Belgique

Aujourd'hui en Communauté française, l'enseignement par immersion linguistique concerne 5pc des élèves, a rappelé mardi la ministre de l'Enseignement obligatoire, Marie Arena (PS), en Commission de l'Enseignement obligatoire. Pour les 95 autres, des profs sont disponibles pour enseigner les langues à partir de la troisième primaire à Bruxelles et à partir de la cinquième en Wallonie.» Et de poser: «Nous devons être plus attentifs à la manière dont ces langues sont enseignées! Concrètement, il faut modifier les compétences et la pédagogie dès l'école primaire.» Ainsi est-elle déjà, en ce moment, en train de voir comment organiser des stages pour les profs de la région wallonne en Flandre. «Une ou deux semaines de stage dans une autre langue, c'est déjà un début.» Un autre volet de réflexion concerne les compétences de la ministre de l'Enseignement supérieur, Marie-Dominique Simonet (CDH), qui doit plancher, de son côté, sur la formation initiale des profs.

En attendant, l'immersion a fait l'objet, à elle seule, d'une première matinée de débats au Parlement. Question centrale: comment baliser ce type d'enseignement en Communauté française, après les rapports pour le moins critiques de l'Inspection que nous dévoilions la semaine dernière? (LLB 15/12/2005) En Commission puis en séance plénière, les discussions servent à préparer le décret qui toilettera le secteur.

Ce mardi, des experts sont venus faire part de leurs connaissances. Dont Annick Comblain (ULg), plongée dans l'immersion depuis 17 ans et qui participe à plusieurs comités d'accompagnement de telles expériences.

Premier problème: que doit recouvrir le terme d'immersion qui a tendance à être galvaudé, si l'on en croit les inspecteurs? «Scientifiquement, répond Annick Comblain, l'immersion est une approche alternative à l'enseignement traditionnel des langues qui se caractérise par une exposition précoce (à partir de la troisième maternelle idéalement), intensive (les études scientifiques qui existent depuis 40 ans parlent d'une proportion d'enseignement en langue cible de 50 à 100 pc), et de longue durée (il faut que l'immersion puisse se poursuivre en secondaire) via des locuteurs natifs ou équivalents.» Voilà pour la définition scientifique qu'il serait utile de couler dans un texte légal pour combler le vide actuel.

La seconde mise au point nécessaire concerne les précautions à prendre pour les élèves. «Il convient, insiste l'experte liégeoise, que des logopèdes s'assurent que l'enfant maîtrise suffisamment sa langue maternelle, l'année qui précède son entrée dans le système d'immersion. Ce que très peu d'écoles font.»

Pour éclairer le chapitre «Faut-il étendre l'expérience?», des questions visent son organisation. «Le transfert automatique est prouvé des acquis effectués dans une langue, vers une autre. L'option est d'apprendre à lire dans la langue cible. Et l'on s'aperçoit que le mécanisme intégré permet d'acquérir la lecture en français facilement.»

Des interrogations, aussi, sur les programmes de cours des élèves immergés. «Il y a des décalages dans l'acquisition de certains savoirs. Il faut donc absolument aménager les apprentissages en fonction.»

Y a-t-il, enfin, risque d'acculturation? «Non. Les enfants ne perdent pas leur culture d'origine. Les effets de dessins animés américains sont bien pires!»

© La Libre Belgique 2005