Belgique

Gérer sereinement les affaires et se concentrer sur l’essentiel... c’est pas trop leur truc, pour le moment. Déclencher une guerre de communiqués, jouer sur les mots, pour dire finalement : " C’est moi qui avais raison, na, na, ni, na, nère... " ça, c’est capital.

Quelle est donc cette petite étincelle qui a remis le feu aux partis ? BHV, évidemment. Ah, vous les aviez un peu oubliées, ces trois lettres magiques. Vous avez bien cru que l’affaire était enterrée, avalée entre le foie gras et les huîtres ? Et bien non.

Rafraîchissons les mémoires. Les francophones s’opposent à la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, réclamée par la Flandre. Régulièrement, la proposition de loi flamande organisant la scission est redéposée par les partis flamands au Parlement fédéral. Ce qui menace chaque fois la survie du gouvernement fédéral. Ils pourraient s’abstenir, mais c’est plus fort qu’eux. Cette scission, ils l’ont promise et ont juré qu’elle ne demanderait pas plus de 5 minutes de courage politique. Cela fait 40 ans qu’ils essayent...

Pour s’y opposer, les francophones doivent à chaque fois déclencher une procédure en conflit d’intérêt. Le Parlement de la Communauté française l’a fait l’an dernier. Puis la Cocof (Bruxelles). Faudrait maintenant qu’une troisième assemblée s’y colle. Il avait été prévu que ce soit le Parlement wallon. Mais cette assemblée est dirigée par José Happart (PS) lequel ne comprend pas pourquoi c’est "son" Parlement qui doit bouger. José H. a dit : " Je ne vois pas bien où est l’intérêt de la Région wallonne dans BHV. Maintenant qu’Herman Van Rompuy a pris la tête du gouvernement, qu’il fasse son travail. On fera un bon accord en 2011 et BHV sera réglé dans un paquet global ."

Malin plaisir

Le MR a pris un malin plaisir à souligner que si le conflit ne pouvait être déclenché au Parlement wallon, comme cela avait été prévu, c’est à cause de problèmes internes au PS. Pas du tout, rétorquent le PS et le CDH : il s’agit de sauvegarder la capacité du Parlement de la Région wallonne d’intenter par la suite une procédure similaire. Cela n’est pas très respectueux pour la Communauté germanophone, riposte le MR. D’ailleurs : pourquoi les élus wallons auraient-ils des difficultés à déclencher le conflit puisque ce sont ces mêmes élus wallons qui, avec ceux de Bruxelles, ont déclenché le premier conflit d’intérêt à l’initiative de la Communauté française.

Le PS a alors proposé que le conflit d’intérêt soit, cette fois, déclenché par... le Parlement de la Communauté germanophone. La proposition a bien été faite, jeudi, lors de la réunion des présidents francophones. Didier Reynders a proposé de faire traduire le texte en allemand. Les germanophones ne sont pas contre, mais veulent notamment que l’exécutif flamand soit d’accord. A voir.

Tous les partis francophones affirment qu’il importe peu de savoir qui déclenchera le conflit d’intérêt, mais qu’il faudra le faire. Pourquoi alors tout ce tintamarre ? Parce qu’on est déjà en campagne électorale.

Ce conflit d’intérêt permettra donc à la majorité de vivre sans être embêtée par BHV jusqu’au lendemain des élections du 7 juin. Normalement, le conflit suspend le cheminement du texte incriminé pendant 120 jours, mais il s’agit d’un délai minimum qu’on peut faire durer jusqu’à 240 jours environ. Parfois, l’obstruction parlementaire a du bon.

De toute façon, la majorité a prévu d’installer, lors du prochain comité de concertation qui réunit les chefs des différents gouvernements (fédéral et régionaux) un comité d’experts (majorité et opposition) pour préparer une solution sur BHV. Cela devra être prêt à l’été (indien ?).

Le gouvernement flamand a menacé de ne pas y participer. Les autres s’en fichent un peu. Chaque parti y désignera un délégué, sans doute un parlementaire fédéral ou régional. Après, seulement, débutera la négociation politique sur BHV.

Cela ne signifie pas qu’on ne fera rien sur le plan communautaire. Au dialogue institutionnel, des accords partiels pourront être négociés, sans pour cela qu’ils soient votés à la Chambre. Car tant qu’il n’y aura pas d’accord sur tout...