Belgique

Verviers est depuis des années un foyer islamiste, l’un des rares en Wallonie. C’est dans le quartier de la gare que se sont établies des communautés étrangères - pakistanaises, marocaines, afghanes mais aussi tchétchènes - à la recherche d’un habitat bon marché.

Dans ce bouillon de culture sont venus se greffer des islamistes minoritaires qui se sont progressivement radicalisés au fil des années. En 2008, un rapport de la fondation américaine Nefa décrivait l’ancienne cité lainière comme une place forte des Frères Musulmans et du Hamas, épinglant au passage Michael Privot, un Belge converti à l’islam, aujourd’hui rangé des Frères et actif dans la lutte contre l’islamophobie.

Mais l’influence modérée des Frères musulmans a vite été supplantée par l’arrivée d’extrémistes, notamment issus de la guerre tchétchène, au point d’effrayer les musulmans locaux. "Les Tchétchènes n’ont pas de contact avec les autres groupes", nous explique Michael Privot. "Dans notre salle de sports, où nous faisons de la boxe ou de la musculation, ils jouent ensemble, ils font bande à part." D’autres cellules se sont greffées, avec des connexions vers la Somalie en guerre ou l’Algérie.

Armes de guerre

Verviers a connu aussi des départs vers la Syrie (entre 6 et 8 selon le journal "L’Avenir"), alors que l’essentiel des candidats au jihad se cantonnait dans l’axe Bruxelles-Anvers. "Encore récemment, une jeune femme est partie" vers la Syrie , explique Yilmaz, une habitante du quartier. "Des jeunes sont aussi partis via certaines mosquées, comme celle des Somaliens. Aujourd’hui, et heureusement, ces mosquées n’ouvrent que pour la prière, puis ferment les portes. Il n’y a pas que sur internet que l es jeunes se radicalisent !"

Deux islamistes tués jeudi soir dans l’opération de la police fédérale à Verviers revenaient de Syrie. Ils disposaient "d’armes de guerre et d’armes de poing" selon le parquet fédéral, et ont tiré sur les policiers à l’arme automatique. Le troisième, qui a été arrêté, revenait également de Syrie. L’opération a eu lieu en deux temps, d’abord au 16 rue de la Colline vers 17 h 45, à l’ancienne boulangerie "Le Croissant d’or", puis dans une perquisition vers 21 h 15 à la rue des Palais toute proche.

Qui étaient ces jihadistes de retour ? Le parquet fédéral n’a pas diffusé leur identité, mais on sait que deux Verviétois d’origine tchétchène et un autre d’origine marocaine, Redouane, 22 ans, de Petit-Rechain, avaient été localisés au début de l’année dernière en Syrie. Ce dernier avait fait croire à sa famille qu’il partait au Maroc, chez ses grands-parents. Très souvent, les parents sont pris de court par l’enrôlement rapide de leurs enfants, à tel point qu’ils parlent aujourd’hui de phénomène sectaire.

La mort au bout du fil

Le retour des jihadistes est le cauchemar des autorités belges, partagées entre une politique de déradicalisation de ceux qui n’ont pas de sang sur les mains et de prévention et de répression, comme on l’a vu hier soir. Les derniers chiffres de l’Intérieur font état de 184 ressortissants belges en Syrie et en Irak, d’une centaine de retours et d’une cinquantaine de morts sur place.

Chaque famille en Belgique est avertie de la mort de leurs proches par un bref coup de téléphone leur disant que leur fils est "mort en martyr". C’est un contraste avec les vidéos glorieuses que postent les jeunes jihadistes sur les réseaux sociaux, où ceux-ci paradent avec leurs kalachnikovs en jetant des anathèmes sur l’Europe et sur la Belgique, mais en tentant aussi de mobiliser ceux qui sont restés au pays.

Les vidéos font l’apologie du califat islamique et promettent aux Européens que celui-ci s’étendra jusqu’à eux, alors que l’EI subit des revers sur le terrain irako-syrien. Mais l’attentat de "Charlie-Hebdo" et la "Une" parue mercredi avec le prophète Mahomet ont galvanisé les jihadistes. "L’islam est une religion de paix les frères, mais c’est avant tout une religion de justice. Quiconque nous fait du mal, on lui fait du mal", affirme sur une vidéo tournée probablement à Raqqa un jihadiste francophone en brandissant sa mitraillette (voir les détails ici). La vidéo a été diffusée le 14 janvier sur le compte d’un activiste de l’Etat islamique.