Un lac de lait devant le Parlement européen

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Plusieurs dizaines de producteurs de lait membres de l'European Milk Board (EMB), accompagnés d'un impressionnant cortège d'une quinzaine de tracteurs, se sont rassemblés mardi matin devant le Parlement européen, place du Luxembourg à Bruxelles. Ils dénoncent une situation intenable dans le secteur, en raison de la surproduction qui continue à tirer le prix du lait à la baisse. "Les excédents du marché font chuter les prix au plus bas, la survie des exploitations ne peut plus être assurée", déplore le président de l'EMB, Romuald Schaber. "Vingt-cinq cents le litre alors que la production est de 40-45 centimes, la situation est intenable."

Les producteurs réclament principalement la mise en oeuvre de deux mesures concrètes: un programme de réduction volontaire des volumes accompagné d'indemnités pour les producteurs et la mise en place d'une agence de surveillance rassemblant les différents acteurs du secteur afin d'assurer une régulation du marché. "Le coût d'un tel programme est relativement limité", assure l'EMB. "Pour réduire la production de l'UE de 2%, seuls 450 millions d'euros seraient nécessaires. Le prix de la production pourrait ainsi être maintenu à un niveau supérieur à 30 centimes/kg."

Le prix du lait est aujourd'hui au même niveau qu'en 1980, alors que les coûts de production ont, eux, largement augmenté, résume Erwin Schöpges de l'EMB. "Les parlementaires européens doivent prendre des décisions immédiatement", assène-t-il.

Pour symboliser la surproduction actuelle qui affecte les marchés européens, les producteurs ont déversé un "lac" de lait sur la place du Luxembourg.

José Bové: le "paquet lait" européen est un assassinat des producteurs

Le "paquet lait", adopté en février dernier par le parlement européen et censé permettre l'adaptation du secteur à la sortie des quotas en 2015, enfonce encore plus les agriculteurs et les empêche de vivre de la production de leur ferme, a déploré mardi le député européen français José Bové, en marge de la manifestation organisée à Bruxelles par l'European Milk Board (EMB). "Les producteurs de lait ont été victimes d'un assassinat avec le vote du paquet lait", a déclaré José Bové en face du parlement européen. "Aucune négociation de ce paquet n'est prévue, c'est une honte pour l'agriculture européenne. Et un deuxième assassinat se profile avec les discussions sur la politique agricole commune (PAC) qui sera mise en oeuvre après 2013. Les aides iront en premier lieu aux grands industriels."

M. Bové, vice-président de la commission parlementaire Agriculture et Commerce international, ne croit pas que la réglementation introduite par le paquet lait peut renforcer le pouvoir de négociation des éleveurs, puisqu'elle n'est accompagnée d'aucune formule pour garantir un niveau de prix suffisant. Isabelle Durant (Ecolo), vice-présidente du parlement européen et qui a également voté contre le paquet, a réclamé une "adaptation de l'offre et de la demande pour éviter le pourrissement de la situation auquel mène le paquet lait".

Le député européen Marc Tarabella (PS), qui a quant à lui voté en faveur du paquet, ce qui lui a valu quelques quolibets des producteurs présents au rassemblement, a assuré soutenir les propositions de l'EMB. "L'autorité publique doit être le gendarme des marchés, confier la régulation au secteur privé ne fonctionne pas", a-t-il souligné.

L'European Milk Board s'est réjoui que sa proposition de réduction volontaire des volumes de production soit discutée au sein de la commission agricole. "C'est la conséquence positive de l'action d'aujourd'hui (mardi, NDLR)", a déclaré le président de la confédération, Romuald Schaber, en référence aux quelque 5.000 litres de lait qui ont été déversés devant le parlement européen. "Ce mardi, il s'agissait de la dernière action symbolique", a renchéri Erwin Schöpges de l'EMB. "Nous reviendrons pour des actions nettement plus dures le 19 septembre si la situation n'évolue pas immédiatement."

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