Belgique

Les victimes des attentats du 22 mars et leurs proches ont été entendus : la commission Attentats à la Chambre a approuvé à l’unanimité des recommandations qui reprennent en large partie leurs doléances.

Dans un rapport rendu public mardi, les députés proposent notamment d’octroyer à chaque victime d’actes violents une personne de référence au sein de la commission fédérale d’aide aux victimes. Beaucoup se plaignaient d’avoir été ballottés d’un bureau à un autre, d’une région à une autre.

"Nous allons recréer une sorte de prise par la main des victimes et leur dire : vous n’êtes plus perdus dans le dédale des bureaux", explique Paul Martens, expert de la Commission et président honoraire de la Cour constitutionnelle. "Beaucoup d’articles ont été écrits à l’étranger décrivant la Belgique comme ingouvernable. Nous allons réparer cela. Tous les pays qui ont connu des attentats ont une aide centralisée."

L’Etat doit reprendre la main

Une autre recommandation importante est que l’Etat devrait avancer le paiement des dommages et intérêts, avant de se retourner vers un fonds créé par les assureurs privés. Ceux-ci ont été vertement critiqués pour avoir traîné à dédommager les victimes. "Il est anormal que des personnes doivent attendre des mois et des mois pour recevoir une aide à laquelle ils ont droit", souligne André Frédéric (PS), membre de la commission d’enquête.

Après le 22 mars, le gouvernement Michel a augmenté les compensations (aide d’urgence pour personnes hospitalisées : de 15 000 à 30 000 euros; aide principale après analyse des dommages : de 62 000 à 125 000 euros; frais funéraires : 6 000 euros) au point que 398 victimes identifiées ont reçu à ce jour près d’1,2 million d’euros. Ces indemnités ont été payées rapidement mais les compagnies d’assurance ont tardé.

Gain de cause pour les étrangers

Une troisième recommandation est que les victimes étrangères bénéficient de la même aide financière que les ressortissants ou résidents belges. L’ex-ambassadeur américain James Cain, dont le beau-fils est décédé à Zaventem, avait alerté le président de la Commission, Patrick Dewael sur cette aberration du système belge. Toutefois, les étrangers ne pourront pas bénéficier du projet de loi assurant aux Belges, dans le cadre de la sécurité sociale, une pension de réparation, le remboursement des frais médicaux et psychosociaux et le droit d’utiliser gratuitement les transports publics.

Patrick Dewael demande aussi l’"uniformité" des droits de succession en Belgique. Car la Région wallonne exonère cet impôt aux victimes, mais pas ses homologues bruxelloise et flamande.

C’est assez rare pour le souligner : les huit partis de la majorité et l’opposition ont adopté à l’unanimité leurs recommandations au gouvernement. Il avait fallu un choc - le témoignage de Philippe Vansteenkiste, frère de Fabienne tuée à Zaventem, dans "La Libre" du 12 décembre 2016 - pour que les victimes soient entendues par la Commission en janvier dernier. Les députés furent abasourdis.

"Ce n’est pas la première fois que notre pays a rencontré ce genre de problèmes. Après la catastrophe de Ghislenghien ( 24 morts, NdlR ), une loi avait été créée mais qui excluait le terrorisme. Le 22 mars, notre pays n’était pas prêt pour un tel attentat", a rappelé Stefaan Van Hecke (Groen-Ecolo).