippe Lejeune. "Comment expliquez-vous que les repas du bal d’un directeur du CHU qui est aussi bourgmestre se font dans les cuisines de l’hôpital avec du personnel de l’hôpital" et "transportés avec des camions de l’hôpital. Un de mes collègues m’a expliqué que le personnel devait se déclarer bénévole durant la préparation des repas mais récupérait ensuite en stoemeling les heures et avait des promotions pour se taire."

Sur cette dernière accusation, le directeur général, Philippe Lejeune a donné quelques explications mardi matin. S’il se défend d’avoir eu recours à du personnel de l’hôpital pour confectionner des repas destinés à son bal annuel, il reconnaissait quand même sur les antennes de la RTBF qu’il a bien utilisé les cuisines d’un des établissements gérés par l’ISPPC. "La seule chose qui a été réalisée, c’est que, lorsque les cuisines de l’Espace Santé étaient désaffectées, c’est vrai que là, il y avait une machine pour faire des ratas et des choses de ce type-là. Et j’avais demandé à l’époque de pouvoir confectionner juste cet aspect-là, à cet endroit-là." Il affirme également que ces repas, confectionnés par des "extérieurs", il les a transportés lui-même jusqu’à son bal à l’aide d’une "camionnette privée".