Spéculations autour de la succession royale

V.d.W. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Le prince Philippe et la princesse Mathilde participeront, dès la fin de cette semaine, à une très importante mission économique au Japon. Sans doute n’évoquera-t-on pas, là-bas, les discussions feutrées qui se déroulent, depuis quelque temps, sur l’avenir de la famille royale. Qu’y a-t-il donc de neuf sous le soleil ? Plusieurs hommes politiques le confessent : ils se font du souci pour la santé du roi Albert et s’inquiètent de la tournure que prendra, le moment venu, sa succession. Certains proches du Roi le confirment. L’un d’eux témoigne : "Albert est fatigué, très fatigué." On le serait à moins.

Pas question cependant d’envisager une abdication : il y a une vraie unanimité, dans tous les partis politiques, pour souhaiter que l’actuel chef de l’Etat reste en place au moins jusqu’en 2014. Voire après. Pourquoi ? Certains sont persuadés que l’échéance électorale de 2014 risque d’amener des résultats électoraux encore plus compliqués à gérer que lors de la précédente crise politique. Une N-VA à 28 %, ce fut encore gérable. "Mais imaginez que les nationalistes flamands frôlent les 40 %, il sera politiquement impossible de s’en passer. Dès lors, la crise que l’on a connue entre 2007 et 2011 ressemblera à un jeu d’enfant face à ce qui nous attend "

D’autres sont plus nuancés et plus optimistes. Un politicien flamand explique : "Certes, la N-VA domine les sondages en Flandre. Mais il faudra rafraîchir la mémoire des électeurs. Son slogan était durven, doen : en fait, elle n’a rien osé et nous avons fait ce qu’elle avait dit qu’elle ferait : une grande réforme de l’Etat avec la scission de BHV." L’avis est unanime : seul Albert II pourra, même à 80 ans, résoudre la prochaine difficulté politique de 2014. Donc, pourvu qu’il reste. Mais après ?

Philippe, on le voit, est en train de parfaire sa formation sur le plan socio-économique à l’étranger. Récemment encore, il assistait à la réunion du groupe Bilderberg en Virginie, aux Etats-Unis, en compagnie, notamment, du commissaire européen, Karel De Gucht. Début avril, il assistera, avec Didier Reynders, le ministre des Affaires étrangères, au cinquantième anniversaire de l’indépendance du Burundi. Sur le terrain économique et diplomatique, Philippe bénéficie d’une remarquable expérience qui se conforte à chaque mission. Mais en Flandre, son habilité à gérer les prochaines crises politiques internes est mise en doute. Et nombreux sont ceux qui ont toujours en mémoire ses déclarations contre les nationalistes flamands. Déclarations courageuses mais qui avaient été très mal ressenties en Flandre.

Certains donc ont échafaudé - et testé récemment encore - ce qu’ils appellent un scénario d’urgence ou de secours. Rien n’est écrit. Mais ça discute. "On en parle, on teste des pistes, on pose des questions", dit ce ministre d’Etat. Ce scénario B porte un nom : il s’appelle princesse Astrid. Pour certains vieux renards de la politique belge, le sauvetage de la Belgique sera peut-être à ce prix-là. Car en Flandre, certains sont persuadés que le moment venu, les nationalistes flamands prendront leur revanche et diront "non" à "Filip". Cet ancien ministre explique : "Si la N-VA dit non à Philippe, nous serons quand même devant un sérieux problème. Et dans ce cas, Astrid peut être une alternative." La fille du Roi ne serait pas proposée en tant que reine, mais bien en tant que régente en attendant que la fille de Philippe et Mathilde, Elisabeth, devienne reine. C’est là une des faiblesses de ce scénario. Car une régence est par essence limitée dans le temps. Et on n’imagine pas Elisabeth monter sur le trône dès sa majorité.

Mais Astrid a ses supporters. Elle vient de fêter ses 50 ans et bénéficie d’une très bonne image et dans le public, et surtout dans la classe politique, du sud, du centre et du nord du pays. "Elle a un tempérament mesuré. Elle connaît parfaitement son rôle" , confie un membre du gouvernement. De plus, son mari, le prince Lorenz, est lui aussi un homme discret et très apprécié.

Crédible, ce scénario ? Personne n’affirme évidemment que ce plan "Astrid" se réalisera. Mais il vit dans l’esprit de plusieurs hommes politiques et sages du Royaume qui le gardent en réserve. Au cas où. Tout en se disant : pourvu qu’Albert II reste le plus longtemps possible. "Quand on voit la popularité d’Elisabeth d’Angleterre et sa longévité, il n’y a vraiment aucune raison pour que le Roi cède sa place" , note cet observateur. Plus l’on se rapproche de l’échéance électorale de 2014, plus la classe politique actuelle, dans son ensemble, plaidera pour que l’actuel chef de l’Etat reste en place aussi longtemps qu’il le pourra. Le moment venu, et comme le prévoit l’ordre de succession au trône, c’est son fils Philippe qui lui succédera Sauf si la pression politique en Flandre empêche la réalisation du scénario normal. C’est dans cette hypothèse, seulement, que le plan "Astrid" pourrait voir le jour.

On notera également une évolution intéressante au sein de la famille royale. Une évolution plutôt rassurante. Plusieurs proches de la famille royale le confirment aussi : depuis quelque temps, Philippe et Laurent se sont rapprochés. Les deux hommes n’ont pas toujours eu des relations faciles. Mais leur affection est sincère. Lorsque Laurent avait eu quelques soucis avec ses missions à l’étranger, Philippe avait pris ardemment la défense de son frère : "Mon frère est et reste mon frère ", avait-il dit lors d’un voyage en Russie en avril 2011. En fait, ce rapprochement est surtout l’œuvre de deux femmes, les princesses Mathilde et Claire : "Ce n’est pas un secret : elles s’apprécient de plus en plus", confie un observateur royal.

Philippe et Laurent ont un point commun : leur relation parfois compliquée avec le chef de cabinet du Roi, Jacques Van Ypersele. "C’est devenu une véritable obsession chez Laurent : il ne sait pas tenir une conversation sans se plaindre du rôle de Jacques Van Ypersele." "Van Yp" est pourtant, de l’avis de tous ceux qui ont pu le côtoyer, un remarquable serviteur de l’Etat, un homme irremplaçable qui a assuré la continuité politique entre Baudouin et Albert II.

L’avenir du Roi et celui de son chef de cabinet sont-ils liés ? Certains observateurs estiment que Jacques Van Ypersele a un peu moins d’influence que par le passé, depuis qu’un socialiste francophone dirige le gouvernement. Est-ce parce que le courant passe vraiment très bien entre le Roi et le Premier ministre? Peut-être. Il est vrai, aussi, qu’une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques est apparue, surtout en Flandre. Dès lors, il est parfois difficile, pour les conseillers du Roi, de comprendre ce que veulent ces jeunes loups à qui il faut souvent rappeler l’indispensable maintien d’une Belgique fédérale.

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