Belgique Il y a deux ans, le 14 juillet 2003, après des élections qui avaient permis à la coalition (à l'exception d'écologistes déplumés) de se reproduire, le Premier ministre sortant montait à la tribune de la Chambre pour détailler le programme de son gouvernement au cours des quatre prochaines années. Guy Verhofstadt (VLD) se montrait comme à son habitude: volontaire, décidé, persuadé que son second mandat sera l'occasion de réaliser de grandes choses. Il affichait d'emblée sa priorité - le socio-économique - et plaçait haut la barre de ses ambitions - la création de 200000 emplois en 4 ans.

De nombreux observateurs le mettaient pourtant d'emblée en garde contre un excès d'optimisme. Car, en dépit de résultats électoraux réconfortants, les circonstances n'étaient pas toutes favorables. D'abord, la composition même de son exécutif. Les libéraux et les socialistes disposant du même poids, il faisait peu de doute que les uns et les autres se regarderaient en chiens de faïence. Et puis, toute une série de questions n'avaient pas été élucidées au moment de la confection de l'accord de gouvernement: une feuille de route budgétaire vague, des dossiers communautaires renvoyés dans un «Forum» au menu flou, etc. Il y avait enfin la perspective des élections régionales de mai 2004. Il était évident que la coalition violette ne prendrait pas de décisions importantes tant que les urnes n'auraient pas rendu leur verdict.

Deux ans à la peine

Et de fait. L'équipe Verhofstadt II a géré la première année de la législature sans grand éclat, tentant comme elle le pouvait de marier « l'eau et le feu ». Les trois super Conseils des ministres qui ont été organisés avant le scrutin régional n'y ont rien changé. Plusieurs mesures qui ont été décidées alors attendent d'ailleurs encore toujours des arrêtés d'application.

On aurait pu s'attendre à ce qu'après les élections, le gouvernement Verhofstadt sorte enfin de sa léthargie, retrouve de l'allant. Cela n'a pourtant pas été le cas. En cause? Des élections de mai 2004 qui ont bouleversé le rapport de force au sein de l'équipe. Le scrutin régional allait en effet amener le PS à remplacer le MR par le CDH dans les gouvernements wallon et bruxellois, ce qui a forcément jeté un froid dans les relations entre socialistes et libéraux francophones à l'échelon fédéral. Il allait aussi remettre en selle le CD&V dans la majorité flamande et du coup faire remonter le délicat dossier communautaire relatif à l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde au niveau fédéral. On sait ce qu'il est advenu. Guy Verhofstadt a d'abord butté sur l'incapacité des exécutifs régionaux à s'entendre sur des normes de bruit autour de Zaventem pour réussir à maintenir DHL à Bruxelles. Il s'est ensuite embourbé dans une impossible négociation communautaire sur BHV. Il ne lui reste plus maintenant que l'espoir - déjà compromis - de trouver un accord sur les fins de carrière.

Dans ces circonstances, l'opposition a la partie presque trop facile. Commentant hier le bilan à mi-législature de l'équipe Verhofstadt, la présidente du CDH, Joëlle Milquet, a vilipendé une « majorité qui ne tient plus que par défaut », constatant que « si les Régions et les Communautés travaillent, le gouvernement fédéral fait du surplace » et expliquant que dès lors « il ne faut pas s'étonner que certains tiennent des propos confédéralistes ». Joëlle Milquet a promis que son parti soutiendrait le gouvernement fédéral s'il initiait dès la rentrée un projet de relance socio-économique. Mais si ce n'est pas le cas, le CDH exigera de tourner la page. A l'évidence, le parti centriste se pose déjà en alternative.

© La Libre Belgique 2005