Belgique

Ce sont deux figures bien connues de la mouvance radicale islamiste en Belgique. Le Franco-Syrien Bassam Ayachi et le Français Raphaël Gendron ont animé le Centre islamique belge, véritable terreau où s’est nourri l’islamisme radical lié à al Qaeda en Belgique. Ils auraient dû se retrouver devant le tribunal correctionnel de Bruxelles qui a condamné la semaine dernière quatre hommes à des peines comprises entre 3 et 8 ans de prison dans un dossier de terrorisme.

S’ils avaient échappé à ce procès, c’est parce qu’ils étaient détenus en Italie dans un dossier miroir de terrorisme. Il avait été décidé pour cette raison de ne pas les juger à Bruxelles mais de poursuivre l’enquête judiciaire à leur égard. Or, un rebondissement inattendu est survenu en Italie.

Ils ont été acquittés mardi en appel. Libres, ils ont décidé de quitter la péninsule. Raphaël Gendron a rejoint la Belgique où il a été cueilli à l’aéroport de Charleroi par la Sûreté de l’Etat pour être interrogé. La destination du cheikh Bassam Ayachi ne nous est pas connue. Son avocat, Me Sébastien Courtoy, ne tient pas à divulguer l’endroit où il s’est retiré.

Le cheminement des deux hommes est rocambolesque. Ils ont été arrêtés en Italie en novembre 2008. Revenus de Syrie, ils avaient emprunté avec leur mobil-home un ferry entre la Grèce et Bari. Les douanes avaient découvert cinq hommes, de nationalités syrienne et palestinienne, dans une cache spécialement aménagée de leur véhicule. C’était, semble-t-il, un véritable business pour Ayachi qui avait été rémunéré. Les autorités judiciaires ont creusé : une clé USB, contenant le testament d’Hicham Beyayo, Belge parti combattre à la frontière pakistano-afghane a été retrouvée dans les effets personnels de Gendron. Beyayo, rentré en Belgique, a été condamné pour ces faits.

Mais les enquêteurs italiens n’étaient pas au bout de leurs surprises. Lors d’écoutes réalisées en prison, ils ont cru déceler qu’Ayachi et Gendron avaient des projets d’attentat. Ce que les deux hommes ont toujours contesté. Condamnés en première instance pour ces faits, ils ont été acquittés mardi en appel. Ayant purgé leurs peines pour traite des êtres humains, ils étaient libres.

Le cheikh Bassam Ayachi n’est, semble-t-il, pas revenu en Belgique. Né à Alep en 1946, il s’était installé à Bruxelles en 1992 après la faillite frauduleuse de son restaurant à Aix-en-Provence. Et il n’a eu de cesse de frayer avec les mouvements islamistes les plus radicaux d’Europe. Il a commencé à prêcher, à convertir, visant principalement des jeunes en perte de repères. Le CIB qu’il dirigeait et des associations satellites ont vu défiler Malika el Aroud, la veuve de l’homme qui a tué le commandant Massoud le 9 septembre 2001 en Afghanistan. C’est lui qui les mariera. Ou d’autres radicaux, également condamnés en Belgique, qui ont été combattre avec al Qaeda en Irak. Mais il avait toujours échappé aux mailles du filet. Avant que l’Italie ne le rattrape. Où est-il aujourd’hui ? Nul ne veut le dire.

Raphaël Gendron était un de ces convertis dont la foi s’était durcie au contact du CIB. Avant son arrestation en Italie, il était devenu, avec le fils du cheikh Ayachi (aujourd’hui en fuite en Syrie), l’animateur des deux principaux sites Internet francophones de propagande, d’endoctrinement et de recrutement pour al Qaeda.

Nul doute qu’il sera suivi de près à Bruxelles.