Belgique

ANALYSE

La «Gazet van Antwerpen» et le «Belang van Limburg» ont jeté un fameux pavé dans la mare en annonçant lundi qu'à Schoten, commune de la banlieue cossue d'Anvers, le cordon sanitaire pourrait sauter au lendemain des élections communales. Alors que les états-majors de tous les partis traditionnels continuent de jurer leur «grote God» qu'il ne peut être question de gouverner avec le Vlaams Belang, les sections locales du CD&V et du VLD n'ont pas exclu de négocier avec les néofascistes si d'aventure, ils perdaient la majorité. Pour l'heure, ils sont en tripartite avec le SP.A dans l'exécutif local, mais le courant ne passe plus. Reste qu'ils devraient progresser, ce qui est moins évident depuis que dans cette commune, où il y a plus de Néerlandais que de Marocains, l'on assiste à une irrésistible ascension du VB. Aux élections régionales, le parti de Dewinter y a glané 34 pc des voix, confirmant l'analyse de certains politologues selon laquelle le vote de protestation d'extrême droite peut aussi être un vote de repli égoïste pour maintenir ses privilèges.

Ravie de cette poussée dans la périphérie verte de la Métropole, Marie-Rose Morel, mi-députée flamande, mi- «babe», a été priée par le VB d'abandonner Ekeren pour cette «terre promise». C'est ici que ça se corse: lors de son arrivée, le bourgmestre Hendrickx (CD&V) n'a pas manqué de lui chercher des poux. A juste titre: la députée avait entamé la construction d'une piscine sans permis de bâtir, mais voilà qu'il se dit prêt à négocier avec sa rivale, confirmant qu'il ne voulait plus de cordon sanitaire sur le plan local. Et comme si cela ne suffisait pas, le président local du VLD, Paul Valkeniers, contestait lui aussi le cordon, contre-productif à ses yeux. L'on s'attendait à des réactions rapides des partis fédéraux. Elles n'ont pas tardé: pour Jo Vandeurzen, pas question pour le CD&V de s'allier au Belang. Ni à Schoten, ni ailleurs car on ne travaille pas avec une formation qui «gonfle les problèmes sans apporter de solutions et qui oppose les populations les unes aux autres». Ceux qui seraient malgré tout tentés par l'aventure seront exclus du parti. Au VLD, péché avoué semble à moîtié pardonné: c'est le président local des libéraux qui a fait amende honorable en contre-disant ses déclarations à la presse!

Une certitude: des Schoten, il y en aura plusieurs au nord du pays. Certains «municipalistes» ne pourront résister à la tentation et un moment de honte est vite oublié si on peut en contrepartie ceindre l'écharpe! Un fameux test dans un environnement où plusieurs journaux et médias audiovisuels accueillent les élus du Vlaams Belang comme n'importe quels autres...

© La Libre Belgique 2006