Un demi-siècle d’humanisme laïque juif

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Belgique

Shalom aleichem, salaam aleikoum Sous les vénérables lambris dorés de l’Hôtel de ville de Bruxelles, les musiciens juifs de Krupnik et les potes de Mousta Largo ont littéralement embrasé l’assistance, la princesse Astrid et le quasi-"kern" gouvernemental compris, à l’issue de la séance académique marquant mardi soir le coup d’envoi de l’année du cinquantenaire du Centre communautaire laïc juif.

A la fois une alchimie très belge et un bel appel à la paix au Proche-Orient comme ne peut en réaliser en fait que ce centre culturel mais aussi politique et social juif né en 1959 à l’initiative de survivants de la Shoah, bien décidés à participer à l’érection d’un monde qu’on espérait plus juste, plus fraternel et aussi plus démocratique.

A sa base, un homme, militant de la cause juive laïque mais depuis toujours respectueux pour les croyants, David Susskind qui, comme il l’a rappelé mardi soir avec l’émotion que l’on devine, s’est retrouvé privé de famille mais aussi de maison au lendemain de la Seconde Guerre où il avait combattu le nazisme.

Mais Susskind avait aussi éprouvé la collaboration anversoise et le manque de courage de ses compagnons de l’école de commerce de Berchem lorsque le directeur leur avait annoncé : "morgen mogen de Joden niet meer komen". Personne ne fit de remarque, les Juifs ne vinrent plus à l’école et, peu après, la machine de mort programmée se mit en branle.

Mais David Susskind ne perdit pas courage même si aujourd’hui encore il déplore que les autorités belges, Pierlot, Spaak, Gutt et les autres abandonnèrent souvent les rescapés à leur triste sort. C’est précisément parce que la Belgique officielle manquait à ses devoirs qu’il se remobilisa pour reconstruire une communauté juive qui prendrait aussi soin tous les exclus de la société belge. "Tout ce qui est juif est à nous mais tout ce qui est humain l’est aussi".

A partir de ce principe inspiré du sage juif Hillel, le CCLJ s’organisa et se retrouva à la pointe de bien des combats, juifs ou non. Il y eut moult initiatives pour une paix "juste et négociée" entre Israéliens et Palestiniens mais aussi des conférences pour aider les Juifs d’URSS ou encore les boat-people asiatiques.

En même temps, le Centre communautaire laïc juif fut à la pointe du combat contre l’extrême droite, le racisme et l’antisémitisme en demeurant fidèle, comme le dit sa charte, à "l’esprit du libre examen, la tolérance à l’égard d’opinions contradictoires et le refus de tout dogme".

Cela a créé des liens dans les milieux laïques mais aussi de tous horizons : à preuve, lors de la séance académique, on a entendu successivement Evelyne Huytebroeck, Joëlle Milquet, Laurette Onkelinx, Didier Reynders et, surtout, le Premier ministre Herman Van Rompuy dont l’exposé, brillant, l’emporta de toute évidence à l’applaudimètre.

Après avoir rappelé que "toute communauté dans une société multicolore a le droit et le devoir de s’organiser dans notre société", il interpella le CCLJ en disant que "votre histoire, c’est notre histoire". Pince-sans-rire comme on le connaît, il conclut par un vibrant "bonne année" à l’occasion de Rosh Hashana, le Nouvel an juif, ajoutant : "on en aura tous besoin"

Christian Laporte

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