Belgique

Le nouvel avocat de Salah Abdeslam s’oppose à l’extradition ou la remise de son client. La Dernière Heure l'a rencontré ce samedi.

Quelle est la position de votre client ?

Il collabore avec la justice. C’était une des conditions que je m’étais données pour assurer sa défense. C’est une vraie mission qui s’annonce. Je ne peux pas rentrer dans les détails, mais ce qu’il a dit, même avant ma présence face aux policiers, c’est quelque chose que je devais savoir, avant de le défendre. Cela rend ce dossier intéressant. Au contraire de toutes ces affaires de terrorisme où les inculpés contestent l’incontestable. C’est ça qui en fait un dossier défendable, faisable et intéressant.

A-t-il expliqué aux enquêteurs pourquoi il ne s’est pas fait sauter à Paris ?

Il l’a expliqué. Je n’en dirai pas plus pour l’instant car il est trop tôt. En tout cas, il n’est pas du tout resté muet face à la juge.

A-t-il décrit les planques qu’il a utilisées pour se cacher à Bruxelles ?

Cela n’a pas fait l’objet de discussions.

Quelle était l’attitude de la juge ?

Elle a été comme une juge doit l’être : à charge et à décharge, humaine dans des circonstances difficiles. Et surtout, sans se laisser mener, que ce soit par le parquet fédéral ou sous la pression que la France met sur ce dossier. À un moment, il faut arrêter de s’agenouiller, de vivre sur ce sentiment de culpabilité qu’on semble avoir en Belgique, vis-à-vis de la France, depuis les attentats. On a l’impression qu’il suffit qu’elle claque des doigts… Il faut d’abord balayer sur son propre trottoir avant d’aller sur celui d’un autre.

Vous semblez en mission…

Une fois que l’on défend, on défend. Si c’est pour prendre des claques, alors je préfère les prendre la tête haute.

Est-ce le dossier de votre carrière ?

C’est un dossier dans lequel je dois, en quelque sorte, préserver les miens. Je sais très bien ce qui va arriver et combien la critique est facile. Cette affaire change ma vie, celle de mon amie, de mes enfants. Mais si je ne voulais pas faire cela, alors j’aurai pu plaider des affaires de divorce. Mais j’ai choisi d’être pénaliste et je le suis depuis 20 ans.

Craignez-vous des dérives en défendant ainsi Salah Abdeslam ?

Il faut suivre les règles. Me faire matraquer, je l’accepte, mais il faut être juste. Tout ce qu’on m’a fait subir et vivre après le dossier Aquino… Ca n’a pas été juste. Dire que j’étais en faillite, que je suis le porte-parole de la mafia, ce n’est pas juste. Ceux qui ont dit et écrit cela sont allés trop loin.