Belgique

Pourquoi les néonazis, les négationnistes, les racistes, les antisémites se recrutent-ils surtout en Flandre?

Tout d'abord, il faut éviter des généralisations abusives. Oui, les 17 personnes interpellées sont toutes originaires de Flandre. Mais leur combat, si terrifiant soit-il, est évidemment marginal par rapport à l'ensemble des convictions débattues au Nord du pays. Et des groupuscules de cet ordre, il en existe également au Sud du pays.On peut quand même se demander si ces personnes, et les autres membres des groupes dont elles font parties, sont, de près ou de loin, liées au Vlaams Belang? Directement, non. Ces personnes n'agissent pas au nom du Vlaams Belang. Rien ne dit non plus qu'elles soient membres du parti d'extrême droite, même si politiquement, c'est de ce parti et de cette idéologie-là dont elles sont le plus proches. Notons d'ailleurs qu'un professeur américain, Robert S.Griffin, membre de l'Alliance nationale américaine, qui a participé le samedi 3 juillet 2004, à des activités organisées par «Blood & Honour Vlaanderen», et le BBET («Bloed, Bodem, Eer en Trouw» traduisez «Sang et sol, honneur et fidélité») avait écrit dans le rapport qu'il fit de son voyage qu'il était heureux de voir que les organisations flamandes qu'il a côtoyées en Belgique avaient à leurs côtés un parti comme le Vlaams Belang.

Vernis de respectabilité

Mais visiblement, ces «nazillons» veulent aller plus loin que le combat politique mené par le Belang et veulent agir autrement. Ainsi on peut se demander si la résurgence de cette mouvance à la droite de l'extrême droite, ne tient pas au fait que le Vlaams Belang est ou en tout cas tente d'être de plus en plus un parti «respectable». Un vernis de respectabilité que les dirigeants veulent s'octroyer eux-mêmes en évitant tout discours choquant, raciste ou brutal. Un vernis de respectabilité qui leur est aussi offert par les autres partis flamands, pour qui le Vlaams Belang est un partenaire politique presque comme les autres, mais aussi par les médias qui n'hésitent pas à donner aux leaders de l'extrême droite des tribunes où ils se révèlent redoutables.

Mais cette respectabilité, les néonazis n'en veulent pas. Ce qu'ils cherchent, c'est le combat, la déstabilisation. Car pour eux, la transformation de la société, voire l'instauration d'une dictature, d'une junte, ne doit pas passer par les institutions démocratiques mais doit se faire en dehors des institutions, par un coup d'éclat ou d'Etat.

Outre des éléments «révolutionnaires» de droite, on peut également trouver dans cette mouvance de vrais partisans de l'antisémitisme. Car si le Vlaams Blok contenait, au départ, des nostalgiques du nazisme, il est devenu, depuis quelques années, le grand protecteur de la Communauté juive par opposition aux «Arabes» que le VB rejette comme symbole d'une immigration non désirée.Enfin, une question: la mise au jour de cette menace terroriste aura-t-elle une influence sur les prochaines élections communales? Rien n'est moins sûr. Même après le double meurtre commis par Hans Van Thems à Anvers, les sondages en faveur du Belang n'avaient pas été moins favorables. Or, le double meurtrier, neveu d'une élue du Vlaams Belang, ne cachait pas ses sympathies pour le parti. Mais habilement, les leaders du Belang avaient condamné ce crime et affirmé qu'ils n'avaient rien avoir avec ces gens-là, ni avec leurs théories racistes. Il est probable que ce coup de filet antiterroriste ne modifiera pas non plus les intentions de vote pour le Belang. Car ce parti, pourtant condamné pour avoir imprimé des tracts jugés racistes par la Justice, veut faire oublier cette marque de fabrique. Aujourd'hui, il se contente de flatter les Flamands et d'affirmer que le Flandre, déjà riche, pourrait l'être plus encore si elle larguait la Wallonie: voilà une autre forme de racisme...

© La Libre Belgique 2006