Belgique

Vous êtes un partisan de la modification de l'article 195 de la Constitution. Que pensez-vous de la courbe rentrante des partis francophones?

Les francophones pensent qu'en figeant tout, ils sortiront gagnants. Ils se trompent. La procédure actuelle de révision de la Constitution n'est pas seulement démodée. Elle est aussi un moyen de défense peu fiable pour les francophones. Si les partis flamands obtiennent l'appui d'un parti francophone de l'opposition, ils pourraient modifier la Constitution comme ils l'entendent. En fait, les francophones sont mieux protégés par une loi spéciale: il faut une majorité dans chaque groupe linguistique pour la modifier.

Qu'est-ce qui motive dès lors à votre avis l'attitude de refus des partis francophones?

Pour moi, c'est parce qu'ils ont peur d'eux-mêmes. On dirait qu'ils craignent de ne pas pouvoir résister à la pression flamande, de tout lâcher lors d'une éventuelle négociation. Si c'est vraiment le cas, ce serait inquiétant. Leur position est en tout cas pathétiquement frileuse. Et un peu vaine. Le débat sur l'article 195 aura de toute façon lieu. Tôt ou tard.

En quoi la procédure actuelle de révision de la Constitution vous paraît-elle obsolète?

La procédure avait du sens en 1830. Elle l'a perdu. Elle pose notamment comme postulat qu'on ne modifie pas la Constitution à la légère. Mais depuis 1980, sauf entre 1985 et 1987, toutes les Chambres ont été constituantes. Ce qui était exceptionnel en 1830 est désormais la règle. Par ailleurs, la procédure avait pour but de permettre à l'électeur de donner son sentiment sur les modifications constitutionnelles. Mais les campagnes électorales sont devenues à ce point complexes, débouchant de surcroît sur des gouvernements de coalition, qu'il n'y a plus vraiment de débat constitutionnel au sein de la population.(V.R.)

© La Libre Belgique 2003