Belgique

Fameux défi. L’accord gouvernemental stipule que, d’ici l’an 2020, le nombre de tués sur les routes belges doit avoir diminué de moitié par rapport à 2010, année au cours de laquelle 840 morts avaient été recensés.

Cet objectif s’aligne sur celui défini par les Nations unies et la Commission européenne. Mais pour qu’il devienne réalité, il reste pas mal de pain sur la planche.

Etats généraux

De fait. L’objectif paraît même très ambitieux. On l’a écrit, le nombre de morts sur la route était de 840 en 2010. En 2014, on a comptabilisé 715 victimes. Il y a donc progrès mais celui-ci est trop lent pour que les objectifs poursuivis soient atteints en 2020 et que ce nombre soit réduit de moitié.

C’est la raison pour laquelle, ce mardi, auront lieu des Etats généraux de la sécurité routière organisés par la ministre fédérale de la Mobilité, Jacqueline Galant (MR), l’Institut belge pour la sécurité routière (IBSR) et le SPF Mobilité. La dernière grand-messe de ce type datait de 2011.

Voitures intelligentes

La ministre annoncera des mesures concrètes visant à poursuivre la lutte contre l’insécurité sur les routes. Ces mesures passeront plus que probablement, notamment, par une simplification du code de la route demandée de façon insistante par l’Institut belge pour la sécurité routière (IBSR). Le texte actuel affiche déjà quarante années à son compteur (on y parle encore de charrettes et de gendarmerie), il est complexe et a fait l’objet d’innombrables adaptations qui le font ressembler à un mille-feuille.

Jacqueline Galant sait toutefois que, sixième réforme de l’Etat oblige, il faudra associer les Régions à la réflexion. Elle n’ignore pas non plus que certains juristes sont réticents à une simplification à outrance, qui pourrait créer, selon eux, une certaine insécurité juridique. Ces derniers affirment qu’un bon code de la route doit comporter des règles contraignantes, ce qui exige parfois une certaine complexité.

Participation citoyenne

Quoi qu’il en soit, Mme Galant est d’avis qu’il faudra aussi tenir compte des évolutions technologiques. Ainsi l’arrivée sur nos routes de la "voiture intelligente" doit être préparée. C’est aussi dans cet ordre d’idées, qu’une législation spécifique va s’appliquer aux vélos électroniques.

L’objectif premier est toutefois de faire tomber le nombre de morts sur nos routes. Pour faire avancer les choses, il a été fait appel à des experts mais aussi, et c’est une première, aux citoyens : 5 000 Belges ont donné leur avis et plusieurs dizaines ont participé, en novembre, à des groupes de travail qui ont planché sur les cinq thèmes de sécurité routière au cœur des Etats généraux de ce mardi : le code de la route, on l’a dit, le risque de se faire contrôler, la récidive, la technologie et l’analyse des accidents.

Sévérité accrue

Les citoyens se sont prononcés en faveur de mesures plus sévères en matière d’alcool et de drogues au volant. Ainsi, 93 % de ceux qui ont réagi estiment que la consommation de drogues dans la circulation doit faire l’objet de plus de contrôles; 86 % trouvent qu’un éthylotest antidémarrage doit être obligatoirement installé dans le véhicule des conducteurs condamnés pour conduite sous l’influence de l’alcool; et 64 % sont pour une tolérance zéro en matière d’alcool au volant.

L’IBSR ne s’était pas attendu à ce qu’autant de suggestions aient un caractère à ce point répressif. "Elles indiquent que les usagers trouvent qu’il est grand temps que les choses changent" , a commenté Karin Genoe, administrateur-délégué de l’IBSR.

Cela aura sans doute aussi été un motif de réflexion pour la ministre.


© IPM


"Les progrès viendront des nouvelles technologies"

L’IBSR, l’Institut belge pour la sécurité routière est un acteur clé en Belgique. Son porte-parole Benoit Godart explique comment réduire le nombre d’accidents de la route en Belgique.

