Belgique

Différentes personnalités politiques ont immédiatement réagi à l'annonce du décès de Wilfried Martens.

De Wever souligne son engagement pour l'émancipation et l'autonomie flamande

Le président de la N-VA Bart De Wever a salué jeudi "l'engagement de Wilfried Martens en faveur de l'émancipation flamande et la lutte pour l'autonomie". "Il s'est investi en ce sens avec conviction et avec résultat", affirme-t-il dans une brève réaction adressée à la presse.


Di Rupo salue "l'un des pères de la Belgique fédérale"


Le Premier ministre Elio Di Rupo a rendu un hommage, dans un communiqué, à son lointain prédécesseur Wilfried Martens, "l'un des pères de la Belgique fédérale". "La Belgique perd aujourd'hui un de ses hommes politiques les plus éminents et un vrai homme d'Etat. Wilfried Martens a joué un rôle majeur dans l'histoire récente de notre pays. On se souviendra notamment de lui comme un des pères de la Belgique fédérale", souligne M. Di Rupo.

"Européen convaincu, il poursuivra jusqu'au bout son engagement pour la réalisation de l'idéal européen. Un idéal de collaboration, de compréhension et de progrès. Ce sont ces qualités qui ont caractérisé l'action politique de Wilfried Martens tout au long de sa carrière", ajoute le Premier ministre.


Dehaene: "J'ai perdu un compagnon d'armes de quarante ans"

Hommes du même parti, appartenant à la même génération, les anciens Premiers ministres Jean-Luc Dehaene et Wilfried Martens ont oeuvré ensemble, durant des décennies, à la construction de la Belgique fédérale et de l'intégration européenne. "J'ai perdu un compagnon d'armes de plus de quarante ans, mais nous avons pu réaliser de nombreuses choses ensemble", a réagi jeudi, un Jean-Luc Dehaene très ému. L'histoire commune de Martens et Dehaene remonte aux années 1960, quand les deux hommes, avec celle qui sera la future épouse de Wilfried Martens, Miet Smet, créent le "Wonderbureau" des Jeunes CVP. "Il m'a converti au fédéralisme, avec un forte dimension européenne, et m'a appris l'importance du consensus et du compromis en politique", s'est souvenu jeudi Jean-Luc Dehaene.

Ce dernier a rappelé quatre grandes réalisations de Wilfried Martens. Selon son successeur à la tête du gouvernement fédéral, Martens a été "l'architecte de la réforme de l'Etat belge", le déclencheur de la politique de relance rendue possible par la dévaluation du franc belge en 1982, alors que sa "persévérance et sa force de caractère ont permis d'apporter la stabilité politique au pays". Jean-Luc Dehaene retient également sa "contribution à l'intégration européenne", notamment sa participation aux négociations sur le Traité de Maastricht et la présidence du Parti populaire européen.

Avant de lui succéder au poste de Premier ministre en 1992, Jean-Luc Dehaene avait travaillé avec Wilfried Martens, comme chef de cabinet puis comme ministre. Il avait su construire une très "forte relation de confiance" avec ses collaborateurs, auxquels il confiait de grandes responsabilités, souligne M. Dehaene. Il était également "très engagé" et doté d'un "sens très élevé des responsabilités", a-t-il ajouté, précisant qu'il portait son engagement, jour et nuit, parfois au détriment de sa vie privée.


Verhofstadt: "Un Européen convaincu et un homme politique éloquent"


Wilfried Martens était "un Européen convaincu, un homme politiqu éloquent et un Premier ministre avec qui j'ai bien travaillé et avec plaisir", a affirmé jeudi l'ancien Premier ministre et actuel chef de groupe libéral au parlement européen Guy Verhofstadt. M. Verhofstadt a été vice-Premier ministre et ministre du Budget de 1985 à 1988 dans les gouvernements Martens IV et Martens VII. "Ensemble, nous avons mis en place une politique de redressement économique pour le pays dans les années 80. Je me rappelle clairement notre collaboration pour assainir les finances publiques. Une mission pour laquelle il m'a toujours soutenu en tant que ministre du Budget".

