Belgique

Trois chefs djihadistes ont été abattus par une frappe de drone le 4 décembre. Parmi eux, Sammy Djedou, qui avait gravité dans l’orbite de Jean-Louis Denis. Ce jeune aurait piloté les frères El Bakraoui avant qu’ils ne se fassent exploser le 22 mars à Bruxelles.


C’est le Pentagone qui l’a annoncé mardi : trois dirigeants de l’Etat islamique ont été tués dans une frappe aérienne ciblée des forces de la coalition le samedi 4 décembre à Raqqa.

Les trois hommes faisaient partie du groupe de Boubakeur Al-Hakim, un haut gradé français de l’Etat islamique, tué par un drone le 26 novembre.

Deux des hommes tués par la frappe de drone le 4 décembre sont cités dans les attentats de Paris. Le Français Salah Eddine Gourmat et le Belge Sammy Djedou étaient proches d’Abou Mohammed Al-Adnani, porte-parole et responsable des opérations extérieures de Daech jusqu’à sa mort en août. Le troisième, Walid Hamam, était avec Abdel Hamid Abaaoud à Athènes alors qu’il coordonnait la cellule de Verviers au moment de son démantèlement en janvier 2015.

Sammy Djedou serait impliqué dans les derniers préparatifs des attentats de Bruxelles du 22 mars.

Les enquêteurs belges en sont persuadés. Bruxelles n’était alors pas considérée comme la cible de cette cellule belge également impliquée dans les attentats de Paris. La cellule devait vraisemblablement plutôt frapper une nouvelle fois la France.

L’Euro de football organisé en France ou le quartier de la défense à Paris avaient été évoqués comme cible. Les attentats auraient pu prendre la forme d’attaques à la voiture piégée.

Un plan bis pour Bruxelles

L’intervention de la police rue Dries à Forest le 15 mars avait désorganisé la cellule. Mohamed Belkaïd, un Algérien qui avait été en contact avec les auteurs des attentats de Paris peu avant qu’ils frappent, avait été tué les armes à la main. Trois jours plus tard, c’était Salah Abdeslam qui était capturé à Forest.

Les frères El Bakraoui, qui se feront exploser le 22 mars à Zaventem et Maelbeek, savaient alors que la police était à leur trousse.

Ils avaient alors décidé de frapper prématurément à Bruxelles. Avant de partir en taxi pour l’aéroport au départ de leur planque rue Max Roos à Schaerbeek, Ibrahim El Bakraoui avait abandonné un ordinateur dans une poubelle de cette rue de Schaerbeek. L’appareil a été retrouvé par les enquêteurs avant d’être emporté par les éboueurs.

L’examen de cet ordinateur a permis de retrouver des échanges entre les frères El Bakraoui et leurs contacts en Syrie à qui ils présentaient leur plan d’action. Parmi ceux-ci, figurait un homme connu sous le nom d’Abou Ahmad. Derrière ce nom de guerre figurerait le Belge Oussama Atar, vétéran du djihad qui a combattu en Irak en 2004 dans le groupe d’Abou Moussab al-Zarqaoui.

Pour prendre leurs instructions, les El Bakraoui avaient aussi, via cet ordinateur, été en communication avec un autre contact, connu sous le nom de "Moussab Moussab" ou encore "Abou Moussab". Les enquêteurs pensent avoir identifié ce deuxième contact en Syrie comme étant Sammy Djedou.J. La.


Sammy Djedou, disciple de Jean-Louis Denis

Il avait à peine 27 ans, mais il semble que Sammy Djedou, tué à Raqqa dans une frappe de drone le 4 décembre, ait été un important coordinateur des attentats de Bruxelles.

L’ironie veut que sa mère fut un des premiers parents à dénoncer à la police le départ d’un fils vers la Syrie. Elle était une des chevilles ouvrières de "Parents concernés", association de parents dont les enfants ont gagné la Syrie.

Sammy Djedou est né à Bruxelles en 1989. Sa mère, Véronique Loute, âgée d’une soixantaine d’années est de confession catholique. Elle n’avait plus de nouvelles de son fils depuis de longs mois. Elle a été informée de la mort de son fils mardi par la Sûreté de l’Etat. Son père, d’origine ivoirienne, est aussi catholique. Ils sont séparés.

Sammy Djedou est donc un de ces convertis qui ont rejoint l’Etat islamique. Il a embrassé l’islam à l’âge de 14 ans. Sa mère n’y avait pas vu un problème, à l’inverse de son père qui ne l’a jamais accepté.

Début 2012, Sammy Djedou, s’est plongé dans la religion : il faisait ses prières cinq fois par jour et ne fréquentait plus les réunions familiales car on n’y mangeait pas halal.

Le djihad après l’humanitaire

Il s’est profondément radicalisé alors qu’il fréquentait le "Resto du Tawhid", animé par Jean-Louis Denis, condamné récemment à cinq ans de prison.

Comme d’autres parents, Véronique Loute s’était constituée partie civile contre Jean-Louis Denis. Le tribunal ne l’a pas retenue, sous l’argument que Sammy Djedou était majeur quand il est parti pour la Syrie, rejointe en novembre 2012 avec son ami de Laeken Sean Pidgeon, un des premiers Belges mort en Syrie.

Sammy Djedou a été blessé à l’épaule dans des combats. Son but, disait-il, était de faire de l’humanitaire.

En mars 2013, Sammy Djedou est apparu sur une des premières vidéos montrant de jeunes Occidentaux portant une Kalachnikov en bandoulière. Il avait alors expliqué à sa mère, à qui il avait toujours dit qu’il faisait de l’humanitaire, que c’était pour se défendre.

Sammy Djedou, à l’inverse de nombreux Belges partis en Syrie, n’a pas été jugé par défaut en Belgique.