Belgique

Parmi les dix-sept personnes interpellées jeudi dans le cadre du groupuscule issu de «Blood and Honour Vlaanderen», une dizaine étaient employées à l'armée.

Le procureur fédéral Daniel Bernard a précisé que l'un d'entre eux était candidat officier, un autre disposait du grade de sous-officier et que les autres étaient au bas de l'échelle.

«Selon les premières indications, a-t-il dit, ils voulaient s'attaquer à la structure de l'Etat belge» et préparaient des attentats.

En vertu de la séparation des pouvoirs et parce que l'enquête est encore en cours, le ministre de la Défense n'a pas voulu donner d'interviews. Mais André Flahaut a rédigé un communiqué, avec la ministre de la Justice Laurette Onkelinx, où ils se réjouissent de la «collaboration exemplaire et la cohésion des actions des instances judiciaires, policières et militaires qui ont permis le démantèlement d'un groupement néo-nazi au sein de l'armée».

Le service de renseignement militaire (le SGRS), dirigé par le vice-Amiral Hellemans, a d'évidence joué un rôle crucial dans cette enquête. En plus de ses missions d'information au sein des forces belges déployées à l'étranger, il a pour mission la sécurité des quartiers militaires en Belgique. Selon nos informations, les premiers éléments dans l'enquête «Blood and Honour» ont été récoltés en 2004.

Infiltrer l'armée

Dans leur communiqué, les deux ministres francophones et socialistes ajoutent que

«la découverte de quelques pommes pourries ne doit pas avoir pour effet de jeter l'opprobre sur l'ensemble des Forces armées».

Ceci réveille de douloureux souvenirs à une partie de la population belge, qui se rappelle les «années de plomb», ces années 80, mûries une décennie plus tôt, où l'extrême droite attirait en son sein des militaires, des miliciens et des officiers de réserve, planifiait de déstabiliser la Belgique, tout cela, sur le soupçon, jamais prouvé, qu'elle était liée aux tueries du Brabant. L'extrême gauche se radicalisait aussi avec, entre 1984 et 1985, les attentats des Cellules communistes combattantes (CCC).

C'était l'époque de Paul Latinus, découvert mort à Court-Saint-Etienne en 1985, et du groupe Westland New Post (WNP) qui entreprit d'infiltrer, y compris pour les déstabiliser, l'armée belge et le siège bruxellois de l'Otan. Paul Latinus était un ancien officier de réserve. C'était aussi le temps du Front de la jeunesse où l'on retrouvait un groupe «G» comme «Gendarmerie» et un groupe «M» comme «Militaires».

L'extrémisme de droite trouvait dans l'armée à la fois un cadre d'entraînement et un terrain de recrutement. Bert Eriksson, l'ancien leader du Vlaamse militanten orde (VMO), était un ancien paracommando. Hervé Van Laethem, dirigeant du groupe néo-nazi francophone Assaut, était un ancien sous-officier de l'armée belge.

Sur fond de guerre froide et d'anticommunisme radical, l'extrême droite rêvait de fomenter en Belgique un coup d'Etat et d'instaurer un régime proche de la dictature des colonels grecs ou du régime de Pinochet.

Les mouvements flamands et francophones ont cependant défendu à l'égard de l'Etat belge des points de vue différents. Et ils continuent à le faire aujourd'hui, même s'ils se retrouvent sur le terrain de la haine des allochtones.

«L'extrême droite flamande est contre l'Etat belge. L'extrême droite francophone est unitariste», reconnaît Manuel Abramowicz, de l'ASBL antifasciste RésistanceS. «Mais pour eux, l'essentiel, c'est l'organisation du chaos. Ce qu'ils prévoient, c'est une guerre ethnique.»

© La Libre Belgique 2006