Quels sont les points clés sur lesquels vous comptez travailler pour diminuer le nombre d’accidents sur les routes ?

Toutes les études sont unanimes, le comportement des conducteurs est à la base de plus de 90 % des accidents. Si on veut progresser, c’est surtout pour changer les comportements qu’il faut donc agir. La principale cause des accidents reste d’ailleurs la vitesse, responsable de 30 % des accidents corporels. L’alcool reste également un vrai problème, qui cause environ 180 morts chaque année. En la matière, on ne progresse d’ailleurs plus, il reste un noyau d’irréductibles conducteurs imperméables à la sensibilisation. Enfin, demeure également le non-port de la ceinture et la distraction. Ce sont les quatre grandes causes des accidents. Nous devons donc agir tant au niveau de la sensibilisation qu’au niveau des contrôles pour mieux sanctionner la récidive.

La sensibilisation est-elle vraiment efficace ?

Si l’on prend l’exemple de la campagne Bob, on voit que durant la campagne beaucoup moins de conducteurs sont contrôlés positifs. Associer sensibilisation et répression est efficace. L’idéal, en matière de lutte contre l’alcoolisme, serait donc de pouvoir associer les deux de façon permanente. Les services de police ont fait beaucoup d’efforts, mais le risque de se faire contrôler en dehors des campagnes de sensibilisation reste trop faible.

Où a-t-on réalisé des progrès ?

Il est important de noter qu’entre 2000 et 2012, nous avons réduit de 50 % le nombre de tués sur nos routes. C’est énorme, car cela correspond à 3 000 vies sauvées. Pour autant, les chiffres de 2014 et les premiers chiffres de 2015 sont mauvais. Il faut redoubler d’efforts. Si l’on a progressé, c’est grâce à la sensibilisation, au nombre de contrôles, à des véhicules qui sont eux-mêmes plus sûrs qu’avant, et aussi grâce aux infrastructures. Quoi qu’on en dise, les Régions s’attaquent aux points noirs les uns après les autres.

Malgré tout, la formation à la conduite devrait-elle encore être revue ?

C’est devenu une compétence des Régions mais oui, la formation doit être revue. La Flandre vient de s’y atteler et les autres devraient suivre. C’est d’ailleurs dans son principe général que cette formation doit être réformée. Nous pourrions aller vers une formation par étapes. On peut imaginer le fait d’imposer après l’obtention certaines conditions par exemple, pour bien montrer aux jeunes que ce n’est pas parce qu’ils ont eu le permis qu’ils sont devenus de bons conducteurs du jour au lendemain.

On a récemment reparlé de la vitesse en évoquant des limitations à 130 sur les autoroutes, à l’instar de ce qui se fait en France. Serait-ce envisageable ?

Il n’en est pas question. La situation belge n’est d’ailleurs pas la même qu’en France. Nous avons beaucoup plus de camions ou d’entrées et de sorties sur les autoroutes. C’est de plus un faux débat car, concrètement, la police ne flashe jamais en dessous des 130 km/h.

On évoque souvent les bons résultats de la Suède. Est-ce un exemple pour la Belgique ?

Oui, même si le contexte n’est à nouveau pas le même. De manière globale, nous pouvons plus facilement nous comparer à la France ou aux Pays-Bas. La répression y est plus efficace, et aux Pays-Bas par exemple, ils ont une intéressante politique en matière de réduction des panneaux de signalisation.

Si la majorité des accidents sont liés à des facteurs humains, l’amélioration des technologies pourrait-elle être un vrai plus pour la sécurité ?

Oui, dans les années qui viennent les principaux gains vont venir des nouvelles technologies grâce aux boîtes noires, à la limitation systématique de la vitesse ou grâce aux nouveaux systèmes de freinage. La voiture autonome permettra d’éviter au maximum les erreurs humaines. Grâce à l’avènement de ces technologies, l’objectif de ne plus avoir de morts sur nos routes est de moins en moins utopique.