Belgique

évocation

Avec le comte Patrick d'Udekem d'Acoz, père de la princesse Mathilde et beau-père du prince Philippe, qui est décédé jeudi après-midi au centre neurologique William Lennox dans le bois de Lauzelle à Ottignies où il avait été hospitalisé, vient de disparaître une forte personnalité au caractère entier et déterminé mais pas moins attachante pour autant.

Victime d'un accident vasculaire cérébral au printemps dernier, Patrick d'Udekem avait d'abord été admis à l'hôpital universitaire Erasme à Anderlecht pour une série d'examens. Il n'avait jamais pu se remettre des séquelles de son accident de santé et avait rejoint l'institution brabançonne wallonne réputée pour ses soins de revalidation.

Sa situation s'était brusquement aggravée au début de la semaine suite à un nouveau malaise.

Fils cadet de Charles d'Udekem d'Acoz et de Suzanne van Outryve d'Ydewalle, Patrick d'Udekem était né à Uccle le 28 avril 1936. Cet aristocrate discret mais au verbe haut que la Belgique découvrit en septembre 1999 avec sa fille Mathilde avait un franc-parler qui contrastait avec la discrétion traditionnelle du Palais royal.

Une franchise absolue qui l'amena en certaines circonstances de la vie à rompre avec les traditions les plus ancrées de son milieu, notamment autour de l'héritage familial.

Ce fut aussi le cas sur le plan politique où, issu d'une famille fidèle au Trône et à l'Autel depuis des temps immémoriaux, il avait claqué la porte du Parti social-chrétien pour rejoindre la famille libérale. Sa foi catholique convaincue n'en souffrit pas; tout au contraire même, l'homme y vit une ouverture œcuménique qui n'était pas nécessairement évidente dans l'environnement très monocolore et mono-idéologique du Luxembourg, province traditionnellement catholique pendant près d'un siècle et demi.

Le comte d'Udekem pouvait également se montrer très sévère pour tous ceux qui attaquaient la Belgique et sa famille royale, plus convaincu que quiconque de l'importance de cette dernière dans le vivre ensemble national. Patrick d'Udekem d'Acoz se sentait en fait profondément Belge avant tout.

Rien de plus logique à l'aune de son parcours personnel, en fait...

Après une jeunesse passée à Proven, près de Poperinge et de l'abbaye de Westvleteren dans le Westhoek - où son père avait aussi ceint l'écharpe maïorale - et des études d'agronomie, il s'était installé voici exactement un demi-siècle dans la province de Luxembourg.

Ayant notamment été bourgmestre de Villers-la-Bonne-Eau, le dernier avant la fusion des communes avec Bastogne, il habitait au château de Losange, là même où avaient été jetées un demi-siècle plus tôt, les bases de l'union entre le prince héritier italien et la princesse Marie-José.

Patrick d'Udekem avait été un important exploitant forestier tout en ayant aussi exercé la fonction de juge consulaire au tribunal de Neufchâteau. Il était particulièrement attaché au patrimoine naturel de son cadre de vie, estimant que ce dernier n'était pas toujours mis en valeur comme il l'eût fallu.

Douleurs et grande joie

Lieutenant-colonel de réserve honoraire à la Force aérienne, il avait épousé la comtesse Anne Komorowski en 1971. Cette dernière rattachée aux grandes familles nobles polonaises lui avait donné quatre enfants dont l'aînée, Mathilde épousa le prince Philippe en 1999.

Avant de connaître la grande joie de voir leur fille rejoindre la famille royale, Patrick et Anne d'Udekem d'Acoz avaient eu la tristesse de perdre leur deuxième fille Marie-Alix ainsi que leur belle-mère et mère dans un tragique accident de la route en 1997. Toujours très attaché à sa ville d'adoption de Bastogne où il avait également siégé au conseil communal tout en ayant été conseiller provincial PRL, le comte d'Udekem d'Acoz avait été très fier en décembre 2004 d'accueillir le Roi dans la ville du "Nuts" à l'occasion des 60 ans de la bataille des Ardennes.

Une manière aussi de rendre hommage à son gendre dont il appréciait publiquement l'engagement au service de son pays et davantage encore son attachement aux valeurs ainsi que son grand sens du devoir. Une estime profonde qui était et restera pour le moins réciproque...