Belgique

C' est un vieux dossier qui vient de remonter à la surface, jeudi, au tribunal correctionnel de Liège, lequel a entamé l'examen du dossier de faux et usages, escroquerie, association de malfaiteurs et corruption de fonctionnaire à charge de 13 prévenus.

Il faut remonter au temps de la «cellule Cools» pour en retrouver les prémices. Cette cellule, qui poursuivait plusieurs pistes pour expliquer l'assassinat du «Maître de Flémalle», avait été avertie qu'une gigantesque escroquerie ayant la construction du «tunnel de Cointe» pour cadre pouvait avoir été expliquée à André Cools et qu'il y avait donc peut-être un rapport avec son assassinat, survenu le 18 juillet 1991.

Les enquêteurs avaient rapidement découvert qu'il ne fallait pas faire ce lien mais, malgré tout, avaient déjà réussi à identifier des faits délictueux. Un dossier naissait donc hors «cellule Cools» à charge du gestionnaire des travaux de ce qui se nommait alors «liaison E 5-E 9». L'ancien Comité supérieur de contrôle (CSC), aujourd'hui Office central de la répression de la corruption (OCRC), était entré en lice parce que Fernand Latour, un ingénieur en chef du Met (ministère de l'Equipement et des transports, Région wallonne), était mis en cause pour corruption.

L'enquête du CSC montrait que, depuis 1986, l'Etat avait payé bien trop cher certaines fournitures par le biais d'un contrat-cadre torturé. En première ligne: le prix des «aiguilles», un genre de boulons permettant de fixer la structure du tunnel à la colline qu'il perfore. Ces pièces, naturellement onéreuses (jusqu'à 1 million d'anciens francs l'unité) avaient été surfacturées jusqu'à 5 voire 10 fois leur prix, selon les estimations, avec un bénéfice pour les fraudeurs de l'ordre du demi-milliard d'anciens francs.

Inculpé et promu

Alors que des perquisitions s'ensuivaient et que M. Latour était inculpé fin 1996, on apprenait avec surprise que, au Met, l'affaire avait tellement peu d'impact que le même Latour avait été promu directeur, en juin suivant. C'est lui qui était responsable du contrat-cadre et régissait les relations entre les responsables des entreprises associées dans le consortium chargé du percement du tunnel, les entreprises Richard et Matagne (rachetées par Bouygues), Franki, Duchêne, Bageci CFE, Galère et Richard étaient associées à des degrés divers dans cet ouvrage.

Bref, le tribunal va examiner un système complexe passant par de la sous-traitance bidon et des sociétés offshores masquant les transactions des Iles Vierges à Hong-Kong.

Les entreprises en cause ont déjà remboursé, assez étrangement sans reconnaissance de faute.

M. Latour assure pour sa part n'avoir pas été corrompu. Ses défenseurs, Mes Eric Lemmens et Marc Nève, estiment qu'il est innocent «car il n'a jamais perçu d'avantages tandis que les entrepreneurs n'avaient pas besoin de lui pour mettre leur système au point».

Lors de cette première audience, le parquet a sollicité la confiscation spéciale de sommes d'argent à titre personnel contre 6 des prévenus pour des montants évoluant entre 1 euro symbolique (contre le fonctionnaire) et 500000 euros (contre l'entrepreneur André Duchêne). Suite le 10 novembre.

© La Libre Belgique 2005