Guy Verhofstadt, qui a ensuite à nouveau croisé la route de Wilfried Martens au niveau européen, décrit le ministre d'Etat comme un "Européen convaincu et un homme politique éloquent". "Il était un homme aux talents variés, cultivé, qui avait le feu politique depuis son plus jeune âge. Une passion qu'il n'a jamais perdue durant sa carrière", indique encore Guy Verhofstadt, qui conclut que "Wilfried Martens manquera beaucoup en Europe".


Reynders évoque "un grand serviteur de l'Etat et de l'Europe"


Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a salué jeudi "l'engagement remarquable" de l'ancien Premier ministre Wilfried Martens, qui est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi à l'âge de 77 ans. "Un grand serviteur de l'Etat et de l'Europe nous quitte", a souligné M. Reynders, qui se trouve à Riga pour une réunion des ministres des Affaires étrangères des Etats Baltes et du Benelux.

Le ministre a souligné l'engagement, la force de conviction et de recherche de compromis qui ont guidé M. Wilfried Martens tout au long de sa carrière, dans le cadre belge mais aussi européen.

"M. Martens a fait preuve d'un engagement remarquable pour la Belgique d'abord, pour l'Europe ensuite. Mais il a aussi été très engagé au sein de son parti, le CVP", a rappelé M. Reynders. "Il a joué un rôle impressionnant sur la scène politique belge, et ce jusqu'à il y a encore peu lors de la crise institutionnelle qui a suivi les élections de 2007".

M. Reynders a transmis toutes ses condoléances à l'épouse de M. Martens, Miet Smet, ses enfants et leurs proches.


Ecolo salue "l'ardent partisan d'un fédéralisme mature"

Ecolo a salué jeudi la mémoire de Wilfried Martens, "un homme politique d'une rare envergure qui aura marqué l'histoire de la Belgique". "Ardent partisan d'un fédéralisme mature, Wilfried Martens était notamment un défenseur de la circonscription fédérale. Son parcours mené du mouvement flamand, dont il fut l'un des leaders dans les années 60, à l'asbl fédéraliste Bplus où il était encore actif il y a peu, témoigne d'un parcours intellectuel exemplaire. C'est un grand fédéraliste qui nous quitte aujourd'hui", souligne le parti vert dans un communiqué.


Rudi Vervoort rend hommage à celui qui a su "se dégager d'une certaine intransigeance"

Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort s'est lui aussi joint, au nom du gouvernement régional, aux nombreuses personnalités qui ont rendu hommage, jeudi matin, "à l'homme d'Etat que fut Wilfried Martens".

"Au cours de sa longue carrière, Wilfried Martens a su se dégager d'une certaine intransigeance afin de gérer le pays pour devenir l'homme de consensus capable à neuf reprises de fédérer un gouvernement autour de lui, et enfin devenir un Européen convaincu. Il restera certainement dans les mémoires l'un des artisans de la Belgique fédérale. On se souvient encore du rôle qu'il a joué lorsque le Roi Albert II le rappela lors de la crise politique des 541 jours", a commenté Rudi Vervoort, à l'issue de la réunion de son gouvernement.


Charles Michel: "Un grand homme engagé"


La Belgique et l'Europe perdent un grand homme engagé", a déclaré le président du MR Charles Michel en réaction au décès de Wilfried Martens. "Wilfried Martens était un homme particulièrement engagé dans la modernisation de l'Etat belge. Lui, le Flamand convaincu s'est battu pour la création de la Région bruxelloise, il a dû gérer la crise des Fourons qui a marqué une période politique instable sur le plan communautaire", souligne M. Michel dans un communiqué.

"Les années Martens resteront des années particulières dans l'histoire de notre pays : les attentats des CCC, la crise de la sidérurgie, le drame du Heysel, le refus du Roi Baudouin de contresigner la loi dépénalisant partiellement l'avortement. Face à ses défis, Wilfried Martens trouva des solutions de compromis dans le but de stabiliser le pays. Cela reste une inspiration pour le monde politique actuel", ajoute-t-il.

