Belgique

Après la grève sauvage d’il y a une semaine, les agents du Tec Liège-Verviers se sont encore croisé les bras mercredi. Cette fois, le mouvement a fait l’objet d’un préavis, mais il a pénalisé nombre d’usagers, dont des étudiants qui sont en période d’examens. Le mouvement d’hier est surtout symptomatique des maladies de rodage du programme Amédis (pour "Amélioration du dialogue social"). Lancé en test depuis le 1er janvier pour pacifier le climat social au sein du groupe Tec, Amédis ne produit toujours pas d’effets positifs et certains n’hésitent pas à dire que l’expérience est déjà un échec. Selon les premières évaluations intermédiaires du Laboratoire d’étude sur les nouvelles technologies, l’innovation et le changement (Lentic/Université de Liège) qui l’a conçu pour les Tec wallons, Amédis aurait entraîné une déresponsabilisation des dirigeants des sociétés régionales des Tec et plutôt un blocage dans les négociations sociales. " En vertu du programme Amédis, un conflit qui n’est pas résolu au niveau local est renvoyé à la SRWT (NdlR : holding faîtier des Tec wallons) . Mais comme celle-ci ne veut pas désavouer les dirigeants locaux, on tarde à trouver uen solution. Même situation dans le chef des responsables syndicaux. Les locaux se déchargent du problème sur les responsables fédéraux, les chargeant de trouver une solution avec les dirigeants de la SRWT. Conséquence, on se mord le nez sans trouver une solution ", explique une source proche du dossier. Une autre conséquence du programme est qu’il rend les procédures de résolution d’un conflit trop longues. " Les responsables syndicaux locaux n’y croient plus trop et ont l’impression qu’il a été élaboré pour les endormir. Mais le problème principal aujourd’hui est le manque de confiance entre les dirigeants du groupe Tec et le personnel. On n’a toujours pas réussi à rétablir un climat de confiance entre les deux parties ", poursuit un autre intervenant.

Jours de grève aux Tec

Année | Total de jours de grève | Jours de grève sauvage |

2005 | 27 | 20 |

2006 | 15 | 12 |

2007 | 9 | 7 |

2008 | 25 | 19 |

2009 | 24 | 17 |

2010 | 12 | 9 |

2011 (au 15 juin) | 13 | 9 |

A la SRWT, on temporise et on relativise. " Il est trop tôt pour tirer une conclusion. Attendons la fin de la période test qui est d’un an ", nous a répondu Stéphane Thiéry, directeur de la communication de la SRWT. Le Lentic a déjà identifié les points faibles et les atouts d’Amédis, une présentation aux syndicats est prévue le 27 juin. En attendant, le programme n’a pas encore réussi à réduire drastiquement les grèves qui pénalisent sérieusement les usagers des bus wallons. Au 15 juin, les Tec wallons affichent déjà 13 jours de grève, dont 9 mouvements sauvages, contre 12 jours de grève pour l’ensemble de l’année 2010 (voir infographie ci-contre). Et si on prend en compte le préavis déposé au Tec Namur-Luxembourg pour vendredi par la CGSP en vue d’une action des chauffeurs, les Tec wallons risquent de terminer le mois avec un triste bilan en matière d’actions sociales.

C’est justement l’application du programme Amédis qui est à l’origine du mouvement social qui handicape le bon déroulement des services du Tec Liège-Verviers. Les bus ne sont, de nouveau, pas sortis de plusieurs dépôts mercredi (Rocourt, Jemeppe, Robermont, etc.). Cette fois, l’action était annoncée, mais elle hérisse les usagers (lire interview ci-contre). En effet, les techniciens revendiquent un statut particulier et une revalorisation barémique quand ils interviennent comme chefs d’équipe (surveillance de la préparation et de la sortie des bus). La direction du Tec Liège-Verviers n’ayant pas réussi à trouver une solution, le dossier a été renvoyé à la SRWT. Celle-ci avait prévu d’analyser la demande des techniciens liégeois et de leur communiquer sa réponse pour le 7 juillet. Or, le problème était posé depuis 2005, et le Tec Liège-Verviers avait identifié 18 chefs d’équipe. En raison de la grève sauvage du 8 juin, elle avait avancé son analyse au 22 juin. Mais le mouvement d’hier lui a fait changer d’avis. La SRWT a donc indiqué hier qu’après analyse, elle ne pouvait rencontrer la demande des techniciens du Tec Liège-Verviers, " au risque de déstructurer la politique de rémunération du personnel des services techniques, à fonctions identiques dans l’ensemble du groupe Tec ". Mécontents de la réponse, les syndicats ont déjà annoncé des actions sur le réseau du Tec Liège-Verviers. La grève risque donc de se poursuivre.

Le ministre wallon de tutelle, Philippe Henry (Ecolo), a haussé le ton mercredi. Pour lui, la grève d’hier, même préavisée, est "inadmissible". " Le gouvernement a fait le choix de la défense du service public et non de la libéralisation des transports en commun. C’est un choix qui doit se mériter tous les jours ", a-t-il souligné. L’opposition MR a réitéré son souhait d’un service minimum et le PS son rejet de cette option.