Belgique Ils sont ingénieurs civils, informaticiens, militaires... Et ils deviendront l'année prochaine spécialistes en cybersécurité grâce à un master unique en Belgique et rare en Europe, développé par six institutions de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Il aura fallu deux ans pour que l'ULB, l'UCL, l'UNamur, l'Ecole Royale Militaire, l'HEB et l'HELB mettent au point ce programme. "Nous avons pioché le meilleur dans chacun des établissements afin de constituer le programme. Certains possédaient un cours qualitatif dans telle matière, d'autres dans d'autres. Nous sommes complémentaires en somme", nous déclare Yves Roggeman, professeur en sécurité informatique à l'ULB et à l'initiative du master. Les cours se déroulent sur tous les sites mais principalement à Bruxelles en anglais.

Quel profil ont les étudiants ?

Une quarantaine d'étudiants se sont inscrits en septembre dernier, inaugurant ainsi la première année du programme d'étude. Les professeurs ne s'attendaient pas à un tel succès et estiment ce nombre suffisant pour pouvoir continuer à travailler en groupe. "C'est plus adapté pour pouvoir réaliser des travaux pratiques", nous confirme Yves Roggeman.

Les étudiants viennent de différents horizons. La moitié des jeunes a un bachelier en poche. L'autre moitié possède un master. Quelques-uns travaillent déjà mais ont obtenu une dérogation de leur employeur comme par exemple les militaires actifs, l'Ecole Royale Militaire étant l'un des partenaires du projet.

"Les meilleurs gendarmes sont d'anciens voleurs"

Pour parvenir à déjouer les attaques, les étudiants doivent aussi savoir comment les constituer. Pas de concours d'entrée, ni de tri. Mais le profil et la personnalité des étudiants sont étudiés tout au long de leurs études par les professeurs. "On ne met pas n'importe qui n'importe où", assure Yves Roggeman. "Ils savent comment pirater et attaquer un système. Mais ils n'ont pas intérêt à le faire dans la réalité, au risque d'être blacklisté auprès de tous les employeurs publics et privés de Belgique". Pour bien mettre en évidence le rôle sociétal important que joue un spécialiste en cybersécurité, les étudiants ont droit à de nombreux cours de droit et de déontologie.

Pas une certification, mais une profession à part entière

"La spécificité ici, c'est que les étudiants sont encadrés par un master. Ce n'est pas un certificat octroyé par des formateurs", insiste le professeur de l'ULB. Chaque étudiant qui sortira diplômé sera donc spécialisé en cybersécurité, contrairement aux travailleurs qui ont pu bénéficier d'un certificat octroyé par une formation complémentaire parfois offerte par leur employeur. "On est bien ici dans une sous-spécialisation", ajoute Yves Roggeman.

Une première en Belgique

Ce master est le premier de ce genre à voir le jour en Belgique : "C'est une première dans notre pays. Il doit y avoir seulement cinq ou six autres programmes similaires en Europe. Et d'autres universités de pays étrangers nous ont approchés". Par exemple, une formation existe en France mais nécessite un concours d'entrée.

Répondre à une demande sociétale

Au-delà de l'actualité, la profession de spécialiste en cybersécurité est devenue "une nécessité". "Ce n'est pas pour nous que nous avons créé ce master. Mais bien pour répondre à la demande sociétale. C'est devenu indispensable", assure le professeur en sécurité informatique Yves Roggeman. "Cela fait des dizaines d'années que nous réalisons des recherches dans le domaine de la sécurité informatique. Il était temps de concrétiser la profession".