Special Forces: tout sauf des Rambo()

D.S.() Publié le - Mis à jour le

Belgique

L'exercice «Crazy Trip» l'a encore montré à l'envi: as du renseignement, les Forces spéciales sont un élément clé de toute opération militaire délicate. A leur sujet, les supputations les plus fantaisistes vont bon train, alimentées par une imagerie hollywoodienne à la grosse louche. Barbouzes de choc? Gros bras prêts à tout?

Unité bilingue d'une centaine de personnes basée à Flawinne, elle se distingue d'abord par la formation. Le volontaire, qui aura au moins 4 années d'expérience militaire, reçoit une formation complémentaire de 6 mois: entraînement parachutiste à haute et très haute altitude, spécialisation comme nageur de combat, observation d'artillerie, tir d'élite, judo, karaté, escrime à la baïonnette, aide au contrôle aérien, alpinisme sur rocher, neige ou glace, etc.

«Axée sur le travail en petit groupe, l'autonomie, cette formation apporte les techniques et tactiques adaptées, commente le lieutenant colonel Frank Clays, chef du Special Forces Group (SFG). Né en 1959 à Kinshasa, il a grandi au Congo jusqu'à 18 ans - un incontestable atout ici - avant d'entamer son cursus militaire à Bruxelles. Durant «Crasy Trip», les hommes restent 48 heures sur le terrain, «mais ils sont entraînés mentalement pour pouvoir y rester 15 jours!» Moyennant un équipement amélioré, adapté aux conditions de vie, et un appui logistique par parachutage. L'aspect survie est poussé à fond, «de façon à faire des conditions météo votre ami plutôt que votre ennemi.»

Question armement, c'est le matériel classique en version commando - FNC à crosse repliable -, mais aussi le nouveau pistolet 5.7 de la FN et le fusil F 2000 de calibre 5.56 Otan, nouvelle arme FN, très compacte, avec chargeur derrière la poignée de tir: «Pour la Défense, on joue un peu le rôle de banc d'essai».

Les qualités requises dans ce genre d'unité? Maturité, initiative, quotient intellectuel élevé, endurance, les hommes «savent mordre sur leur chique». Il faut être communicatif «sans avoir la langue trop pendue», mais, insiste Frank Claeys, «ce sont avant tout des hommes, et surtout pas des Rambo.»

Ces exigences semblent en rebuter certains, puisque l'unité manque actuellement de volontaires, carence qui s'explique souvent par la méconnaissance: «Quand le militaire découvre les Special Forces après s'être installé dans son petit confort, il est parfois trop tard...»

Alignés quand il n'est pas possible de déployer beaucoup d'hommes rapidement, et là où «la signature d'une petite unité est préférable», les Special Forces sont encore trop souvent engagées en cours d'opération, «pour recoller les morceaux», alors que leur vraie utilité, comme l'indique leur devise «Far ahead», est d'être «loin devant», avant tout le monde.

A titre d'exemple, les Special Forces ont été engagées au Zaïre en 1991, en Somalie en 93, à Sarajevo en 93-94 pour assurer la protection rapprochée du général Briquemont, au Rwanda en 1994, après la mort des 10 commandos, pour évacuer des Allemands à Kigali et des Belges de la coopération technique militaire à Gisenyi. Balkans, Afghanistan, Côte-d'Ivoire, Congo sont leurs terrains d'action récents.

Où d'aucuns se trouvent-ils présentement? Déjà discrets d'habitude, certains sont appelés à «se fondre dans la population expatriée longtemps à l'avance». Avec ce risque supplémentaire: sans uniforme reconnaissable ni armement apparent, ils ne sont pas couverts par la Convention de Genève.

© La Libre Belgique 2006

Publicité clickBoxBanner