Belgique

C’est un petit garçon de sept ans; il est arrivé mardi matin au pensionnat Henri Jaspar, à Boitsfort. Après une hospitalisation d’une semaine, à la suite de maltraitances, et un passage de cinq jours dans un lit d’urgence, près de Charleroi. Ils sont au total huit enfants comme lui à être hébergés dans le service d’accueil d’urgence du pensionnat, qui compte officiellement sept places.

Dans la section hébergement, ils sont 43 gamins (44, si on compte une adolescente en fugue ) de 0 à 18 ans à occuper les chambres aux chambranles parme ou vert, selon l’étage. Pour 39 lits agréés.

Il y a Nina et Romain (tous les prénoms sont d’emprunt), deux bambins de cinq et trois ans, placés par le juge pour cause de négligence parentale. A 25 et 26 ans, leurs père et mère se comportent comme des ados, consomment des stupéfiants sans avoir conscience de leur responsabilité. Les petits ont d’abord été hébergés dans une famille d’accueil d’urgence. Mais il a fallu se résoudre à l’évidence : leur placement s’étendra sur une longue période.

Il y a aussi Alicia, 17 ans et demi, qui est là depuis 15 jours. C’est la seule personne non handicapée de sa famille. Son père abusait d’elle; il s’est suicidé quand elle l’a dénoncé. Avant sa mort, il lui avait glissé le numéro de téléphone du home. Alicia a repris l’école; elle doit vite trouver du travail. Dans six mois, elle devra quitter le home.

Il y a encore Simon, onze ans. Il habitait une villa cossue de Boitsfort; il partage aujourd’hui une chambre avec un autre garçon au pensionnat. Victime d’un conflit d’adultes qui s’est très mal réglé. Un expert a estimé qu’après le divorce, la mère a fait de l’aliénation parentale, isolant et dénigrant le père. La garde de l’enfant a été accordée au père, mais le gamin a pris fait et cause pour sa mère et refuse de le voir. Du coup, il se retrouve en home. Elève brillant, il ramène 80 % à chaque bulletin. Mais quelles émotions renferme-t-il ?

"Les jeunes sur lesquels on colle l’étiquette de "délinquants" ne représentent que 13 % des mineurs pris en charge par les services de l’Aide à la jeunesse. La toute grande majorité des enfants, soit 87 %, est en danger ou en difficulté", rappelle utilement Evelyne Huytebroeck (Ecolo), ministre responsable en Communauté française, qui lance un plan d’action pour renforcer ce secteur, en promettant 500 prises en charge supplémentaires d’ici la fin de la législature. Dès 2011, 3 millions d’euros seront affectés pour avancer vers cet objectif.

Comment y parvenir ? En augmentant les prises en charge dans les milieux de vie, mais aussi en dehors de la famille, notamment en créant des collaborations structurelles entre l’Aide à la jeunesse et les internats scolaires, en développant le dispositif de familles de parrainage, en renforçant le dispositif de placement en famille d’accueil Une étude en matière d’accueil familial, menée en collaboration avec l’université de Liège et la Fondation Roi Baudouin, est d’ailleurs en cours.

En sept ans, entre 2002 et 2008, le nombre de mesures d’aide a augmenté de 6 000 unités, passant de 25 000 à 31 000, soit une hausse de 23 %. Les services agréés sont débordés : ils atteignent un taux d’occupation moyen de 99 % ! Du coup, les listes d’attente s’allongent : les délais de prise en charge sont de six à huit mois. Une éternité pour un enfant en danger immédiat. "Ces files d’attente sont frustrantes et maltraitantes", commente Michel Amand, directeur du pensionnat Henri Jaspar depuis 1995. "On a surtout des cas lourds. Les jeunes en difficulté moyenne ne viennent pas ici."

Les services d’aide à la jeunesse (SAJ) et les services de protection judiciaire (SPJ) vont être renforcés de 35,5 équivalents temps plein (+9 % par rapport à l’effectif actuel), ce qui leur permettra d’aider de façon plus adéquate et plus rapide les jeunes et leurs familles en fonction des difficultés qu’ils éprouvent, ajoute la ministre Huytebroeck.