Un investigateur de pacotille

R.P. Publié le - Mis à jour le

Belgique

L'attachée de presse des éditions Flammarion s'est quelque peu étonnée, lundi, des remous suscités en Belgique par l'annonce de la publication prochaine du livre de Jean Nicolas et Frédéric Lavachery «Dossier pédophilie», dans lequel les auteurs accusent le roi Albert II de pédophilie (LLB du 17 septembre). Elle annonce que, sauf contre-ordre, le livre sortira bel et bien en fin de semaine à Paris. La direction générale de la maison Flammarion étudie le communiqué diffusé dimanche par le Palais royal en réaction aux allégations de Jean Nicolas. Se pourrait-il qu'elle reporte la date de sortie de ce brûlot? Quoi qu'il en soit, Jean Nicolas a encore réussi à faire parler de lui.

Mais qui est le «journaliste» Jean Nicolas, coauteur (sans doute principal) de cet ouvrage avec Frédéric Lavachery (un ancien activiste des «comités blancs», chassé par eux) ? Il se présente lui-même comme ancien rédacteur en chef du «Letzeburger Journal» et comme l'auteur d'une quinzaine de livres (à la diffusion confidentielle). Ceux dont nous avons eu connaissance étaient plutôt des concentrés mal écrits de supputations gratuites et de commérages à bon marché.

M. Nicolas insiste également sur sa «qualité» de rédacteur en chef de «L'Investigateur», un périodique au tirage limité et axé sur de soi-disant «révélations». Il est vrai toutefois qu'en de rares occasions, il a pu se targuer de découvertes, comme dans l'affaire KB Lux, où il a obtenu les noms de comptes secrets «WK» et ceux des titulaires grâce au copinage avec un... inculpé de l'affaire soupçonné de vol et de chantage, par ailleurs auteur du faux document à l'origine des accusations tout aussi fausses portées en novembre 1999 contre le ministre des Finances, Didier Reynders.

Moment d'humour involontaire, en 2000, lorsque le site Internet de l'intéressé le présente comme le «meilleur investigateur» d'Europe, rien moins. Pourtant, c'est plutôt de naïveté dont il faudrait parler, ses écrits montrant abondamment qu'il prend pour vrais des bobards assez divers. Le peu qu'on sait sur son nouveau livre tend à montrer que c'est à nouveau le cas, vu les similitudes avec les fantasmes - jamais corroborés, malgré des enquêtes pointues - de certains témoins «X» réunis par la justice de Neufchâteau, au temps où MM. Bourlet et Connerotte récoltaient également des dénonciations anonymes grâce à un «téléphone vert».

Ses fréquentations ne le désignent pas davantage comme crédible. Ainsi, lorsqu'il publie, au mois d'août 1997, «Les pédophiles sont parmi nous», un livre aux relents poujadistes sous-titré «Magistrats douteux, flics ripoux, politiques corrompus», il le fait avec la collaboration de Georges Frisque, un vulgaire escroc, et chez un éditeur lilliputien tenu pour exploiter également un... «bar».

De plus, Jean Nicolas, comparaissait encore le 15 janvier dernier «pour répondre d'une soixantaine de préventions, dont des faux, usages de faux, chèques sans provisions, escroqueries, banqueroute frauduleuse, menaces, coups», rapportait l'agence Belga à propos d'un dossier toujours pendant. Il est aussi connu pour avoir voulu publier une liste de «pédophiles» au mois d'août 2000, quelques jours après qu'une initiative similaire eut fait scandale en Angleterre. Mais la liste de M. Nicolas comportait surtout, à côté des noms de personnes publiquement condamnées, le fruit de nombreux ragots. La Ligue des droits de l'homme s'était ouvertement émue...

© La Libre Belgique 2001

R.P.

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