Belgique

Parmi les plus virulents adversaires du stade national, il y a Roland Duchâtelet, l’ex-président du Standard de Liège, qui juge le projet "cher pour le contribuable et complètement inutile".

"Il y a plusieurs points litigieux dans le dossier, dont le manque de transparence sur le financement, estime l’homme d’affaires. Au niveau de l’Union belge, ça a été fait en secret par François De Keersmaecker et Steven Martens (les anciens président et CEO de l’Union belge de football, NdlR). J’avais quand même pu obtenir le dossier. Et, à l’analyse, on se rendait compte qu’il était totalement irréaliste. L’investissement total est de plus ou moins 600 millions d’euros : 300 millions pour le stade et 300 millions pour les infrastructures."

C’est surtout le volet infrastructures que dénonce M. Duchâtelet. Le stade doit être construit sur le parking C du Heysel. "Les responsables politiques bruxellois ont dit qu’ils allaient construire un nouveau parking équivalent, d’environ dix mille places, mais sous-terrain. Ils ont budgétisé 100 millions d’euros. Mais quand on regarde ce que coûte une place de parking, à mon avis, on en sera plutôt à 150 ou 200 millions d’euros. Et puis, il y a la connexion entre le stade et le ring de Bruxelles. Là, c’est un coût qu’on peut aussi facilement estimer à 150 millions."

"Ces deux points ensemble, c’est donc 300 millions qui seront payés par les ouvriers, les pensionnés, les citoyens… Pourquoi ? ! C’est totalement illogique. Le club d’Anderlecht aurait pu payer 10 millions d’euros par an ( pour la location du stade, NdlR) , mais, dès le départ, ce n’était pas certain du tout, et il s’avère qu’Anderlecht ne se sent pas engagé." Le Sporting a en effet annoncé qu’il se retirait du projet.

L’UEFA doit se regarder dans le miroir

"Le nouveau stade, c’est une dépense inutile, d’autant plus que le stade actuel (le Roi Baudouin, NdlR) n’est quasiment jamais rempli et qu’il est parfaitement valable pour jouer des matchs de football." Lorsqu’on fait remarquer à Roland Duchâtelet que l’enceinte ne répond plus aux normes de l’UEFA (la fédération du foot européen) pour accueillir des compétitions internationales, il balaie l’argument.

"Les normes UEFA, c’est encore une histoire à la con , réplique-t-il. A l’époque, j’avais demandé à M. De Keersmaecker ce qui n’allait pas. Il m’a dit que le problème, c’est la distance insuffisante entre les rangées de sièges. L’UEFA doit se regarder dans le miroir et se demander quel est l’imbécile qui a pondu ce type de règles. Fondamentalement, au niveau de la sécurité, il n’y a aucun problème puisqu’on utilise le stade depuis trente ans. Il ne doit même pas être rénové, il peut servir en tant que tel. En plus, il est polyvalent, on peut y faire de l’athlétisme, c’est quand même super." Pas pour tout le monde, manifestement.

"Dès le début, il aurait fallu choisir de rénover le Stade Roi Baudouin" juge Didier Reynders

Le vice-Premier ministre et président de la fédération bruxelloise du MR, Didier Reynders, s'est montré sévère à propos du choix des autorités bruxelloises de construire un nouveau stade en Flandre, hors du territoire régional. "Dès le début, le choix aurait dû être la rénovation du stade Roi Baudouin", a-t-il déclaré sur les ondes de La Première. M. Reynders espère toutefois que la Belgique pourra obtenir une participation dans l'organisation de l'Euro 2020 et recevra donc ce jeudi un délai pour se mettre en ordre.

Des voix se sont fait entendre ces derniers jours pour regretter l'absence d'implication du gouvernement fédéral dans ce dossier qui a concerné jusqu'à présent la Ville de Bruxelles, le gouvernement bruxellois et le gouvernement flamand, ainsi que les autorités locales et provinciales. L'échevin Alain Courtois (MR) a ainsi répété vendredi qu'à ses yeux, le gouvernement fédéral avait "son rôle à jouer".

"Il aurait peut-être fallu en appeler au gouvernement fédéral dès le début", a fait remarquer le vice-premier ministre, relevant au passage le peu de contacts entre les exécutifs bruxellois et flamand pour faire aboutir ce dossier. "Je ne comprends pas pourquoi la Région bruxelloise a été choisir d'implanter ce stade à Grimbergen, en Flandre, en dehors de son territoire, avec toutes les difficultés que l'on voit maintenant", a-t-il ajouté sur Bel-RTL.