Belgique

La veuve d’un homme qui avait confié à un prêtre brugeois son intention de se suicider a déposdé plainte contre l’homme d’église, indiquait, mardi, Het Nieuwsblad.

Le parquet de Bruges entend que le prêtre soit poursuivi pour abstention coupable. Alexander Stroobandt, 57 ans, qui est aumônier dans une maison de repos et anime un site qui vient en aide aux hommes et aux femmes confrontés au deuil, se réfugie derrière le secret de la confession et estime avoir tout fait pour dissuader l’homme qui s’était adressé à lui de mettre fin à ses jours.

“Jamais, je n’ai songé à appeler la police. J’étais tenu par le secret de la confession. Mon interlocuteur s’est adressé à moi en toute confiance et m’a fait savoir que ses intentions étaient sérieuses. J’ai alors fait tout ce que j’ai pu pour le convaincre de ne pas prendre de décision hâtive.”

Les faits datent de 2015, lorsque un habitant de Damme de 54 ans a pris contact par téléphone avec le père Stroobandt. Atteint de dépression, l’homme a fait connaître ses intentions d’en finir avec la vie. Pour le prêtre, il s’agissait d’une confession. Le fait qu’elle ait eu lieu via une communication téléphonique n’y change rien à ses yeux. La conversation aurait duré une heure et le père Stroobandt aurait tout fait pour détourner son interlocuteur de ses pensées morbides.

En vain puisque le quinquagénaire est passé aux actes. Sa veuve a découvert, dans la mémoire de son GSM, une série de SMS qui ont mis en évidence les liens entre son défunt mari et le prêtre. “Le prêtre connaissait notre adresse, il aurait pu alerter la police mais il n’a rien fait. Lorsque j’ai pris contact avec lui, il s’est réfugié derrière le secret de la confession et m’a dit qu’il avait tout fait pour convaincre mon mari de ne pas se suicider. Mais le secret de la profession est-il à ce point sanctifié qu’on puisse mettre un être humain en danger? Je ne conçois pas les choses de cette façon.” De fait, la veuve a pris un avocat et décidé de déposer plainte. Elle ne cherche pas à accabler le prêtre mais veut qu’une telle attitude ne puisse plus se reproduire à d’autres occasions.

La chambre du conseil étudiera le dossier demain et pourrait adresser le père Stroobandt à un juge d’instruction. Le prêtre demeure convaincu de son droit et estime que si l’on s’attaque au secret de la confession, la relation de confiance entre un homme d’église et la personne qui se confie à lui deviendra impossible.

Mais le secret de la confession est-il absolu?  Certes, le Code pénal arrête que les médecins et tous autres dépositaires, par état ou par profession, des secrets qu’on leur confie seront punis d’emprisonnement s’ils révèlent ces secrets, hors le cas où ils sont appelées à témoigner en justice ou devant une Commission parlementaire et celui où la loi les oblige à faire connaître ces secrets.  Dans un article déposé sur le site de “Justice-en-ligne.be” le bâtonnier Pierre Legros indiquait qu’il est unanimement admis que les prêtres et les avocats sont soumis à la disposition du code pénal réglant cette question.

Mais le secret de la confession n’en est pas pour autant absolu. Dans un autre article du Code pénal, adopté après l’affaire Dutroux, il est précisé que la révélation d’un fait n’est pas punissable lorsqu’il s’agit d’un attentat sexuel commis sur la personne d’un mineur. En outre, indiquait Me Pierre Legros, on ne peut se réfugier derrière le secret si une valeur supérieure est en jeu, par exemple le respect de la vie. “Le prêtre, en recevant la confession de ses fidèles, l’avocat, en recevant les aveux de ses clients, le médecin, en recevant les confidences de ses patients sont dispensés d’invoquer le secret professionnel s’ils ne souhaitent pas camoufler la violation d’une valeur supérieure. A tout le moins, ils échappent à toute condamnation pénale si, en conscience, ils estiment devoir révéler ce qu’ils ont appris”, observait Me Legros.

Cette exception est renforcée par l’infraction de non assistance à personne en danger, qui les expose à des poursuites pénales s’ils ne prennent pas toutes les dispositions nécessaires pour éviter la mise en danger d’une tierce personne.

Cela dit, il est souvent difficile d’opter entre la révélation à l’autorité d’infractions graves et le strict respect des confidences reçues. L’Etat peut voir une infraction commise à un article du code pénal là où une autre instance peut y voir d’autres signes, comme la rupture d’une relation de confiance. D'autant que le suicide ne peut être considéré comme une infraction.