Belgique

Adrien, 10 ans, ne se plaît pas dans sa classe; il voudrait changer d'école. Pour arriver à ses fins, il met son institutrice en colère par ses attitudes. Quand celle-ci est assez énervée, il l'enregistre à l'aide de son GSM. A la maison, il fait passer l'enregistrement à ses parents : "Tu vois bien qu'elle est folle, je ne peux pas rester dans une école pareille !"

Une histoire vraie, comme celle de cette maman qui écrivit au professeur de religion qui avait sanctionné son enfant : "C'est la dernière fois que je vous autorise à punir mon enfant." Ou cette autre qui faisait savoir que "les enfants n'iront pas à la piscine, ils y vont le samedi avec moi".

Diverses illustrations de ce que l'on peut trouver de pire en termes de relation parent-école, et que l'on conceptualise volontiers dans l'expression "enfant-roi". Ce thème était au centre d'un récent colloque, organisé notamment par la Fédération de l'enseignement fondamental catholique (Fédéfoc), aboutissement d'une réflexion menée avec les directeurs et les parents. Non point dans le but de confronter parents et acteurs de l'enseignement - qui sont souvent eux-mêmes des parents -, mais de tenter de dégager des pistes pour améliorer leurs relations. C'est que, pour le spécialiste Bernard Pètre, "la problématique de l'enfant-roi est préoccupante à un double niveau. Les directeurs s'épuisent et se sentent impuissants. Il y a aussi un problème d'équité quand, par exemple, 5 pc d'enfants-rois mobilisent 30 à 40 pc de l'énergie et de l'attention au détriment des autres".

Enfant-roi ou parent-roi ?

Un premier pas en avant serait de définir ce qu'est un enfant-roi. Bernard Pètre : "Est-ce vraiment l'enfant-roi qui pose le plus de problèmes ? N'est-ce pas plutôt le parent-roi, c'est-à-dire celui qui se projette exagérément dans son enfant et est incapable de prendre en compte le point de vue des autres acteurs de l'école ?"

La psychanalyste Simone Sausse ne dit rien d'autre lorsqu'elle fait remarquer que "cet enfant, c'est nous. Il constitue un miroir de l'adulte qui ressent une certaine satisfaction de voir l'enfant échapper aux contraintes". Elle relève aussi que "sans doute, les parents ne sont-ils plus capables de dire non et se soumettent-ils volontiers aux exigences consommatrices de leur progéniture. Mais peut-être cherchent-ils à compenser ainsi la manière dont ils éludent les demandes existentielles" ("pourquoi je suis obligé d'aller en week-end avec mon beau-père ?", par exemple).

Comment, dans ce cadre, rétablir la confiance entre école et parent ? Quelles sont les conditions nécessaires à la construction de nouveaux équilibres entre école et familles ? Godefroid Cartuyvels, secrétaire général de l'enseignement fondamental catholique, tente de répondre à cette question. Selon lui, les familles demandent à l'école non seulement d'assumer la meilleure formation possible de leurs enfants, mais aussi, souvent, de ne rien faire qui vienne brider leur épanouissement. Assaillie de revendications individuelles, l'école voit parfois son projet collectif mis à mal. C'est au moment où on lui en demande le plus que sa capacité formatrice est la plus affaiblie. Il serait, dès lors, heureux que les familles travaillent à fondre les multiples demandes individuelles qu'elles adressent à l'école en une demande collective compatible avec son projet. En gardant à l'esprit que tout n'est pas négociable, car l'école répond à une commande sociale dans laquelle elle puise l'essentiel de ses règles et contraintes.

Un catalogue de bonnes pratiques

De son côté, l'école devrait améliorer sa communication, préciser ce qui relève de la loi et ce qui relève du projet de l'école et renforcer la cohérence dans l'application des normes en évitant tout arbitraire.

Très concrètement, le colloque a permis de recueillir près de 400 fiches décrivant des initiatives visant à améliorer les relations famille-école. Le Secrétariat général de l'enseignement catholique (Segec) s'est donné six mois pour les compiler dans un catalogue de "bonnes pratiques" accessible sur Internet *. Au menu, entre autres : la désignation d'un parent-relais dans chaque classe; un cours de "français langue étrangère" à l'attention des parents de primo-arrivants; la confection d'un guide pour la création d'une association de parents - certaines écoles en sont encore privées; l'accueil des parents le matin autour d'une tasse de café, deux fois par mois;...

Autant d'idées qui pourraient contribuer à une meilleure collaboration entre les parents et l'école et, in fine, réaliser le voeu du poète et enseignant Lucien Noullez : "Que l'enfant règne, mais ne gouverne pas."

* Web www.segec.be. Le prochain numéro d'"Entrées libres", bientôt en ligne, consacre un dossier de huit pages à ce sujet.