Belgique

"Il faut qu’émerge rapidement une force politique de gauche, suffisamment radicale pour affronter les dogmes néolibéraux et qui ait l’ambition de peser sur le cours des choses et de quitter la sphère protestataire." Celui qui s’exprime ainsi n’est pas un quidam, c’est Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la Centrale nationale des employés (CNE), une centrale qui compte au sein de la CSC, dans une interview publiée sur le site LCR-La Gauche (Ligue communiste révolutionnaire). Constatant que "le Parti socialiste n’est pas aujourd’hui la force politique qui veut et qui peut aider les travailleurs qui ont besoin d’une rupture avec l’austérité", le leader de la CNE estime qu’il faut "soit une force politique nouvelle qui puisse faire ce travail, soit qui puisse faire comprendre au PS que les compromissions avec le libéralisme ne sont pas une solution."

Six mois après l’appel lancé le 1er mai par la FGTB Charleroi (la seconde plus importante régionale du syndicat socialiste) à se détourner du PS et à constituer un mouvement politique à sa gauche, la tache d’huile s’étend donc au syndicat chrétien. "Aujourd’hui, les intérêts de 85 % de la population (en matière de salaires, de défense des services publics ) ne sont plus défendus par une force politique, nous explique Felipe Van Keirsbilck. 85 % de la population est orpheline. C’est triste."

Une nouvelle force politique de gauche doit dès lors émerger pour les représenter. Et sans traîner. "On n’a pas quinze ans", prévient le responsable syndical.

Ceci posé, encore faut-il savoir qui endossera ce rôle, qui se lancera dans la construction de ce parti. Sur ce point, la CNE diverge de la FGTB Charleroi. A la Fête du travail, le Carolo Daniel Piron imaginait la création d’une force politique à gauche du PS et d’Ecolo, indépendante du syndicat mais qui en aurait les faveurs, après un travail commun sur son programme. M. Piron confirme d’ailleurs aujourd’hui qu’il va prochainement lancer une initiative, mais ne veut pas encore en dévoiler les grandes lignes. De son côté, Felipe Van Keirsbilck juge que ni lui ni aucun responsable de la CNE ne peut s’impliquer dans la construction d’une telle force politique. "Nous n’allons pas le faire nous-mêmes, parce que nous sommes responsables avant tout de maintenir l’indépendance de notre organisation syndicale." Et d’ajouter : "Nous pensons qu’il ne manque pas, aujourd’hui, d’hommes et de femmes avec des compétences politiques, avec des idées et du courage, qui soient capables de porter un tel projet."

Cela ne nous dit toujours pas qui porterait concrètement cette nouvelle force. Doit-elle se baser, par exemple, sur le PTB, le parti du travail, qui vient de recueillir de jolis succès aux élections communales ? "Le PTB représente aujourd’hui quelque chose. Saluons-le. Mais il n’a pas fait bouger le centre de gravité non plus. Je crois que, pour la richesse du pluralisme et pour les besoins d’une réponse rapide à la crise européenne, l’option d’une coalition dans laquelle le PTB pourrait jouer un rôle aux côtés d’autres acteurs me semble assez réjouissante." Et qui seraient ces autres ? Des éventuels déçus des partis de gauche traditionnels ? "Il se pourrait qu’au sein du PS, d’Ecolo, voire même du CDH - qui sait ? - un certain nombre de contre-performances politiques (pas uniquement de mauvais résultats électoraux, mais aussi les mauvais résultats des politiques néolibérales auxquelles ces partis collaborent de fait) commencent à peser et que certains membres de ces partis traditionnels disent : ‘Maintenant, merde, ça suffit !’ ", confiait M. Van Keirsbilck à LCR-La Gauche.

Ceci dit, cet appel du pied aux déçus des partis traditionnels de gauche ressemble davantage à un vœu pieux qu’à un véritable espoir. Le secrétaire général de la CNE sait quel est le poids des partis dans la politique belge et ne voit pas, jusqu’ici, de défections majeures dans ces formations. "Mais je lance l’appel, nous dit-il. La politique, c’est aussi l’imprévu. Faire ce constat et dire, comme Daniel Piron, qu’il y a un problème, c’est déjà quelque chose. Il y a un an, on n’aurait pas entendu un tel appel. Aujourd’hui, cet appel est pressé. Il y a urgence. Ce sera peut-être un coup dans l’eau, mais cela va à tout le moins alimenter une demande sociale, qui pourra peut-être, un jour, trouver une expression politique."