Belgique La manière, très consumériste, dont la profession évolue fait réagir l’avocat Nicolas Alaimo. Arguments.

Dans une récente livraison de la lettre électronique hebdomadaire d’Avocats.be, Me Nicolas Alaimo s’interroge sur l’avenir de la profession d’avocat. On sait que dans le milieu, l’accent est mis sur la numérisation des cabinets. Il est aussi question de s’associer avec les notaires et les huissiers et, plus généralement, d’étendre le champ d’activités des avocats, notamment pour lutter contre les menaces de disparitions d’emplois liées aux développements de l’intelligence artificielle.

Avec plusieurs jeunes confrères, Me Alaimo a rencontré les avocats Patrick Hofströssler et Patrick Henry, chargés par le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), de réfléchir à l’évolution de la profession. Selon lui, les autorités ordinales auraient tendance à répondre aux défis de la profession par une vision trop "économique" des choses. Les mesures envisagées, regrette-t-il, sont de nature à déréguler la profession "pour permettre au capital de s’installer dans nos pratiques et de remplacer notre indépendance par de simples rapports de force économiques".

Il craint que seules les associations d’avocats importantes, qui pourront répondre aux défis technologiques qu’on annonce, "capteront l’ensemble des dossiers en cassant les prix", remplaçant, de la sorte, le devoir de défendre en âme et conscience par la seule rentabilité du dossier. Les avocats indépendants, qui offrent une diversité de tons, seront contraints de travailler pour ces grosses structures et de s’uniformiser, à défaut de pouvoir proposer la même offre.

Résultat : le barreau risque de perdre son indépendance financière et sa déontologie et des milliers d’avocats "qui fonctionnent en petites structures et apportent des services de proximité en tentant de maintenir un tissu social" seront les victimes des mesures annoncées.

Perte d’indépendance et de déontologie

Lors de la réunion avec Mes Hofströssler et Henry, peu de jeunes juristes étaient des avocats de proximité, déplore Me Alaimo, qui se méfie de la possibilité de cumul de professions défendue par les cabinets d’affaires et la finance. Encourager la logique ambiante transformerait les avocats en businessmen, ce qui entraînera une défiance de la part des clients.

"Aujourd’hui, on nous effraye avec les progrès technologiques pour nous pousser à accepter des réformes qui supprimeront, à court terme, toute indépendance et considération éthique de notre métier mais qui ne répondent pas aux enjeux", conclut Me Alaimo, qui ne veut pas d’une "dissolution de la profession dans l’économie de marché".

Une politique délibérée

Certes, la diminution du nombre de dossiers judiciaires doit amener la profession à réfléchir à son mode de fonctionnement; mais aux yeux du jeune avocat, cette diminution est liée au renchérissement du prix de la justice et à la politique générale du ministre, qui vise à diminuer l’accès et la qualité de la Justice plutôt que de la financer : " Le nombre de conflits n’a pas diminué mais la possibilité pour le citoyen lambda d’aller devant la justice, elle, a régressé". La tendance est de réduire les moyens du service public pour pouvoir dénoncer son incapacité à faire face, conclut-il. C’est sur ce point que devrait porter le débat sur l’avenir du métier, conclut-il.