Le président du MR salue aussi "son attachement profond à l'Europe". "Wilfried Martens a souvent oeuvré dans la plus grande discrétion en tant que Président du PPE pour faire avancer des dossiers importants qui donnent un sens au projet européen" selon lui.


Peeters: "Un architecte des réformes de l'État"


Le ministre-président flamand Kris Peeters a salué jeudi la mémoire de l'ancien Premier ministre Wilfried Martens, "l'un des plus importants dirigeants que ce pays ait connu". "Dans une période marquée par une crise économique profonde et par l'insécurité internationale, il a apporté de la stabilité au pays. Dans le même temps, il n'est pas resté aveugle à l'évolution institutionnelle. Il fut l'un des architectes des nombreuses réformes de l'Etat qui ont fait de la Flandre la région adulte qu'elle est aujourd'hui", souligne M. Peeters dans un communiqué.

Le ministre-président salue aussi son action européenne, "une tâche à laquelle il s'est attelé jusque dans ses derniers jours".

Wilfried Martens "était reconnu, de son vivant déjà et loin en dehors de nos frontières, comme un grand homme d'Etat". "C'est ainsi que nous nous souviendrons de lui. Mais je me remémorerai aussi sa loyauté, sa courtoisie et son sens de l'humour très fin", conclut M. Peeters.


Moureaux: "Un homme de parole et de fidélité"


"Grande émotion ce matin, l'ami Wilfried nous a quittés", a réagi jeudi Philippe Moureaux. "Depuis 1972, je suis son parcours d'abord à travers A. Cools (président du parti socialiste mort assassiné, Ndlr) et ensuite directement", s'est souvenu celui qui intégra le gouvernement d'union nationale Martens III, comme ministre de l'Intérieur et des Réformes institutionnelles. Philippe Moureaux a participé à la réforme de l'Etat; il a également été ministre de la Justice et des Affaires sociales dans d'autres gouvernements Martens.

Wilfried Martens était "un homme de parole et de fidélité, un homme d'Etat dans le sens complexe du terme", commente-t-il sur Twitter.

L'ex-chef de file bruxellois du PS a également évoqué jeudi la période particulière de l'impossibilité de régner de Baudouin lors du refus de signer la loi sur l'interruption volontaire de grossesse. "Pensons à la patience et à la ténacité de W. Martens lorsqu'il s'est trouvé devant le refus de Baudouin de signer la loi sur l'avortement", écrit-il.


L'homme qui a oeuvré à la stabilité du pays, selon Rudy Demotte

Le ministre-président wallon et de la fédération Wallonie-Bruxelles Rudy Demotte se souvient de Wilfried Martens comme celui qui "aura marqué de manière déterminante l'histoire de ce pays et contribué à sa stabilité, sur base d'un juste équilibre entre Etat fédéral et entités fédérées". C'est avec tristesse que le ministre-président Rudy Demotte a appris le décès de Wilfried Martens, "cette grande figure de la politique belge pour plusieurs générations", a-t-il indiqué dans un communiqué.

"Gaston Eyskens avait constaté que la Belgique unitaire était dépassée par les faits mais c'est indiscutablement sous les gouvernements conduits par Wilfried Martens que la Belgique s'est muée en Etat fédéral", souligne-t-il.

Rudy Demotte observe que "militant radical dans sa jeunesse, il aura su, dans sa pratique de la fonction de Premier Ministre, conduire des échanges constructifs permettant l'émergence d'un système équilibré, soustrait à la stricte logique de la majorité ; l'essence même du fédéralisme".

Le ministre-président a également salué son combat européen.


