Belgique

Benjamin Herman avait-il des complices, qui l’ont aidé dans son équipée meurtrière ? Quelqu’un, qui lui aurait "lavé la tête", l’aurait-il incité à commettre un tel massacre dans les rues de Liège ?

C’est à ces questions que tente de répondre prioritairement l’enquête, pour assassinats terroristes et tentatives d’assassinats terroristes, qui a été confiée à un juge d’instruction de Liège spécialisée en terrorisme.

Car, comme l’a confirmé mercredi matin le parquet fédéral, trois éléments font pencher pour un attentat terroriste.

Il y a d’abord le modus operandi utilisé que l’Etat islamique préconise régulièrement sur Internet par le biais de messages vidéo - à savoir attaquer des policiers avec un couteau et leur dérober leur arme de service.

Il y a ensuite le fait que Benjamin Herman crie plusieurs fois "Allah Akbar" durant son raid meurtrier.

Il y a enfin les informations de la Sûreté de l’Etat selon lesquelles il était en contact, en 2016 et début 2017, avec des personnes radicalisées.

Ce à quoi on pourrait ajouter les déclarations qu’il a faites à Darifa, la femme de ménage du lycée de Waha à qui il a demandé si elle était musulmane et faisait le ramadan et à qui il a suggéré de penser "aux innocents en Syrie".

Radicalisé par un proche des El Bakraoui ?

Les contacts avec des personnes radicalisées datent de la détention de Benjamin Herman. Elles seraient au minimum deux, a appris La Libre.

L’un de ces hommes est Yassine Dibi. Ce dernier a un très lourd passé de braqueur : il a notamment sévi en compagnie de Khalid El Bakraoui, qui, le 22 mars 2016, s’est fait exploser dans le métro à la station Maelbeek.

Après un hold-up, ces deux amis d’enfance ont été interceptés en 2009 à Molenbeek dans un box de garage où les enquêteurs trouvèrent des kalachnikovs, des cagoules et deux voitures car-jackées.

Yassine Dibi n’a plus quitté la prison depuis lors. Cet homme, aujourd’hui âgé de 31 ans doit purger un total de 32 ans de prison.

A côté de braquages, Yassine Dibi a été condamné pour une évasion du palais de justice de Bruxelles, une tentative à Lantin où il avait pointé un couteau sous la gorge d’une directrice et une dernière tentative à la prison de Nivelles, lorsqu’une arme fut envoyée, cachée dans une balle de tennis dans le préau. On était alors en 2011 et, parmi ses complices détenus, figurait alors Jawad Benhattal.

Cousin des frères El Bakraoui, Jawad Benhattal doit encore être jugé pour terrorisme. On lui reproche notamment d’avoir projeté un attentat en juin 2016 dans la fanzone installée place Rogier à Bruxelles pendant l’Euro 2016. Il conteste ces faits.

Yassine Dibi est un détenu particulièrement surveillé, en raison de son passé mais aussi car on a constaté son influence sur les détenus radicalisés. Il a déjà été sanctionné pour avoir organisé des prières collectives lors de préaux.

Des policiers de la police judiciaire fédérale (PJF) ont déjà entendu des détenus de la prison de Marche-en-Famenne où était incarcéré Benjamin Herman. Le fait que l’auteur de l’attaque était bien imprégné dans une pensée radicale a été confirmé.

Un rapport alarmant

Le personnel de la prison de Marche-en-Famenne avait d'ailleurs émis des inquiétudes au sujet de la radicalisation de Benjamin Herman, dans un dernier rapport émis samedi, quelque jours avant les faits perpétrés durant une sortie autorisée du prisonnier, rapportent les titres Sudpresse.

Le dernier rapport d'informations alarmiste au sujet de Benjamin Herman avait été rédigé par un gardien de la prison de Marche-en-Famenne et envoyé au directeur des régimes samedi dernier, l'avant-veille du jour de sortie fatal.