Belgique

Une trentaine d'enfants de la Wehrmacht, nés pendant la Seconde Guerre mondiale, ont décidé de rompre le silence qui pèse sur les " enfants de boches", les enfants nés de relations entre des femmes belges et des soldats allemands, et de répondre positivement à l'appel lancé par le CEGES, le Centre d'études et de documentation sur la Seconde Guerre mondiale.

On doit la fin de ce tabou à Gerlinda Swillen, une Bruxelloise née à Ostende le 20 août 1942, qui a décidé de sortir de son mutisme après avoir appris en 2007, de sa mère, le nom de son géniteur, un sous-officier de l'armée allemande. Il y a quelques mois, sous les auspices du CEGES, Mme Swillen a lancé un appel aux Belges qui sont dans la même situation. Une trentaine environ ont accepté de témoigner, autant de Flandre que de Wallonie. " Le fait de parler est important pour ces témoins. C'est un secret de famille dont on se libère" , dit Gerlinda Swillen.

Le CEGES avance en territoire inconnu. Jamais une étude n'a été réalisée en Belgique à ce propos. Le sujet avait fait controverse dans les pays scandinaves, surtout en 2000 en Norvège, et reste tabou dans de nombreux pays. Par extrapolation, le CEGES estime à près de 20 000 le nombre de Belges concernés.

" Les historiens ont de plus en plus pris conscience que le corps, la sexualité - des hommes et des femmes - sont des objets politiques et peuvent donc fort bien devenir sujets de l'histoire politique , écrit la chercheuse dans le bulletin du CEGES. La diabolisation du nazisme a, à vrai dire, contribué à la stigmatisation de tous ceux qui ont eu à voir avec les Allemands - y compris les enfants." De ses premières entrevues avec les témoins, Gerlinda Swillen relève que beaucoup ont connu une enfance malheureuse. " Ces témoins n'ont pas eu d'enfance , dit-elle . Ils ont dû garder le secret de leur mère, là où souvent les grands-parents voulaient les protéger. Ces enfants ont dû surmonter un sentiment de culpabilité ." Ses appels ont reçu plus d'échos dans la presse francophone que néerlandophone.

Pendant l'occupation, des femmes belges ont noué des relations amoureuses avec des soldats allemands. Certaines furent dénoncées à la libération par des voisins, rarement condamnées.

" Peut-on parler de collaboration à leur propos, si aucun secret d'Etat n'a été dévoilé ", s'interroge Gerlinda Swillen. La grande majorité des femmes ont accouché à domicile ou dans des cliniques.

Au "Foyer" de Wégimont

Certaines sont allées à Wégimont où le régime allemand avait fondé en 1943 le "Foyer Ardennen", un foyer de sélection de la race aryenne. Des filles belges, flamandes notamment, y accouchèrent, ainsi qu'un certain nombre de Hollandaises et de Françaises. Les SS veillaient au secret des accouchements. Le Foyer faisait partie du programme nazi "Lebensborn" (Source de vie) qui avait pour but une sélection raciale devant assurer une domination nazie continue sur l'Allemagne et sur l'Europe. Pour assurer la procréation de la race des SS, leur chef Heinrich Himmler avait préconisé au mois d'octobre 1943 la procréation d'enfants hors mariage. Wégimont causa beaucoup de soucis au patron du "Lebensborn", Gregor Ebner, car les employés belges - sages-femmes et infirmiers - ont tout fait pour saboter la production de petits aryens.

Le "Lebensborn" n'est cependant qu'un chapitre dans l'histoire des enfants belges de la Wehrmacht car beaucoup naquirent en dehors de l'actuel domaine provincial de Wégimont et vécurent jusqu'ici sous le poids de leur passé.

Pour témoigner au CEGES : 02.556.92.11.