Magnette souligne "sa longévité remarquable"

Le président du PS Paul Magnette a souligné "la longévité remarquable" de Wilfried Martens, dans un communiqué diffusé en réaction au décès de l'ancien Premier ministre. "Pour tous nos concitoyens, Wilfried Martens incarnait les années 80. Il a été Premier ministre de la Belgique tout au long de la décennie. C'est une longévité remarquable en politique qui mérite d'être soulignée", indique M. Magnette.

"Wilfried Martens a démontré tout au long de sa vie qu'on pouvait être à la fois attaché à sa Région, à sa Communauté et à la Belgique", ajoute-t-il.

"Homme de conviction, loyal et sincère, Wilfried Martens a contribué ces dernières années au développement du projet européen", souligne encore le président du PS.


Milquet: Un "monument" de la politique belge

La vice-Première ministre, ministre de l'Intérieur et de l'Egalité des chances, Joëlle Milquet, a appris, avec "beaucoup d'émotion et de tristesse", le décès de Wilfried Martens, a-t-elle indiqué jeudi dans un communiqué. Il était un véritable "monument" de la vie politique belge, "homme d'action, de convictions et de consensus, dont la personnalité et les réalisations ont marqué l'histoire de notre pays et de ses institutions, ainsi que la vie de générations de Belges", a-t-elle précisé. Joëlle Milquet dit avoir été frappée avant tout par le "grand sens du devoir et l'engagement total de cet homme aux convictions profondes et aux valeurs humanistes fortes".

Outre sa carrière de président du CVP et de Premier ministre qu'elle a saluée, Mme Milquet a également rendu hommage à celui qui fut président du parti populaire européen "dont il a assumé la charge avec brio et dynamisme et en a fait la première force politique au Parlement européen".

Mme Milquet se souvient de Wilfried Martens comme un Européen convaincu, père de la Belgique fédérale, qui s'est aussi distingué par une politique de relance économique.


"Un fédéraliste convaincu", selon Mark Eyskens

Le ministre d'Etat et ancien Premier ministre Mark Eyskens (CD&V) a salué jeudi la mémoire de Wilfried Martens, un homme politique "courageux", "doué pour la synthèse et le compromis". M. Eyskens a participé à plusieurs gouvernements dirigés par Wilfried Martens dans les années 1980. "J'ai collaboré avec lui presque tous les jours", se souvient-il.

"Il a laissé une grande marque sur la politique belge. L'une de ses plus grandes réalisations fut la politique de relance entre 1981 et 1985, avec la dévaluation du franc belge. Cela a beaucoup aidé la Belgique à se redresser économiquement", estime M. Eyskens, interrogé par Belga.

Alors que beaucoup d'observateurs saluent la mémoire d'un père de l'Etat fédéral, M. Eyskens souligne qu'il était "un fédéraliste convaincu". "Il était particulièrement allergique au discours séparatiste et au modèle confédéral que certains envisagent pour la Belgique".


Lutgen pointe sa complicité avec le Roi Baudouin

Le président du cdH Benoît Lutgen salue jeudi la mémoire de Wilfried Martens, un "grand humaniste", dont il met en avant "la complicité avec le Roi Baudouin" "Ce grand humaniste aura dirigé la Belgique pendant 13 ans. Grâce à son art du compromis, sa loyauté, son courage et sa ténacité, et malgré des périodes d'instabilité politique, Wilfried Martens a toujours réussi à forger le consensus autour de lui. Son esprit de synthèse et sa volonté de convaincre lui ont permis de présider neuf gouvernements", affirme M. Lutgen dans un communiqué.

"Véritable homme d'Etat, il est l'un des pères de la Belgique fédérale d'aujourd'hui. A cet égard, on saluera son évolution, passant progressivement des positions intransigeantes de sa jeunesse au fédéralisme d'union qu'il défendra jusqu'au bout avec ardeur. Sa complicité avec le Roi Baudouin aura marqué sa longue carrière et certainement influencé cette évolution", ajoute-t-il.

Il pointe aussi le trajet européen de l'ancien Premier ministre. "Il fut un leader respecté et écouté, y compris par des fortes personnalités comme Margaret Thatcher, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterand, Felipe Gonzales. Jusqu'au dernier moment, cet homme de caractère, social-chrétien de conviction, a dirigé le PPE, le Parti Populaire Européen".


