Belgique

Evangile et Justice» est le trimestriel du centre «Avec», centre de recherches, de formation et d'initiatives sociales à Bruxelles. D'ordinaire, la revue ne se soucie pas de sujets directement politiques. Son n°76 a fait exception en relayant quelques «regards flamands sur la Flandre». On en épinglera le témoignage de Ward Kennes, bourgmestre de Kasterlee, secrétaire de cabinet du ministre flamand (CD&V) Kris Peeters. Ce n'est pas ici un politique qui s'exprime à une tribune politique. C'est donc dit sans souci de positionnement, ni tentation d'animosité. C'est désintéressé, en somme. Et nous paraît par là d'autant plus révélateur sur l'ignorance et l'incompréhension croissantes entre Nord et Sud...

L'auteur débute sur la «profonde frustration politique des Flamands». Eux qui, pourtant, sont majoritaires et contribuent «proportionnellement davantage» aux finances de l'Etat, «butent toujours sur une limite, celle du PS incontournable sur l'échiquier de la politique belge».

L'Yser est loin; la «répression après la Seconde Guerre» aussi. «Etre Flamand aujourd'hui est devenu si évident» qu'on ne réalise pas le combat social et culturel qui dut être mené. Pourtant, la poussée flamande vers une plus grande autonomie ne s'est pas arrêtée, «en aucune manière». Ce sont les thèmes et perspectives qui ont changé.

Vols de nuit, chèques services, Kyoto, radars, mise au travail des chômeurs...: «Les besoins et souhaits sont toujours plus difficiles à concilier». Sur l'intégration, les drogues, la dotation au Belang...: «Les opinions publiques diffèrent». BHV, enseignement du français dans les communes à facilités, code flamand du logement, emplois vacants en Flandre...: autant de «réels points de divergence communautaire». Surtout, sans doute, il «devient impossible de mener une politique fédérale qui soit bonne» pour les économies flamande et wallonne tant elles se développent à une vitesse différente. Sans oublier que «le manque d'échanges favorise les clichés».

Mais alors, (se) demande Kennes, «quelle est la mayonnaise qui tient ensemble la Belgique?» Il répond: «la crainte devant le saut dans l'inconnu», l'influence de la communauté internationale, la scission de la dette publique et Bruxelles -la Flandre «n'a rien à gagner si elle perd sa fenêtre vers le monde»...

Reste que, si la Belgique ne va pas disparaître à court terme, «elle est en train de s'évaporer lentement», écrit le témoin, d'un verbe qui fit naguère des vagues dans la bouche du ministre De Gucht. Et il n'y a pas ici d'agenda caché; il n'est qu'à rappeler les résolutions du Parlement flamand et l'accord du gouvernement Leterme. Bref, rendez-vous à la grande négociation «plus que probable» de 2007.

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© La Libre Belgique 2006