Belgique

Anne-Marie Lizin, ainsi que des membres de l'Union socialiste communale de Huy, ont, par la voie de leur avocat, assigné le journaliste de la RTBF Patrick Remacle devant le tribunal de 1ère instance de Bruxelles et lui réclament la somme de 100.000 euros en dommages et intérêts, peut-on lire dans un communiqué publié mardi par le cabinet d'avocats défendant la bourgmestre de Huy et relayé par le journal télévisé de RTL.

Anne-Marie Lizin déclarait lundi soir dans les colonnes des journaux du groupe Sud Presse, à l'issue d'un conseil communal, que "deux membres du personnel qui étaient sur les images du reportage diffusé par la RTBF (sur la fête du personnel organisé en ce début d'année à Huy, ndlr) ont déposé une assignation en dommages et intérêts contre le journaliste Patrick Remacle et non contre la RTBF".

Mardi, c'est Anne-Marie Lizin en personne et des dirigeants de l'USC hutoise qui demandent des dommages et intérêts à Patrick Remacle pour son reportage diffusé dans le journal télévisé de la RTBF du 27 décembre dernier, où il parlait d'employés communaux hutois qui avaient distribué des tracts électoraux en faveur d'Anne-Marie Lizin durant leurs heures de travail les semaines précédant les élections législatives du 10 juin dernier.

"Je ne vois pas pourquoi on m'attaque personnellement", a déclaré Patrick Remacle contacté par l'agence Belga. "On m'a raconté cette histoire d'employés communaux qui ont distribué des tracts électoraux pendant leurs heures de service. Je me renseigne et constate que cela est vrai pour certains d'entre eux. Je fais un reportage, qui est validé par la rédaction du journal, et qui est diffusé", ajoute-t-il.

Depuis, le journaliste n'a plus produit de reportage sur Anne-Marie Lizin. Mais la presse écrite s'est emparée de l'affaire et de nombreux témoignages ont afflué, dont celui de l'échevine Micheline Toussaint qui a révélé que des fonctionnaires communaux avaient effectivement été utilisés pour distribuer des tracts électoraux pendant leurs heures de service.

"Il y a eu une production énorme d'articles, et même d'autres reportages télévisés faits par des collègues d'autres chaînes, mais il n'y a que moi qu'on assigne, je trouve cela bizarre. Je n'ai pas de haine contre Anne-Marie Lizin, je fais simplement mon travail d'information", a-t-il ajouté, faisant référence aux propos de la sénatrice parus dans Le Soir de lundi. "Je pense qu'il s'agit d'une déstabilisation, car on sait que je termine un documentaire sur la carrière d'Anne-Marie Lizin, et qu'ainsi on cherche à me décrédibiliser."

Du côté du service juridique de la RTBF, la position est très claire. "Ce reportage a été fait par un journaliste de la RTBF, a été validé par la rédaction de la RTBF, il est donc logique que la RTBF défende son employé. M. Remacle n'a pas fait ce sujet en électron libre", a déclaré Stéphane Hoebeke, juriste au sein de la chaîne publique. "Madame Lizin affirme que Patrick Remacle opère une campagne de dénigrement contre elle depuis 2000. Pourtant, il n'y a jamais eu de plaintes depuis ces 7 dernières années" a-t-il ajouté.

Pour Yves Thiran, directeur de l'information et de l'éthique de la RTBF, "la chaîne ne comprend pas les accusations de madame Lizin". "Le reportage est le résultat d'une enquête fouillée, étayée par des preuves matérielles et corroborée par des éléments ultérieurs." Dans un communiqué paru mardi, l'Association des Journalistes Professionnels s'est aussi élevée contre les propos d'Anne-Marie Lizin à l'encontre de Patrick Remacle et de journalistes "qui la haïraient".

"Madame Lizin devrait savoir que dans un régime démocratique, les mandataires politiques sont exposés à l'enquête et à la critique journalistique. Et que ce ne sont ni ses attaques en justice, ni ses demandes exorbitantes de dommages et intérêts, ni ses intimidations, ni ses injures, qui empêcheront les journalistes de faire sereinement leur travail d'investigation et d'informer le public", peut-on lire dans le communiqué.

L'agence Belga a tenté à plusieurs reprises de joindre l'avocat d'Anne-Marie Lizin, Me Serge Moureaux, sans succès.