Un jubilé maçonnique en pleine lumière

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Belgique

Il y a exactement trente ans, 333 maçons, regroupés dans neuf ateliers, lançaient la Grande Loge régulière de Belgique.

Pour fêter leurs trois décennies d’existence, les frères de l’obédience, qui a son siège à un jet de pierre de l’église Sainte-Marie à Schaerbeek, organisent un symposium ouvert aux maçons comme aux profanes dans les locaux de la Vrije Universiteit Brussel. Un colloque aussi, où la parole sera prise par des spécialistes universitaires mais également par des hommes d’Eglises, puisque le pasteur Guy Liagre, président de l’Eglise protestante unie de Belgique, tout comme l’abbé Gabriel Ringlet s’y exprimeront, le premier à propos des "Mots et des signes de reconnaissance dans un contexte religieux & initiatique", le second clôturant même les travaux par une réflexion sur "la spiritualité et l’imaginaire"

Lors d’une rencontre avec la presse au siège de l’obédience, Eli Peeters, le Grand-Maître de la GRLB, a expliqué que "si les jubilés traditionnels se célébrent dans une certaine intimité, la Grande Loge régulière a décidé de rompre avec la règle, parce qu’il est important que l’on sache à l’extérieur des temples que, comme le précisent ses statuts, qu’elle est une association initiatique qui par son enseignement symbolique élève l’homme spirituellement et moralement. De même, elle contribue au perfectionnement de l’humanité par la pratique d’un idéal de paix, d’amour et de fraternité. Mais la Grande Loge régulière veut aussi montrer qu’après trente ans, elle s’est forgée une identité qui ambitionne d’être visible dans sa propre patrie à l’intention d’un public intéressé."

"Assez paradoxalement", poursuit Eli Peeters, "nous sommes mieux connus à l’étranger que chez nous en raison de notre indéfectible attachement aux principes traditionnels et universels de la maçonnerie que l’on appelle des landmarks." Précision : la Grande Loge régulière admet tous les principes originels de la maçonnerie, en ce compris la référence au Grand Architecte de l’Univers.

Elle est dès lors parfois présentée comme "dogmatique" par les autres obédiences qui ne font plus référence à ce principe. A noter toutefois que les frères maçons gardent la liberté la plus totale sur la manière dont ils envisagent ce Grand Architecte car il n’en est pour ainsi dire jamais question au cours de leurs travaux.

Et d’ailleurs, avant d’admettre un nouveau frère, on ne lui demande qu’une seule fois s’il accepte le principe.

Si sa réponse est positive, il peut rejoindre la Grande Loge régulière pour se perfectionner ensuite au contact de ses frères et travailler sur soi, selon l’expression consacrée, pour mieux se connaître et mieux découvrir le monde qui l’entoure. Inversement, s’il répond par la négative, il se met en marge mais n’en sera pas moins respecté par les frères du GRLB.

Ce qui fait que nombre de convictions se retrouvent au sein de la Grande Loge régulière : il y a là des chrétiens, catholiques comme protestants mais aussi des personnes d’origine juive ou musulmane ou encore des adeptes du bouddhisme ou d’autres courants de pensée orientaux. Et bien sûr des agnostiques qui sont en recherche.

On sait que l’Eglise catholique n’a jamais vraiment admis l’émergence, sinon la concurrence, de la maçonnerie. Dès 1738, Clément XIII la condamnait dans "In eminenti" et de, manière récurrente, ses successeurs ont mis en garde contre les maçons qui lui seraient hostiles. Malgré le concile Vatican II, rien n’a vraiment changé et les catholiques sont toujours susceptibles d’être excommuniés, mais au sein de la GRLB, chacun agit évidemment en son âme et conscience par rapport à ses éventuelles instances religieuses. "Nous ne sommes en tout cas pas bornés, fanatiques ou intolérants : pour nous, la franc-maçonnerie se veut une école de la rencontre de l’autre dans toute la richesse de sa différence", a commenté Eli Peeters, entouré pour la circonstance de deux anciens Grands Maîtres, Louis de Bouvère et Paul Cosijns.

Autre précision utile à propos de la sortie de la discrétion : "Nous entendons lever certains malentendus, mais en aucune manière, nous n’envisageons un quelconque prosélytisme. En organisant un colloque pour nos 30 ans, nous voulons en fait ouvrir une fenêtre aux maçons quels qu’ils soient comme aux non maçons " Parmi les idées qui ont la dent dure, il y a celle d’une grande organisation supranationale qui tirerait les ficelles du pouvoir. "Absolument pas ! Les maçons ne se retrouvent pas sous une coupole commune. L’autonomie des ateliers l’emporte."

Autre réplique à une idée préconçue : "Les francs-maçons ne font pas de politique en loge pas plus qu’ils ne prennent des positions sociétales. Le seul objectif est que chaque maçon travaille à polir sa pierre brute pour se perfectionner Il n’y a pas de doctrine mais une praxis à améliorer."

Et Eli Peeters de conclure : "La franc-maçonnerie, c’est l’art de s’étonner, d’apprendre à mieux regarder les choses et surtout à mieux découvrir son voisin, son vis-à-vis"

Christian Laporte

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