Belgique

Le journaliste belge Maroun Labaki a été retenu trois jours au Liban car son passeport portait la preuve très ténue d’un voyage en Israël. Il est finalement revenu mardi soir à Bruxelles, après un parcours mouvementé : interpellé dimanche matin par la sécurité de l’aéroport de Beyrouth, traduit lundi devant un juge militaire, interrogé mardi par les services de renseignement militaires libanais puis autorisé, une fois les explications données, à sortir du pays.

La preuve était « un petit bout de code barres sur fond jaune qui était collé au dos de mon passeport belge », explique-t-il. Ces étiquettes sont apposées à l’aéroport de Tel Aviv, comme preuve de passage d’une étape de sécurité. Or Maroun Labaki est allé six ou sept fois en Israël pour des reportages.

A l’aéroport de Beyrouth, juste avant d’entrer dans l’avion, le policier libanais a immédiatement reconnu l’étiquette et a reproché à Maroun Labaki, qui a aussi la nationalité libanaise, d’être allé en Israël. Le Liban, sous l’influence du Hezbollah proiranien, ne reconnaît pas l’Etat d’Israël et interdit à ses concitoyens de s’y rendre, sauf autorisation préalable.

« J’ai demandé de ne plus être Libanais », explique l’ancien journaliste du Soir. « On m’a dit que ce n’était pas possible. Donc je suis otage de cette politique-là ».

Dans un premier temps, la sécurité de l’aéroport a laissé Maroun Labaki et sa fille, de retour de vacances, entrer dans l’avion. Mais elle est venue le rechercher dans l’avion juste avant le décollage, malgré les protestations du commandant de bord.

Le journaliste a été laissé libre de ses mouvements à Beyrouth car un juge d’un tribunal militaire a estimé qu’ « on ne devait pas passer les menottes » à une personne qui a soixante ans, poursuit Maroun Labaki. Mais son téléphone a été confisqué. Le lundi, il s’est présenté devant le tribunal militaire, où il a été brièvement interrogé. Puis on lui a dit de se présenter le mardi matin à 8h au bureau des renseignements militaires.

« Là je ne me suis senti pas bien », dit-il. « Je suis monté vers l’étage des interrogatoires. Quatre hommes m’attendaient. Ils m’ont cuisiné sur tout, où j’étais allé en Israël, avec qui, quand, ont pris mes empreintes et photographié la pupille des yeux. Mais à la fin, ils m’ont dit : vous êtes clean. Pour nous, vous pouvez repartir »

Dans l’après-midi, le journaliste – aujourd’hui président du Brussels Press Club – a pris le premier avion pour Bruxelles. « J’ai perdu trois jours et j’ai dû acheter un nouveau billet. Mais là n’est pas le plus important. J’ai eu l’impression que tout peut basculer à n’importe quel moment. On se trouve à ce moment-là dans une sorte d’arbitraire », conclut-il.