Un magistrat sans nuances

J. La. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Ce sont des mots très durs, excessifs diront certains, qu’ont prononcés jeudi le procureur général d’Anvers, Yves Liégeois et l’avocat général près la cour du travail, Piet Van Den Bon lors de la rentrée judiciaire à la cour d’appel et à la cour du travail d’Anvers.

Il faut sans doute remonter à la rentrée judiciaire 1997, lorsque le procureur général près la Cour de Cassation, Eliane Liekendael, avait critiqué la Commission Dutroux, pour retrouver un discours de rentrée qui critique de manière si virulente le politique. Mme Liekendael avait alors insisté sur la séparation des pouvoirs.

Les magistrats anversois se sont prononcés sur un tout autre sujet : la politique d’immigration et d’asile. Dès l’entame de son discours, M. Liégeois, a donné le ton : "La fin de la démocratie est peut-être bien proche. Les problèmes deviennent ingérables. L’échec total de la politique de migration en est une expression." C’est là un jugement que l’on n’attend pas d’un procureur général.

Même quand l’on sait que M. Liégeois n’est pas un adepte de la langue de bois. Il n’hésite ainsi jamais à faire valoir une opinion tranchée. Invité à s’exprimer devant la commission de la Justice de la Chambre il y a quelques années, il avait, sans prendre de gants, dit tout le mal qu’il pensait de la réforme programmée du Code de la procédure pénale. Sans nuance. A la grande tristesse de son initiateur, le professeur Michel Franchimont, présent dans le public.

Les deux magistrats anversois affirment que les autorités ont complètement perdu le contrôle de l’immigration. Et M. Van Den Bon de dresser un constat très sombre de certains quartiers des villes belges où il dit constater, sur la base d’un tour de table avec les auditeurs du travail des provinces d’Anvers et du Limbourg (soit le ressort de la cour d’appel d’Anvers) une augmentation "des pratiques socio-économiques déstabilisantes". Et le magistrat de tirer la sonnette d’alarme : "Ces pratiques peuvent mettre en danger l’existence de notre Etat de droit." Il dit remarquer que la plupart des étrangers peuvent disposer d’indemnités de chômage s’ils ont travaillé suffisamment dans leur pays d’origine. Or, ajoute-t-il, des organisations criminelles créent des sociétés qui fournissent de fausses attestations de travail que le travailleur peut acheter. "Nous sommes submergés par ces filières criminelles, ces faux indépendants et sociétés bidons. Surtout à Anvers", dit M. Van Den Bon.

Et le magistrat de s’en prendre également à la politique de l’asile. "Le statut en matière d’asile est détourné : cela vaut aussi pour le regroupement familial qui est beaucoup trop facile." Ce qui pèse sur la sécurité sociale.

Autant de jugements qui n’ont pas laissé de marbre le ministre de la Justice qui préside le collège des procureurs généraux. "Les magistrats qui prononcent une mercuriale ont une sorte de liberté académique. Une analyse critique peut (être prononcée), mais des déclarations politiques sur la fin de la démocratie ne conviennent pas dans la bouche d’un procureur général", a réagi Stefaan De Clerck (CD&V). "Ils ne doivent faire aucune déclaration politique", a-t-il ajouté, indiquant que c’était ce qui s’était passé. "Ils vont l’entendre de ma part", a-t-il assuré à la VRT Radio.

Il a toutefois laissé entendre que "tout ne se déroule pas parfaitement" dans le domaine de la politique d’immigration. Il a dit partager en grande partie l’analyse des magistrats et a reconnu qu’il y avait des problèmes et que tout ne se passait pas parfaitement. Mais il adressera néanmoins "une solide lettre" au procureur général pour ses propos.

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