Un préfet bruxellois : « Nos écoles sont devenues des garderies, rien de plus ! »

Dorian de Meeûs Publié le - Mis à jour le

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Belgique

Comment les directeurs d’écoles de tous réseaux confondus (officiel, libre et privé) appréhendent-ils ce décret sur le terrain ? Auprès de ceux que nous avons contactés, le discours y est autrement plus critique qu’au cabinet de la ministre de l’Enseignement. C’est presque un monde parallèle, où les constats sont inversés.

Le préfet d’une école réputée de la Ville de Bruxelles, qui préfère rester anonyme afin d’éviter des sanctions du Pouvoir Organisateur qui supporte mal les interviews-vérités de ces responsables d’écoles officielles, a accepté de partager son avis… sans langue de bois : « Ce décret est une belle idée, mais j’ai plus que des doutes sur son efficacité. Dans notre école, il y a 5 ans, on avait des élèves motivés et en phase avec les orientations pédagogiques de l’établissement. De plus en plus d’élèves s’en foutent de la pédagogie de notre école… mais voilà, la garderie est assurée ! »

Pour les directeurs d’écoles interrogés, le décret est avant tout une source d’ennuis : « On abat un travail phénoménal et inutile. Je suis obligé de recevoir tous les élèves et parents des listes d’attentes pour leur expliquer le décret et justifier leur place en liste d’attente. On a plus de 100 élèves en liste d’attente, vous imaginez ! »

L’échec scolaire en première s’envole…

Notre préfet poursuit sur sa lancée : « Et puis, l’échec scolaire n’a jamais été aussi important en première. Et vu qu’on n’a pas toujours le droit de les faire doubler, ils passent en deuxième. Ce décret se retourne contre ses objectifs, car les enfants s’en foutent et ne font finalement que prendre la place d’un autre. De plus, les demandes d’inscriptions s’envolent entre la 2ème et la 5ème, car les parents retentent leur chance. » Du coté du cabinet Simonet, on précise ne pas connaître de tels chiffres d’échecs dans le premier degré et on rejette l’argument qui consiste à dire que l’augmentation des échecs réduit un peu plus encore les places disponibles pour l’année suivante. C’est pourtant un discours que tiennent tous les directeurs contactés par nos soins. Certains estiment que ce phénomène ne cessera de s’empirer avec les années.

Et la mixité sociale, objectif premier de ce décret ? « Elle est où la mixité sociale ? Regardez les écoles techniques, imaginez ceux qui ont les moyens de déménager pour être mieux placés géographiquement ou ceux qui connaissent bien la législation… Même les ministres, vous avez vu où ils mettent leurs enfants ? La mixité sociale, c’est pour les autres… ». Une directrice d’école libre ajoute : « la ghettoïsation de certains quartiers s’aggrave avec ce décret, d’autant qu’il stigmatise les écoles en difficultés. » Un autre directeur d’école lâche : « Je ne comprends pas pourquoi tous les ministres de l’enseignement luttent contre l’excellence. Si certaines écoles sont plus élitistes que d’autres, pourquoi est-ce un problème ? Cela convient très bien à certains enfants. »

Le décret dope-t-il les inscriptions dans le privé ?

On peut logiquement imaginer que l’enseignement privé soit une éventuelle sortie de secours pour des enfants sans école. « A vrai dire, non ou à peine 5% de nos élèves. » nous précise Félix de Merode, Président du Lycée Molière, « Bien sûr, les difficultés rencontrées par certains parents, que le système laisse parfois désemparés, fait que des enfants peuvent s’inscrire ultérieurement chez nous. Nous sommes alors heureux, en tant qu’école privée, de pouvoir leur présenter une solution. Mais le décret n'a pas changé la fréquentation, nos objectifs et perspectives. »

Pour sa part, Muriel de Bergeyck, la directrice de la toute nouvelle école privée Arboretum College à Kraainem pense que les choses peuvent encore évoluer après la rentrée de 3 septembre : une fois l’enfant inscrit dans aucune école après la rentrée « certaines familles se diront qu’elles ne sont pas armées pour l’enseignement à distance ou à domicile et choisiront l’Arborteum College". » Cette école, fondée par une mère de famille opposée au décret inscription n’a pour le moment pas encore suffisamment d’inscriptions pour ouvrir ses portes. Même s’il est acquis qu’elle proposera au minimum une étude. Mais vu les difficultés qu’ont les enfants de la périphérie Nord de Bruxelles pour s’inscrire dans les écoles traditionnelles, l’ouverture de cette école est encore envisageable.

Cet article fait partie d’un reportage en 3 parties :

1. La situation actuelle du décret inscription : Le nombre d’enfants sans école s’est envolé de 73% en seulement 3 ans

2. Rencontres avec directeurs d’écoles de tout réseaux : Un préfet bruxellois : « Nos écoles sont devenues des garderies, rien de plus ! »

3. Témoignages de parents et enfants « sans école » : entre tristesse et colère

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