Belgique

«Techniquement, c'est un procès qui ne devrait pas dépasser deux semaines», nous disait à l'automne dernier un magistrat averti du dossier, à propos des assises d'Arlon qui s'ouvrent ce lundi 1er mars pour juger Marc Dutroux, Michelle Martin, Michel Lelièvre et Michel Nihoul. C'était toutefois sans compter, admettait-il lui-même, la dimension émotionnelle d'une affaire hors normes dont le principal accusé, Dutroux, a cinq morts sur la conscience et a été capable de dire aux enquêteurs que, oui, il avait violé trois fois sa prisonnière Sabine (12 ans), mais que «sur trois mois, ce n'est pas bien terrible». L'abjection sans bornes poussera sans doute les intervenants à multiplier données, historiques et arguments plus qu'à l'ordinaire. Voilà pourquoi la cour d'appel de Liège avait d'emblée prévu cinq à six semaines de travaux, avant que l'inflation rapide du nombre des témoins (d'environ 250 à quelque 470) porte l'estimation à dix semaines.

Acte d'accusation

La première d'entre elles débute ce lundi pour la constitution du jury, formé de 12 citoyens. Là où tout est usuellement réglé en deux heures, cela pourrait occuper presque toute l'audience (de 9 à 12 heures puis de 14 à 17 heures). En effet, il s'agira de faire le tri au sein de deux groupes de 90 candidats jurés, un nombre plus élevé qu'à l'ordinaire, convoqués par sécurité. Jurés et jurés suppléants seront ensuite tirés au sort, la défense ainsi que le ministère public pouvant récuser un certain nombre de candidats sur la base de critères qu'ils n'ont pas à expliquer et qui, d'ailleurs, ne mettent nullement en cause l'honorabilité des refusés.

De surcroît, si la défense veut faire valoir des «moyens de procédure» (c'est-à-dire des causes d'irrégularité, un doute sur le caractère équitable du procès, le délai raisonnable, etc.), ce sera également le moment, à moins que la sélection du jury ait occupé toute l'audience. Toujours est-il que le mardi 2 mars devrait être consacré à la lecture de l'acte d'accusation rédigé par le procureur du Roi Michel Bourlet en collaboration avec l'avocat général Jean-Baptiste Andries. Le document explique sur 74 pages l'historique, le détail des principales charges contre les quatre accusés, etc. La journée sera également consacrée à la lecture des actes de défense, s'il y en a.

La semaine de Langlois

Mercredi, le président Stéphane Goux procédera à l'interrogatoire des accusés. C'est-à-dire qu'il leur fera raconter leur version de l'affaire, à l'aide de quelques questions. Durée estimée (et incertaine) : une journée.

M. Goux a ensuite prévu le rapport des magistrats instructeurs, dans l'ordre le plus naturel: la chronologie. Jeudi, si les choses se déroulent comme prévu, le juge d'instruction Jean-Marc Connerotte entamera donc son rapport. Parce qu'il aurait, nous dit-on, souhaité ne pas devoir tenir la parole une journée entière, son intervention serait limitée à la matinée. Le rapport des responsables administratifs de la cellule d'enquête occuperait dès lors l'après-midi. Comme chaque vendredi a été laissé libre pour servir de «journée tampon» lorsque cela sera nécessaire et de journée de congé, autrement, il faut s'attendre à ce que la première semaine arlonnaise s'achève le 4 mars au soir.

Le lundi 6, retour de M. Connerotte à la barre et clôture de son rapport, le matin. Le tour du juge Jacques Langlois viendrait le même jour après-midi mais devrait être sensiblement plus long. Ses travaux ont en effet été beaucoup plus nombreux, durant plus de sept années d'enquête. Il est vraisemblable que la présentation de son propre rapport et les questions afférentes occuperont donc plusieurs audiences, assurément jusqu'à la fin de la semaine, peut-être jusqu'au lundi suivant.

La logique veut que les chefs d'enquête soient dès lors sollicités pour la troisième semaine, puis les enquêteurs eux-mêmes, puis encore les témoins directs - surtout les survivantes, Sabine et Laetitia -, les experts et, enfin, les témoins de moralité (environ 200). Viendront plus tard et dans l'ordre les plaidoiries des parties civiles (présentes), le réquisitoire du ministère public, les plaidoiries de la défense et les répliques. Le jury délibérera ensuite, dira qui est coupable et de quoi. Nouveau réquisitoire, mais sur les peines, et nouvelles plaidoiries de la défense, sur le même sujet, puis second délibéré. Enfin, les peines seront connues. Et ce sera la fin d'un procès historique.

© La Libre Belgique 2004