Guy Coëme se souvient de lui comme d'un "stabilisateur"

"C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai pris connaissance du décès de Wilfried Martens ce matin. Il était le stabilisateur du gouvernement (Martens VIII, Ndlr) auquel j'ai participé comme ministre de la Défense", a évoqué jeudi Guy Coëme (PS). "Il faisait avancer les dossiers avec beaucoup d'expérience, pas à pas, méthodiquement", s'est-il souvenu. Guy Coëme se rappelle également de Wilfried Martens comme d'une personnalité qui favorisait le "consensus".

Enfin, sur le plan humain, Wilfried Martens était "très agréable" et très bon "animateur" de l'équipe qu'il dirigeait, a encore commenté l'ancien ministre et ex-député socialiste.


"Un pion important" pour José Happart

L'ancien bourgmestre de la commune à facilités linguistique de Fourons, José Happart, dont la nomination fut régulièrement cassée, perturbant les gouvernements Martens jusqu'à la réforme de l'Etat de 1988-89, estime que l'ancien Premier ministre "a été, politiquement, un pion important", auquel il aura manqué à l'époque un "alter ego wallon". "On aurait pu gagner du temps s'il y avait eu un alter ego wallon. Quand en 1988, la Région bruxelloise a pu être activée, il aurait fallu avancer sur la voie du régionalisme. Mais les Wallons sont restés sous la coupe des Bruxellois qui voulaient sauver la Belgique de papa. Aujourd'hui, ceux-ci sont régionalistes, et c'est tant mieux. Wilfried Martens ne verra pas la fin de la sixième réforme de l'Etat et il ne connaîtra pas la septième qui est inéluctable", a commenté l'ancien ministre wallon, interrogé par l'agence BELGA.

Wilfried Martens était "un homme politique important qui a joué un rôle primordial", a estimé celui qui fut également président du Parlement wallon. Il a permis d'avancer "dans la régionalisation de l'Etat, à une époque où il y avait encore d'un côté le Rassemblement wallon et de l'autre la Volksunie".

"La première image qui me revient date de l'Expo '58 quand il a enlevé un drapeau belge pour le remplacer par un drapeau flamand. Il était un flamingant radical, devenu flamingant modéré, puis une personnalité plus encline à forger des accords. A l'Europe, je retiens qu'il était très chrétien catholique", a réagi José Happart.


Lambertz: "Une personnalité importante pour la transformation du pays en Etat fédéral"

Karl-Heinz Lambertz, le ministre-président germanophone a lui aussi réagi jeudi. "C'est une personnalité politique importante pour la transformation de la Belgique en état fédéral" a-t-il indiqué. "Wilfried Martens est à la genèse du statut actuel de la Communauté germanophone. C'est lorsqu'il était Premier ministre que les bases du statut ainsi que celles des transferts de compétences de la région wallonne vers la Communauté germanophone ont été fixées", se souvient Karl-Heinz Lambertz.

Le ministre président germanophone se souvient également de la réception donnée, le 30 janvier 1984, à l'issue de la désignation du premier organe exécutif de la Communauté germanophone. "Wilfried Martens, Premier ministre à l'époque, a d'ailleurs fait état de cette réception dans ses mémoires", ajoute Karl-Heinz Lambertz.

Le ministre-président germanophone a aussi tenu à souligner le travail réalisé par M. Martens en matière d'intégration européenne, à laquelle il a contribué tout au long de sa carrière et en tant que président du Parti populaire européen.


D'autres réactions sur Twitter

Le milieu académique s'émeut également

Et au niveau européen


Jean-François Copé: "Ses grandes qualités humaines lui valaient l'estime de tous"

Wilfried Martens, tout au long de sa vie, a consacré tout son talent et son énergie à promouvoir, avec une grande constance, l'idéal européen. (...) Il était aussi une figure tutélaire de la grande famille chrétienne démocrate européenne. Au-delà de son oeuvre politique, ses grandes qualités humaines lui valaient l'estime de tous", a indiqué jeudi le président du parti français UMP, Jean-François Copé, en réaction au décès de l'ancien Premier ministre belge Wilfried Martens.


