Belgique La bande, jugée à Bruxelles, y avait ses lieux de stockage, ses "nourrices" et ses vendeurs.

Ils sont quatorze devant la 90e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles. Ils répondent d’un vaste trafic de cannabis entre le Maroc et la Belgique. La drogue était vendue, au détail mais surtout en gros, à Molenbeek où résidaient la plupart des prévenus.

Beaucoup, comme souvent dans ce type de dossiers, ont feint l’ignorance. "Heureusement que le ridicule ne tue pas", a ainsi relevé la représentante du ministère public en référence à leurs mines dépitées, yeux écarquillés, têtes tirées et leurs silences, quand ce n’était pas des "Je ne sais pas", des "Je ne m’en souviens pas" ou encore des "C’est possible".

Cette affaire trouve son origine à l’automne 2016 dans ce que l’on appelle pudiquement des "informations policières". Du haschisch serait vendu dans un bar de Molenbeek. De plus grandes quantités seraient écoulées dans un snack. Trois noms sont cités.

Un langage codé

Des écoutes téléphoniques sont ordonnées sur le trio, dont un membre, apprendra-t-on, dispose de sept GSM. Elles sont riches en enseignements. Des échanges portent sur des transactions de cannabis, même si le langage est codé. On parle "plaquettes" (100 grammes de haschisch). On cause prix : "2.1", soit 2 100 euros le kilo. On convient d’une "photo", soit un échantillon. On parle "trucs à 1 400" euros.

À la mi-décembre 2016, les policiers procèdent à des observations. Elles sont aussi fructueuses que les écoutes.

Souvent, après un contact téléphonique, une personne monte dans la voiture d’un des prévenus, pour en ressortir un peu plus tard avec un sachet en papier, échangé contre un sachet en plastique. Les transactions sont régulièrement précédées par une visite au snack signalé rue Vanderdussen, à Molenbeek.

Un jour, un prévenu dissimule en rue un sachet entre des sacs-poubelle. Un autre, qui observait, le cache mieux avant qu’un troisième le récupère. Son véhicule est intercepté par la police : il y avait 4,69 kg de haschisch. Un échange observé à Molenbeek se termine à Liège par la saisie d’un kilo et demi.

Caches et "nourrices"

Les policiers en savent beaucoup. Ils ont identifié huit lieux, à Molenbeek, où le haschisch est stocké. Ils ont repéré les manèges des chefs du réseau, qui contactent les trois "nourrices", lesquelles dissimulent la drogue chez elles avant de vite la livrer.

L’une se sert aussi dans son "stock" pour vendre à son compte. Les "petites mains", en séjour illégal, qui vendent dans un café ou conditionnent la drogue sont identifiées. Le 27 mars 2017, la police perquisitionne ce beau monde. Près de 230 kg de haschisch sont découverts en cinq lieux et 50 000 euros sont saisis. Un mois plus tard, 36 000 euros sont retrouvés dans une caravane à Romedenne, près de la botte de Givet.

L’enquête montrera des ramifications au Maroc. C’étaient parfois des affaires de famille : le père, au Maroc, arrangeait les achats de deux de ses fils avec l’argent qui lui revenait via une de ses filles. Les gains lui ont servi pour se constituer un beau patrimoine immobilier.

"Toute leur énergie quotidienne était tournée vers la vente de stupéfiants car cela était extrêmement lucratif", a relevé la procureure, qui a requis des peines de quatre à sept ans ferme.