Belgique

C’est déjà lui qui avait contribué de manière décisive à la résolution de l’énigme de la mort du jeune Louis XVII au Temple à Paris en démontrant par une comparaison d’ADN que personne n’avait été substitué au fils de Louis XVI. Voilà qu’une nouvelle mission royale attend le Pr Jean-Jacques Cassiman, responsable du Centre de génétique humaine de l’université catholique flamande de Louvain. Il devrait en effet tout prochainement se pencher sur les restes du dernier roi du Burundi, Charles Ntare V Ndizeye qui avait été exécuté dans des circonstances toujours troubles avec ses six gardes du corps en 1972 sur ordre du dictateur de l’époque Michel Micombero.

Un joli défi pour le généticien flamand à la veille du 50e anniversaire du Burundi que les autorités locales voudraient voir résolument placé sous le signe de la réconciliation nationale.

Ce n’est pas encore gagné et le professeur louvaniste dont la réputation a depuis longtemps franchi nos frontières en est très conscient. Mais cela l’amène à être d’autant plus déterminé. Il faut ainsi retrouver d’abord le lieu où les restes du Souverain auraient été jetés. Et même dans ce cas-là, il n’y a pas de certitude absolue à ce que l’on puisse se servir de son ADN. C’est pourquoi, comme lors de ses missions précédentes, le Pr Cassiman veille aussi à collecter les traces biologiques des proches du leader burundais : les autorités du pays ont ainsi donné l’autorisation d’ouvrir la tombe de sa mère, la reine Baramparayé qui est décédée en 2007.

C’est la demi-sœur de Charles Ntare V qui, en sa qualité de parlementaire burundaise, a pris contact avec Jean-Jacques Cassiman. L’endroit où pourraient se trouver les restes du Roi a été identifié dans une fosse commune de Gitega mais afin d’en avoir la certitude, le professeur louvaniste a obtenu la collaboration du DVI, le Disaster Victim Identification Team de la police fédérale qui est parti en mission exploratoire. Une mission qui a pu se concrétiser grâce à un accord de coopération entre les polices belge et burundaise. En ce sens, comme l’a dit le vice-recteur pour les affaires internationales de la KU Leuven, Bart De Moor, "c’est un bel exemple de diplomatie académique".

Mais qui était donc ce dernier Roi du Burundi dont la mort a déclenché des troubles très graves dans le pays ? Il était montré sur le trône en 1966 en chassant son propre père mais quelques mois plus tard, il avait été destitué par le dictateur Micombero et obligé de s’exiler en Europe. Installé en Allemagne, il s’intéressa de près aux travaux du philosophe Kierkegaard et ambitionnait de rentrer au pays. Mais, lorsqu’en 1972, il se retrouva en Ouganda, le dictateur local Idi Amin l’avait livré à son alter ego burundais. On connaît la suite Aujourd’hui, l’heure est au rapprochement et le Burundi en rendant hommage à Charles Ntare V veut surtout honorer son père considéré comme "le père de la patrie"