François Bayrou, président du MoDem, a de son côté décrit Wilfried Martens comme "un homme d'Etat et un homme d'Europe. Pour son pays, la Belgique, (...) il était un dirigeant passionnément attaché à l'unité et au développement de chacune de ses Régions. Défenseur de l'idéal européen et du rapprochement de nos peuples, il a également été un grand dirigeant démocrate-chrétien, fondateur du Parti populaire européen. Il restera parmi les hommes d'Etat belges qui ont fait beaucoup pour que l'UE se construise et prenne tout son sens historique".


Barroso: "L'Europe a perdu un homme de conviction et de fortes valeurs"

"L'Europe a perdu un homme de conviction et de fortes valeurs, qui restera dans nos mémoires pour avoir réuni les gens afin de forger un consensus, dans son pays natal comme en Europe", a déclaré jeudi matin le président de la Commission européenne José Manuel Barroso en réaction au décès, dans la nuit de mercredi à jeudi, de l'ancien Premier ministre belge et président du Parti populaire européen Wilfried Martens. "C'est avec grande émotion que je viens d'apprendre ce matin le décès de Wilfried Martens, grand homme d'état belge et européen pendant de nombreuses années. Il est toujours resté fidèle à son engagement envers une Union européenne plus forte et plus approfondie et c'est un grand privilège d'avoir eu l'occasion de travailler depuis de nombreuses années en étroite collaboration avec un homme avec qui j'ai partagé ces valeurs, cette conviction et cette ambition pour l'Europe", commente le président de la Commission.

José Manuel Barroso a aussi évoqué le rôle "décisif" de Wilfried Martens au sein du Parti populaire européen et son "engagement personnel pour l'intégration des partis des nouvelles démocraties d'Europe centrale et orientale". "Son action a suivi le chemin des pères fondateurs de l'Union européenne, comme Robert Schuman, Konrad Adenauer et Alcide De Gasperi", salue-t-il.


Ruud Lubbers: "Un homme de conviction, mais pas toujours facile"

L'ancien Premier ministre néerlandais Ruud Lubbers se souviendra de Wilfried Martens comme un "très grand Européen", a-t-il indiqué jeudi. "C'était un Flamand courageux. Un homme de conviction, mais pas toujours des plus faciles", a poursuivi Ruud Lubbers au sujet de Wilfried Martens.

Le parti chrétien-démocrate néerlandais CDA a également pris connaissance jeudi du décès de Wilfried Martens "avec une profonde tristesse". Son président Ruth Peetoom a décrit l'ancien Premier ministre belge comme "un homme politique unique et passionné ayant consacré sa vie à son pays et à l'Europe". Selon Sybrand Buma, également membre de l'Appel démocrate-chrétien (CDA), Wilfried Martens a travaillé sans relâche à la coopération européenne. En tant que président du Parti populaire européen (PPE), "il était capable de rassembler les éléments les plus dirigeants du parti".


"Le PPE ne sera plus jamais le même sans lui"

"Aujourd'hui, nous avons perdu un grand Européen, un père fondateur du Parti populaire européen et de l'Union européenne", a réagi jeudi midi Joseph Daul, président faisant fonction du PPE, au décès de Wilfried Martens, qui venait de lui déléguer la présidence. Le PPE et le groupe PPE au parlement européen ont exprimé leur "grande tristesse" à l'annonce de ce décès. "Le PPE était l'oeuvre de la vie de Wilfried Martens et il a travaillé avec une énergie infatigable pour promouvoir les valeurs chrétiennes-démocrates en Europe", souligne Joseph Daul. "En tant que grand promoteur de l'intégration européenne, il a travaillé sans relâche pour construire la famille politique forte et unie que nous sommes aujourd'hui".

