Un agent de sécurité dans le nucléaire tué à Charleroi, la piste terroriste démentie

N. Ben. et D. Ha. Publié le - Mis à jour le

Belgique

La piste terroriste est formellement démentie par le parquet de Charleroi. Didier Prospero, un agent de sécurité du groupe G4S, a été retrouvé mort, abattu de plusieurs balles, jeudi soir, dans la salle de bain de son habitation de Froidchapelle. Son chien a également été tué. Ses trois enfants ont fait la macabre découverte en rentrant de l'école. Son badge de sécurité n'a pas été volé, selon le parquet.

La piste terroriste n'est pas suivie. L'enquête est toujours confiée à la section homicide de la police judiciaire fédérale. Le juge d'instruction spécialisé dans les matières terroristes n'a pas été saisi.

Pour l'heure, le mobile du crime n'est pas encore connu. Les enquêteurs planchent sur deux pistes: celle d'un cambriolage qui aurait mal tourné et celle d'un crime lié à la sphère privée.

Selon la Dernière Heure, cet agent de sécurité, accompagné de son chien, avaut été abattu en début de soirée et son badge lui avait été volé. De quoi inquiéter sérieusement les enquêteurs. Le précieux sésame donnant accès à des sites particulièrement sensibles puisque la victime est agent de sécurité dans le nucléaire.

Très vite, les mesures nécessaires ont été prises pour désactiver le passe-partout. Ce dernier était-il le mobile du crime ? La question reste ouverte et l’enquête devra le déterminer. Une enquête particulièrement délicate, davantage encore après les attentats qui ont frappé le pays ce mardi 22 mars 2016. Mais aussi et surtout parce que les centrales nucléaires comptent parmi les cibles potentielles de la cellule terroriste de Paris - Bruxelles.

Le 17 février dernier, La DH révélait que le directeur du programme de recherche et de développement nucléaire belge avait été espionné par cette fameuse cellule terroriste.

Le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, n’avait alors pas jugé utile de relever le niveau de sécurité de nos centrales nucléaires du pays. Ce n’est que deux semaines plus tard que des militaires avaient été déployés aux pieds de nos installations nucléaires, comme nous vous le détaillons dans le déroulement précis des événements, ci-dessous.

Si le meurtre de cet agent de sécurité jeudi soir pourrait s’expliquer par d’autres motifs, la piste du vol de son badge d’accès semble bien crédible. À tel point que les autorités judiciaires auraient préféré que cette inquiétante affaire ne soit pas ébruitée dans l’immédiat. Mais l’info a filtré du côté de Charleroi.

Posée tardivement à la suite des attentats du 13 novembre 2015, la question de la sécurité autour de nos centrales nucléaires demeure plus que jamais d’actualité et risque encore de faire couler beaucoup d’encre.



Bakkali blanchi par les El Bakraoui

26 novembre 2015 . Le présumé terroriste Mohamed Bakkali est interpellé. Il a loué sous une fausse identité l’appartement de la rue Henri Bergé (à Schaerbeek) qui a d’abord été utilisé par la cellule terroriste de Paris - Bruxelles pour confectionner les ceintures explosives avant les attentats et, puis, comme planque par Salah Abdeslam après. Mohamed Bakkali sera inculpé pour "assassinats terroristes et participation aux activités d’un groupe terroriste" .

30 novembre 2015. Une curieuse vidéo - d’une dizaine d’heures - est retrouvée chez la femme de Mohamed Bakkali. Les enquêteurs découvrent que la tape - tournée en caméra cachée - donne précisément sur la porte d’entrée de l’habitation d’un homme dont on aperçoit les allées et venues, mais qu’ils ne parviennent pas à identifier sur le champ.

Il faudra attendre que les enquêteurs remontent la ligne de bus qui passe devant son domicile pour comprendre que la cellule terroriste de Paris - Bruxelles est en réalité parvenue à espionner le directeur du programme de recherche et de développement nucléaire belge.

La caméra cachée avait été récupérée au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 par deux hommes qui n’étaient autres que les frères El Bakraoui (La DH du 24 mars 2016). Il convient toutefois de préciser que le fichier vidéo avait été effacé de la carte mémoire et qu’il n’a pu être récupéré que grâce aux manipulations des experts de la police fédérale.

17 février 2016. La DH révèle l’existence de cette preuve matérielle qui met à mal la sécurité nationale comme jamais auparavant. "Rien n’indique une menace spécifique sur les centrales nucléaires, ni à Doel, ni à Tihange. C’est pour cette raison que nous n’y prévoyons pas de support militaire", répond le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (NV-A) lorsque nous l’interrogeons sur nos révélations du jour.

4 mars 2016. Revirement inattendu. Le comité ministériel restreint approuve finalement le déploiement de 140 militaires pour protéger non seulement les centrales nucléaires de Doel et Tihange, mais également les installations nucléaires de Mol, Dessel et Fleurus.

22 mars 2016. Les centrales de Doel et Tihange sont évacuées en fin de matinée suite aux attentats perpétrés dans notre capitale. Un ordinateur portable contenant un message audio des frères El Bakraoui est retrouvé par les enquêteurs dans une poubelle située à proximité de leur appartement de la rue Max Roos (toujours à Schaerbeek).

Acculés, les kamikazes expliquent notamment avoir agi dans la précipitation et ils dédouanent surtout Mohamed Bakkali qui n’a - selon eux - strictement rien à voir avec les attentats et à qui ils auraient juste demandé de rendre service sans lui faire part de leur véritable plan.

Il est certain que cet ordinateur n’a pas été abandonné là par hasard. Il était destiné à être récupéré par leur(s) complice(s). Probablement pour être remis dans la foulée à l’avocat de Mohamed Bakkali, Me Sébastien Courtoy. Questionné par La DH, le pénaliste s’est refusé à tout commentaire.