Le président faisant fonction a aussi rappelé son combat infatigable pour "guérir les blessures en Bosnie-Herzégovine", ce qui lui avait valu l'étiquette de "voyageur pour la démocratie".

"Il va sans dire que le PPE ne sera plus jamas le même sans lui. Nous lui serons toujours redevable pour son leadership et le rôle qu'il a joué pour construire l'Europe d'aujourd'hui".

Le PPE avait annoncé mardi que son président en titre, Wilfried Martens, déléguait provisoirement sa fonction au chef de groupe PPE au Parlement européen Joseph Daul, en raison de problèmes de santé.


Jusqu'aux entreprises et associations

"Une grande perspicacité politique", selon l'ancien patron de la FEB

Wilfried Martens avait une grande perspicacité politique. C'était un politique qui avait toujours deux ou trois coups d'avance, tout comme Jean-Luc Dehaene et Herman Van Rompuy", a déclaré Tony Vandeputte, l'ancien administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique. Ce dernier était également actif au sein du service d'étude du CVP lorsque Wilfried Martens était à la tête du parti démocrate-chrétien flamand. Le plus grand accomplissement de Wilfried Martens est la politique de relance qu'il a menée avec les libéraux dans les années 1980, estime l'ancien patron des patrons. "Il a mené sa barque très adroitement, avec beaucoup d'engagement. Il a réussi à faire passer rapidement certaines décisions au Parlement malgré la forte opposition de la FGTB."

Tony Vandeputte estime que le dernier gouvernement mené par Martens, avec les socialistes, était le moins performant. "Ce gouvernement n'a pas réalisé beaucoup, ça a été de mal en pis avec les socialistes."

L'ancien Premier ministre n'avait pas un caractère facile, estime toutefois l'ancien patron de la FEB. "C'était un homme franc et direct, qui parlait avec une voix forte dans un beau néerlandais. Il nous impressionnait vraiment par sa connaissance de la langue." Les deux hommes n'entretenaient pas des relations chaleureuses. "Mais nous pouvions compter sur lui. Ce n'était pas quelqu'un qui suscitait l'empathie, il était plutôt rationnel."

En juin passé, Tony Vandeputte a encore rencontré Wilfried Martens à la FEB. Il avait invité l'ancien Premier ministre à prendre la parole. "J'ai surtout été frappé par son apparence. Il avait vraiment l'air malade. Mais il a quand même fait un speech d'une heure et demie. C'était très impressionnant."


"Un grand défenseur de l'économie sociale de marché" (ACW)

L'ACW a salué, par la voix de son président, Wilfried Martens qui "était un grand homme qui gardait ses idées malgré la tempête". L'ACW, coupole des organisations des travailleurs chrétiens en Flandre, se rappelle avoir eu de bons souvenirs lors de sa collaboration avec Wilfried Martens et souligne la dimension sociale de sa carrière politique. "Au sein du PPE, M. Martens a été un grand défenseur de l'économie sociale de marché", souligne l'ACW. "Dans un contexte social, on prend des responsabilités pour les gens et on suppose d'eux qu'ils prennent aussi leurs responsabilités. Il l'a toujours fait lors de sa vie".

L'ACW partage la douleur des proches de M. Martens et a présenté ses condoléances à la veuve de l'ancien Premier ministre, Miet Smet, et à ses enfants.


"Un grand Premier ministre en temps de crise" (Unizo)

Karel Van Eetvelt, administrateur délégué d'Unizo, l'organisation des indépendants flamands, a évoqué M. Martens qui "était un Premier ministre courageux en temps de crise, qui prenait des mesures impopulaires au premier abord, mais qui étaient dans l'intérêt général et celui d'une économie saine". "Wilfried Martens a ainsi sauvé notre bien-être", souligne M. Van Eetvelt. "Il a d'ailleurs été récompensé par l'électeur".

L'administrateur délégué d'Unizo espère que "les hommes politiques d'aujourd'hui et de demain puissent s'inspirer de Wilfried Martens en ce temps de crise".


Pour les francophones, il restera comme un Premier ministre loyal, selon les politologues

"Pour les francophones, Wilfried Martens demeurera comme l'homme loyal dans l'affaire du Pacte d'Egmont", a expliqué le politologue de l'ULB Pascal Delwit. Un constat que partage avec lui Pierre Vercauteren, politologue à l'UCL Mons: "Il se caractérisait par la loyauté dans ses engagements, selon ceux qui l'ont côtoyé." Pascal Delwit pointe les trois grandes périodes de la vie politique de Wilfried Martens: les années '60 et '70 pendant lesquelles il est l'une des grandes personnalités du CVP, son avènement au poste de Premier ministre (1979-1992), et sa carrière européenne à partir des années 1990.

"Wilfried Martens a porté le tournant régionaliste au sein du CVP et y militait pour un Etat fédéral", explique M. Delwit. "Il était un pionnier du fédéralisme", renchérit Dave Sinardet, politologue à la VUB. "C'était un fédéraliste quand il s'agissait encore d'un gros mot, et il l'était encore lorsque c'est redevenu un gros mot."

Wilfried Martens a joué un rôle important dans l'accord du Pacte d'Egmont, scellé en 1977, alors qu'il est président du parti démocrate-chrétien flamand, le CVP. Ce grand accord communautaire, qui prévoyait notamment la création des trois Communautés et des trois Régions, ne sera jamais mis en application. Le Premier ministre de l'époque, Leo Tindemans, torpilla le compromis devant les frictions qu'il suscitait en Flandre. "Tindemans est resté un traître dans l'esprit des francophones, là où Martens demeura l'homme loyal", commente Pascal Delwit. Pierre Vercauteren pointe aussi la loyauté de l'ancien Premier ministre. "C'était également un homme politique avec le sens du compromis et une incroyable capacité de synthèse." Dave Sinardet estime quant à lui que "là où Dehaene ou Verhofstadt poussait plus vers le compromis, Martens avait un penchant pour laisser les opinions s'exprimer d'une manière plus douce. Dans ce domaine, il faut plutôt le comparer à Elio Di Rupo".

Le natif de Sleidinge est Premier ministre de 1979 à 1992. L'Etat belge a alors traversé plusieurs moments importants tels la première Réforme de l'Etat, la crise des Fourons et une importante période d'austérité qui a vu trois sauts d'index entre 1981 et 1987. "Il restera également le Premier ministre du tournant néolibéral", fait remarquer M. Delwit. Cette période se caractérise par une grande instabilité politique puisque, en tout, Wilfried Martens a pris la tête de neuf gouvernements différents. "Il est également le Premier ministre qui mettra les libéraux dans l'opposition, dont ils ne sortiront qu'après onze ans, pour les remplacer par les socialistes", explique Pierre Vercauteren.

Wilfried Martens restera également dans l'histoire comme le Premier ministre ayant dû gérer le refus du roi Baudouin de sanctionner la loi dépénalisant l'avortement en 1990. "Il a fait preuve d'une grande créativité à ce moment-là, alors qu'il était entre le marteau et l'enclume. Son rôle a été essentiel", note Pierre Vercauteren. Le Roi a alors été mis dans l'impossibilité de régner pendant trois jours afin que le Conseil des ministres puisse sanctionner la loi à sa place.

Depuis une vingtaine d'années, Wilfried Martens se consacrait à la politique européenne. Il a été eurodéputé et était président du Parti populaire européen depuis 1990. "Il a accompagné le mouvement qui a fait du PPE une fédération de partis conservateurs, lorsque le RPR et Forza Italia l'ont rejoint", indique Pascal Delwit.

Wilfried Martens restera dans l'histoire politique belge pour son rôle "symbolique et singulier", selon Pascal Delwit. "Il n'a jamais été l'homme fort du CVP, comme a pu l'être Dehaene, mais il a eu un rôle clé."